Après l’annulation de The Sex lives of College Girls, Mindy Kaling, l’une des reines de la comédie américaine, est de retour sur le petit écran avec une série diffusée à compter du 2 juin sur Disney+. Cette nouvelle comédie s’intéresse à un groupe d’amis vingtenaires qui navigue entre boulot, amours et amitiés. Ça ne vous rappellerait pas quelque chose ?
Introduction
Bienvenue à Murray Hill, au cœur du quartier le plus glamour de Manhattan, où une bande de cinq jeunes adultes, fiers représentants de la Gen Z, tentent de se construire une carrière dans des domaines hautement compétitifs. Originaire de Boston, AJ (Ella Hunt) commence un travail à New York dans le monde de la haute finance et emménage chez sa copine Abby (Avantika), assistante de Vanessa Hsu, une styliste aussi hype qu’insupportable.
Leurs vies s’entrecroisent avec celles d’un groupe de trois jeunes hommes habitant dans le même immeuble new-yorkais : Davis (Will Angus), qui flashe sur AJ et travaille avec elle à Fisher Stassen, Josh (Jack Martin), un nepo baby qui bosse au sein d’une grande chaîne d’information détenue par son père, et Kel (Nicholas Duvernay), un aspirant acteur qui a lâché ses études de médecine, au grand dam de ses parents. Ces cinq-là vont s’épauler, s’engueuler et resserrer leurs liens au fil de leurs aventures.
Celui qui essayait de devenir le nouveau Friends
Après s’être intéressée avec succès aux aléas de l’adolescence dans Mes premières fois (2020-2023), puis aux années fac dans Sex Lives of College Girls (2021-2025), Mindy Kaling poursuit son exploration de la jeunesse avec Not Suitable for Work, dont la première saison débarque le 2 juin sur Disney+ (à raison de trois épisodes d’un coup, puis un par semaine).
Cette fois-ci, elle s’attelle, avec Charlie Grandy – showrunner de la série et partenaire d’écriture depuis The Mindy Project (2012-2017) –, à la délicate période des premiers jobs post études supérieures. Un groupe de jeunes gens qui vivent à New York dans le même immeuble ? Des crushs secrets et des amitiés en construction ? Impossible de ne pas penser à Friends, référence indétrônable en matière de comédie citadine centrée sur de jeunes adultes.

Mais, si la série culte de Marta Kauffman et David Crane nous emmenait parfois sur les lieux de travail de ses protagonistes, le cœur de l’action se déroulait dans les appartements de Monica, Chandler & co, et concernait leurs relations interpersonnelles.
A contrario de la bande de Friends, les vingtenaires de Not Suitable for Work accordent une très grande importance à leur job. Ils poursuivent des carrières prestigieuses et stressantes. Et certains vont donc logiquement développer des relations amoureuses compliquées à gérer sur leur lieu de travail.
Quand Industry rencontre Le diable s’habille en Prada
Si AJ et Abby évoluent dans des sphères professionnelles différentes, les deux BFF partagent un point commun : des boss pour le moins toxiques. Abby est prise pour une larbine et se retrouve à courir New York pour des missions impossibles, façon Andy dans le cultissime Diable s’habille en Prada. Elle doit s’imposer dans un monde d’apparences et de gossip, et se retrouve dépendante d’une star masculine peu fiable.

De son côté, AJ bosse dans une banque d’investissement jusqu’à 21h30 tous les soirs, dans une ambiance compétitive malsaine, qui rappelle la série Industry. Elle doit naviguer dans un milieu masculin et subir avec le sourire le comportement de mâle alpha de Bill, son boss aussi charismatique que problématique. Au point que certaines situations, censées nous faire rire, ont plutôt tendance à nous faire lever les yeux au ciel.
La bande de jeunes actrices et acteurs prometteurs – composée d’Ella Hunt (Dickinson), Avantika (le reboot de Mean Girls), Nicholas Duvernay (The White Lotus), Jack Martin (La Brea) et Will Angus (Almost Friday TV) – assure à merveille sa partition. Ce casting rafraîchissant d’espoirs du petit écran est accompagné par des vétérans comme Victor Garber (Alias), Greg Germann (Ally McBeal) ou Constance Wu (Crazy Rich Asians), chacun incarnant un boss qu’on ne rêverait pas franchement d’avoir à gérer.

