Produite par les Obama et portée par le célèbre humoriste américain, cette minisérie HBO Max transforme l’histoire des États-Unis en champ de mines comique. Une merveilleuse satire en costume, très politique sous ses airs de farce.
Introduction
Ce n’est un secret pour personne, l’Amérique adore se raconter. Et de préférence en grand format : dans le sillage des Pères fondateurs, dans les récits d’une démocratie née, soi-disant, du courage, des pionniers visionnaires, des rêveurs de liberté…
Life, Larry and the Pursuit of Unhappiness arrive ce 27 juin sur HBO Max avec une tout autre manière de regarder le rêve américain : non plus depuis ses statues, mais depuis ses coulisses, là où les grands principes se frottent aux petites lâchetés. La série gratte le vernis patriotique, salit un peu le marbre et laisse Larry David faire son œuvre : ramener l’histoire avec un grand « H » à ses mesquineries, ses absurdités et ses embarras très humains.
L’histoire américaine peut-elle survivre à Larry David ?
En six épisodes d’une trentaine de minutes, cette comédie à sketches prend plaisir à revisiter plusieurs moments et figures de l’histoire des États-Unis. Chaque épisode propulse Larry David, le grincheux le plus célèbre de la télévision américaine, au cœur de saynètes réinterprétées, dans des décors d’époque. Objectif : attendre qu’il ruine tout. Et il y arrive avec brio.
La série ne cherche pas seulement à faire rire aux dépens du passé : elle démonte la grande mécanique du récit national. Les grands moments ne sont plus filmés comme des vitraux institutionnels, mais comme des scènes de voisinage, de bureau, de couple ou de vestiaire.

Le geste est plus politique qu’il n’en a l’air. Derrière le goût du décalage, le programme rappelle qu’un pays qui s’admire autant mérite parfois qu’on lui tende un miroir. Les États-Unis ont bâti leur mythologie sur la liberté, l’égalité, l’audace et la promesse démocratique ; ils l’ont aussi construite sur l’exclusion, l’esclavage, la répression des peuples autochtones, la mise à l’écart des femmes et une foi précoce dans le capitalisme comme horizon naturel de la civilisation.
À noter que Barack Obama figure parmi les producteurs exécutifs, via Higher Ground, la société fondée avec sa femme, Michelle Obama. Sa présence, jusque dans la promotion de la série, donne une couleur politique assez nette : celle d’une Amérique progressiste qui, à rebours de la vague réactionnaire trumpiste, accepte de regarder ses mythes avec ironie.
Pourquoi ça fonctionne ?
Parce que Larry David reste Larry David. Même déplacé dans des décors historiques, l’humoriste derrière Seinfeld et Curb Your Enthusiasm (Larry et son nombril) conserve cette énergie de génial nuisible. Il incarne à merveille l’enquiquineur métaphysique, celui qui interrompt la marche du monde pour discuter une règle sociale, contester une évidence ou défendre une position indéfendable, avec l’assurance d’un avocat new-yorkais coincé dans une réunion de copropriété.

La naissance de la nation – et tous ses petits apartés – deviennent des situations comiques, avec leurs malentendus, leurs silences gênés et leurs rapports de domination. La série a compris quelque chose de très simple : ce que l’on appelle souvent la grandeur historique n’est parfois qu’une scène ordinaire que le temps a éclairé d’une plus belle lumière.
Life, Larry and the Pursuit of Unhappiness peut aussi donner envie de rouvrir un manuel d’histoire, non par admiration pour les statues, mais pour comprendre comment elles ont été sculptées : la Constitution, le système des grands électeurs, la naissance des institutions, les mythes de progrès…
Une série pour les initiés ?
Il faut toutefois en avoir conscience : ce programme ne prend pas toujours la peine d’attendre les retardataires. Elle parle d’abord aux Américains, ou du moins à un public familier de leur histoire, de leur humour et de leurs références. Elle déroule d’ailleurs un beau carnet d’invités qui parlera aux amateurs de cinéma américain, avec notamment Bill Hader, Kathryn Hahn, Jon Hamm, Sean Hayes, Jerry Seinfeld, Lin-Manuel Miranda, Vince Vaughn, Rita Wilson, Isla Fisher ou encore Alan Tudyk.

Pour un spectateur français, l’expérience pourrait toutefois ressembler à une soirée passée avec une bande d’inconnus s’échangeant constamment des private jokes. On sourit, on comprend une partie, on devine le reste. Certaines scènes demandent un bagage, d’autres reposent sur des codes très anglo-saxons, avec ce goût de l’absurde, de la gêne prolongée et de la mauvaise foi. Ceux qui n’aiment pas Larry David risquent de trouver l’exercice interminable. Ceux qui le vénèrent y verront une extension logique de son univers.
La série a tout de même l’intelligence de ne pas abandonner totalement son public, chaque sketch étant remis en contexte avant de commencer. Le format court joue aussi en sa faveur : on picore, on entre et on sort, on accepte qu’un segment fonctionne mieux qu’un autre. La mise en scène, elle, évite le piège de la parodie bon marché, avec de beaux costumes, des décors de qualité et un rythme intelligent.
À voir
Le plus drôle, au fond, tient à ce que Larry David n’a presque pas besoin de forcer. Son personnage, égoïste, procédurier, lâche quand il faut être brave et brave quand il faudrait se taire, devient une sorte de citoyen américain chimiquement pur : persuadé que ses désagréments personnels méritent une révision du contrat social. Life, Larry and the Pursuit of Unhappiness est une série pour intellos mal élevés, très américaine jusque dans ses angles morts, mais assez bien écrite pour en faire son carburant.