Critique

Dang! : la famille, ce réseau social dont on ne peut se désabonner

08 septembre 2026

Par Louise Lepense

Illustration
“Dang!”, le 8 septembre 2026 sur Netflix. ©Netflix

Sans révolutionner l’animation pour adultes, la nouvelle comédie de Netflix séduit par son humour cru, sa satire acérée et sa tendresse bien cachée.

Introduction

Andrew et Eunice Dang ont trouvé la parade ultime contre l’âge adulte : ne jamais vraiment y entrer. Lui compense son anxiété par une docilité pathologique ; elle monétise sur Internet des vidéos érotiques où elle piétine du pain. Tous deux végètent dans un appartement de Chinatown dont même un rat demanderait l’insalubrité. Leur équilibre tient, jusqu’au jour où leur grande sœur modèle sonne à la porte, avec une valise et une vie en miettes.

Créée par Andrew Law, ancien scénariste de The Good Place et Hacks, Dang! débarque sur Netflix ce 8 septembre avec huit épisodes. Titmouse (Big Mouth) assure l’animation. La présente critique repose sur les trois premiers épisodes, suffisants pour rencontrer cette fratrie déjantée – et envisager une ligature des trompes préventive.

Trois enfants, aucun adulte à bord

Doublé par son créateur, Andrew vient de se faire évincer de la start-up qu’il a cofondée. Il avait ouvert un compte anonyme pour humilier ses salariés. Bizarre, lâche et incapable de dire non, il partage son taudis avec Eunice (Poppy Liu), benjamine aux cheveux roses qui rêve d’intégrer Klerp, entreprise si tendance qu’elle pourrait vendre de l’eau tiède sous abonnement.

Dang!.©Netflix

Ruthie (Stephanie Hsu), elle, a tout de l’enfant que les parents brandissent à Noël pour cacher la digestion des deux autres : propre, brillante et délicieusement méprisante. Seulement, la réussite a pris l’eau. Elle a trompé son compagnon avec un collègue marié et se découvre enceinte. La voilà contrainte de demander l’aide de ceux qu’elle prenait pour des erreurs administratives. Ses cadets savourent sa chute, avant de comprendre qu’ils devront peut-être lui faire une place.

Le matcha mérite aussi sa lutte des classes

C’est lorsque Dang! lacère le New York bobo que ses crocs sont les plus aiguisés. La série imagine aussi bien des « détox mentales » (siestes) à 600 dollars que des « psy-bitch » chargés d’insulter vos ennemis. Ajoutons les régimes sans lactose, gluten, viande, le yoga gratuit dans les parcs et les jardins partagés : Brooklyn ressemble beaucoup à l’est parisien, là où le matcha coûte le prix d’un déjeuner et où chacun disserte sur sa sexualité avant de retourner se faire terroriser par un patron payé trois fois plus.

Dang!.©Netflix

La mitraillette à références ne connaît, en outre, pas de cran de sûreté. Dua Lipa, Kylie Minogue, Fergie, Travis Barker, Benedict Cumberbatch ou Hayley Williams : la pop culture défile si vite qu’on soupçonne les auteurs d’avoir avalé leur fil TikTok. S’ajoutent sexe, drogues, astrologie via un humour verbal, de répétition, de situation, de pipi-caca : DANG! ne choisit pas, elle remplit le buffet. C’est souvent drôle, rarement subtil.

Une animation simple mais efficace

Visuellement, la série va à l’essentiel : un trait simple, des silhouettes grossières et des couleurs vives à en provoquer une migraine à un décorateur scandinave. Sans chercher la prouesse esthétique, l’animation se montre efficace pour accompagner les excès, les accidents absurdes et l’humour cru.

Dang!.©Netflix

Sous son bombardement de vannes, elle ménage aussi une vraie tendresse pour ses trois catastrophes ambulantes. Chaque épisode fait osciller Andrew et Eunice entre deux pulsions : éloigner Ruthie ou l’accueillir malgré eux. Andrew sabote ainsi sa recherche d’appartement pour l’empêcher de vivre près de chez eux, puis la solidarité fraternelle reprend le dessus. Ils se jugent, se manipulent et s’humilient, mais accourent dès que l’un vacille.

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La série recycle le grand catalogue de la jeune vie adulte : emploi absurde, compte bancaire exsangue, coups d’un soir, anxiété, parentalité imprévue. BoJack Horseman avait ses animaux anthropomorphes et son gouffre existentiel ; Long Story Short, récemment, tirait de la famille juive américaine une identité autrement plus singulière. Dang! préfère l’efficacité d’une sitcom très 2026. Moins ambitieuse, moins profonde, mais assez bien réglée pour que ses sales gosses finissent par nous manquer avant même d’avoir nettoyé l’appartement.

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