L’alchimie entre les cinq amis grandit au fil des neuf épisodes qui composent cette première saison rythmée. Mais leurs obsessions professionnelles les rendent parfois agaçants. Leurs préoccupations nous les rendent moins proches que celles de Rachel, Monica et compagnie en leurs temps, dont les boulots, divers et pas tous prestigieux, prenaient moins de place dans le récit.
C’est d’ailleurs le cas de toutes les grandes séries sur l’amitié : peu importe le travail des copines de Girls, des potes de How I Met Your Mother ou de New Girl, leurs relations les uns avec les autres constituaient le cœur du show. Ce n’est pas (encore) le cas pour le groupe de Not Suitable for Work, où le travail prend plus d’importance que les liens entre les protagonistes. C’est aussi un signe des temps : en deux décennies, notre relation au travail est devenue plus aliénante que jamais, et NSFW s’en fait très bien le reflet.
Peut mieux faire
Il faut visionner plusieurs épisodes de Not Suitable for Work pour commencer à s’attacher à AJ, Kel, Abby, Davis et Josh. Les blagues ne font pas toujours mouche. Il faut dire que Charlie Grandy et Mindy Kaling s’attaquent à un sujet sensible : comment la culture du travail et de la performance affecte la jeunesse. Dénoncer cette toxicité tout en faisant rire la galerie est un sacré défi, à moitié réussi.

La série explore également l’état des relations femmes-hommes dans un monde post #MeToo. On a parfois l’impression que certaines choses ne changent jamais : Davis crushe en secret sur Abby et devient ami avec elle, tout en espérant plus. On aimerait bien que ce classique move de « nice guy » ne soit pas érigé en modèle à suivre dans chaque comédie américaine.
De leur côté, Kel et Abby rejouent de façon plutôt cute, mais attendue, l’intemporel « will they, won’t they ». En fait, chaque personnage masculin du groupe aimerait coucher avec une des deux copines, comme si l’amitié entre hommes et femmes hétéros relevait de la mission impossible. Pourtant, on sait que l’amitié est une forme d’attachement plus plébiscitée que jamais chez les jeunes générations. La série semble passer à côté de l’un de ses aspects fondamentaux.

En revanche, elle a le mérite de pointer, toujours avec humour, certains comportements masculins envers les femmes (le ghosting, le love bombing) et d’obliger ses personnages masculins à réfléchir à leur comportement, apportant une touche de modernité bienvenue concernant l’évolution des masculinités.
Comparé à des séries comme Friends, HIMYM ou Girls, aux castings très blanc et aux personnages racisés quasi-inexistants, Mindy Kaling (elle-même d’origine indienne) propose une vraie représentation des minorités dans la ville cosmopolite par excellence. Une volonté d’autant plus importante par les temps réactionnaires qui courent, aux États-Unis comme en Europe. En 2026, regarder une fiction où les personnages racisés tiennent une place égale dans le récit à celles des personnages blancs reste rare.

Not Suitable for Work cherche encore son petit supplément d’âme qui fera tenir le groupe quoi qu’il arrive. Mais la série aborde avec pertinence des thématiques importantes : la relation encore compliquée aux parents à cet âge où l’on s’en émancipe, comment les vies pro et perso se floutent dans des métiers « passion » ou très prenants, l’importance de l’amitié dans les moments de célébration comme dans les coups durs… Alors, on lui accorde le bénéfice du doute, en espérant qu’un renouvellement pour une deuxième saison lui donne des ailes.