Critique

Lucky : Anya Tayloy-Joy brille dans cette série d’action estivale inégale

15 juillet 2026

Par Marion Olité

Illustration
“Lucky”, le 15 juillet 2026 sur Apple TV. ©Apple TV

L’été est placé sous le signe de l’action chez Apple TV+, qui lance ce 15 juillet la mini-série Lucky. Taillée sur-mesure pour le talent d’Anya Taylor-Joy, produite par la société de Reese Witherspoon, cette dernière est-elle à la hauteur de la hype qui la précède ?

Introduction

La dernière fois qu’on a vu Anya Taylor-Joy tenir le haut de l’affiche dans une mini-série, c’était dans la géniale Le jeu de la dame sur Netflix en 2020. Une série phénomène dans laquelle elle brillait de mille feux, qui a considérablement boosté sa carrière. Depuis, l’actrice nous a régalés de son star power dans The Menu (2022) avant de venir réclamer sa couronne d’action woman dans Furiosa (2024), échec commercial, mais acclamé par la critique.

Avec Lucky, Anya Taylor-Joy rempile dans un rôle féminin badass et complexe tel qu’elle les affectionne. Elle interprète le rôle-titre de cette mini-série adaptée du best-seller éponyme de Marissa Stapley sorti en 2021, celui de Lucky Armstrong. Cette arnaqueuse de haut vol, qui a tout appris de son père, espère laisser derrière elle son passé de criminelle après un dernier gros coup réalisé avec son mari. Rien ne va se passer comme prévu, et Lucky se retrouve bientôt esseulée, avec la mafia et le FBI à ses trousses.

Un projet très séduisant

Au vu du trailer alléchant et des talents impliqués, tous les feux étaient au vert pour que ce thriller d’action nous fasse passer un très bon moment. En quelques années, Apple TV+ s’est forgée une solide réputation de « nouveau HBO » auprès des sériephiles. Encore récemment, la plateforme a créé la surprise avec l’excellente Widow’s Bay.

On est aussi toujours curieux de voir arriver une série produite par Hello Sunshine, la société de Reese Witherspoon axée sur des récits féminins, qui se cache notamment derrière des succès de Big Little Lies ou The Morning Show.

Lucky.©Apple TV

Créée par Jonathan Tropper (Banshee) et Cassie Pappas (Griselda, Tyrant), Lucky repose en grande partie sur le charisme d’Anya Taylor-Joy, mais la star est secondée par des pointures. Les fans de Justified seront ravis de retrouver le très juste Timothy Olyphant dans le rôle de John Armstrong, un père aussi séduisant que toxique.

Pour compléter le casting, la géniale Annette Bening incarne une mafieuse pleine de contradictions, Aunjanue Ellis-Taylor (Lovecraft Country) une agente du FBI ultra-tenace et Drew Starkey (Queer, Outer Banks) le mari aux intentions floues de Lucky.

Mais un résultat bancal

Preuve qu’un casting et une équipe de production pleine de bonne volonté sur le papier ne font pas nécessairement une bonne série. Malgré tout son potentiel, Lucky tombe dans la catégorie des séries moyennes, de la « mid-tv ». Théorisé par James Poniewozik dans le New-York Times, le terme désigne des séries bien produites, avec un casting qui donne envie, mais qui au final ne se distinguent ni par leur originalité, ni par leur ambition artistique.

Lucky.©Apple TV

Plutôt mystérieuse au début de la série, l’intrigue de Lucky retombe comme un soufflet en milieu de saison, et devient de plus en plus prévisible alors qu’on attendait des rebondissements surprenants. Ce qui ne serait pas si grave si on était pris dans l’action, mais ce n’est pas le cas.

Les scènes d’action, des courses-poursuites à base de gros camion et de voitures vrombissantes, sont honnêtes sans être particulièrement inventives et donc mémorables. La photographie, volontairement surexposée en début de série, et la mise en scène restent au-dessus du lot des shows de plateforme. Un soin particulier y a été apporté, mais elles ne suffisent pas à masquer une intrigue faiblarde.

Lucky.©Apple TV

Anya Taylor-Joy a beau courir au ralenti la bouche entrouverte, se teindre les cheveux (un grand classique pour les personnages féminins dans les films d’action) et batailler sévère contre des gros molosses, la série ne décolle jamais vraiment.

Grandir avec un père toxique

Heureusement, la relation entre Lucky et John, son père, qui constitue le cœur du récit, reste intéressante même si vaguement incestueuse, la faute au sex-appeal d’Anya Taylor-Joy et Timothy Olyphant. Leur métier, arnaqueurs et donc quelque part séducteurs, joue aussi un rôle non-négligeable dans l’ambiguïté de leur relation.

Lucky.©Apple TV

Lucky aime son père défaillant. Il faut dire que John est charmant les trois-quarts du temps, ce qui le rend d’autant plus insaisissable et moins cliché que les représentations habituelles de pères toxiques dans la fiction. Mais la jeune femme doit apprendre à s’en séparer pour véritablement s’émanciper et devenir la personne qu’elle veut être, et pas une copie de papa au féminin. Vous avez dit « daddy issues » ?

À travers des flashbacks de son enfance, la série raconte comment Lucky a été impliquée très jeune dans les arnaques de son papounet, seul référent éducatif pour elle. Au temps présent, la jeune femme finit par le confronter et c’est l’une des scènes les plus réussies du film. Les drames familiaux nous montrent volontiers des enfants s’en prenant à leur mère, beaucoup moins à leur père.

Lucky.©Apple TV

Sans être une catastrophe totale, Lucky reste une petite déception, un divertissement qui avait toutes les clés en main pour nous en mettre plein les mirettes, mais qui rejoint le cortège des séries vite binge-watchées, vite effacées. On est face à un cas d’école, celui d’une œuvre qui n’est pas à la hauteur de son casting. Et si le problème de Lucky venait aussi de son matériel d’origine, trop mince pour nourrir une œuvre de sept épisodes ? Tous les best-sellers ne sont pas forcément destinés à devenir des séries.

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