Critique

Ted Lasso, saison 4 : que vaut le retour du coach le plus gentil des séries ?

05 août 2026

Par Marion Olité

Illustration
Ted Lasso, saison 4. ©Apple TV

Trois ans après une conclusion satisfaisante, la comédie footballistique Ted Lasso est de retour sur Apple TV+ à compter du 5 août prochain, pour une résurrection inattendue. Notre coach feel good préféré en a-t-il encore sous les crampons ?

Introduction

La première fois que Ted Lasso a foulé la pelouse du club AFC Richmond en août 2020, le monde faisait face à la pandémie de COVID depuis plusieurs mois. Ce drôle de coach moustachu, pétri de bonnes intentions et d’angoisses existentielles, incarné par l’irrésistible Jason Sudeikis (également co-créateur de la série, avec Bill Lawrence, Brendan Hunt et Joe Kelly), nous a collectivement mis du baume au coeur durant cette période cauchemardesque.

On a suivi durant trois saisons les folles aventures de Ted Lasso, cet entraîneur américain perdu en terres anglaises et pas franchement au fait des règles du football. Initialement embauché par Rebecca Welton (Hannah Waddingham) pour ruiner le club chéri de son horrible ex-mari (Rupert, incarné par le regretté Anthony Head), Ted était parvenu à rallier les plus sceptiques et à emmener le club de Richmond vers les cimes du succès.

Avec ses personnages imparfaits et hilarants, son sens du collectif et son exploration sensible de la santé mentale, la série a ravi le cœur du public, fan de foot ou pas ! Devenue un véritable phénomène culturel, elle a aussi fait le bonheur d’Apple TV+, alors jeune plateforme en quête d’un premier succès marquant, devenue depuis une valeur sûre de la production sérielle.

On prend les mêmes et on recommence ?

Si Jason Sudeikis avait en tête trois saisons pour raconter l’épopée de l’AFC Richmond, il a su créer un véritable univers avec Ted Lasso. Après avoir envisagé de potentiels spin-offs autour de « fan favorite » comme Roy Kent (Brett Goldstein) ou Keeley Jones (Juno Temple), il a finalement opté pour une suite. Revenu dans le Kansas depuis trois ans pour s’occuper de son fils, Ted est rappelé par Rebecca, qui vient d’acquérir l’équipe de foot féminine de Richmond, évoluant en Ligue 2. Notre coach ne résiste pas longtemps à l’appel d’un nouveau challenge impossible !

Ted Lasso, saison 4.©Apple TV

De retour à Richmond avec son fils, Ted retrouve Rebecca et Keeley, toujours en charge du département marketing et communication de Richmond et hyper excitée de s’occuper de l’équipe féminine (c’est elle la première qui en parle dans le final de la saison 3), mais aussi Roy Kent, resté le coach de l’équipe masculine ou encore Coach Beard (Brendan Hunt, également co-créateur et scénariste sur le show), son excentrique meilleur ami.

On ne boude pas notre plaisir face aux retrouvailles de cette fine équipe qui nous a fait tant de bien il y a quelques années. Un parfum de nostalgie flotte sur les deux premiers épisodes, durant lesquels Ted reprend sa place au club.

Go girls !

Du côté des nouvelles recrues, Tanya Reynolds (découverte dans Sex Education) incarne une coach assistante réputée peu aimable. Ce personnage, à priori l’antithèse de Ted l’optimiste qui met tout le monde à l’aise, se dévoile d’épisode en épisode et constitue un bel ajout à l’équipe dirigeante.

Quelques joueuses de foot sortent également du lot, sans être aussi développées que leurs homologues masculins dans les premières saisons (comme Roy Kent ou Jamie Tartt). Cela viendra probablement dans la suite de la saison, qui compte dix épisodes (nous avons pu en visionner quatre), diffusés au compte-goutte chaque semaine sur Apple TV+.

Ted Lasso, saison 4.©Apple TV

L’exercice de la suite n’est pas aussi simple qu’il y paraît. La mise en place de ce retour est à la fois longuette (on connaît l’univers) mais nécessaire. Cette quatrième saison reprend les bases des précédentes, mais raconte une toute autre histoire, avec des personnages qui ont évolué. Ted n’est plus tout à fait ce loser magnifique qui se bat contre vents et marées. Il a fait ses preuves et est estimé par ses pairs. Rebecca et Keeley ont aussi pris confiance en leurs capacités professionnelles.

On avait très envie d’adorer cette nouvelle saison de Ted Lasso. D’abord parce que ce personnage masculin bienveillant et à l’écoute de ses pairs bat en brèche les stéréotypes de genre ; mais aussi car cette saison braque les projecteurs sur le traitement sexiste réservé au foot féminin, sous-estimé et sous-financé en comparaison avec sa version masculine, bien plus installée et populaire.

Ted Lasso, saison 4.©Apple TV

Les premiers épisodes donnent le ton : les joueuses n’ont pas un vestiaire décent, Rebecca fait face au scepticisme des actionnaires du club AFC Richmond et les matchs ne sont visibles qu’en streaming. La boss, toujours aussi brillamment incarnée par Hannah Waddingham et ses micro-expressions qui en disent long, découvre un concept tout nouveau pour elle : le « feminist washing », ou l’art d’utiliser les femmes comme vitrine de façade, sans réellement les soutenir une fois les caméras éteintes.

Les dissensions entre Rebecca et sa meilleure amie Keeley, féministe plus fonceuse, apportent du grain à moudre à la série. Dans ses premiers épisodes, Ted Lasso adresse une épineuse question : pourquoi Rebecca n’a-t-elle pas choisi une coach pour son équipe féminine ? Si elle fait face à son sexisme intériorisé, Ted, lui, ne semble pas se demander s’il est légitime à cette place qu’on lui offre sur un plateau : celle du sauveur.

Ted Lasso, saison 4.©Apple TV

La série marche sur des œufs avec son sujet. On sent que Jason Sudeikis se demande jusqu’où il peut aller sur certaines blagues. Par exemple, la gardienne de foot parle de sexe à son coach dans une scène poussive, ou se montre nue sans aucun complexe devant ses entraîneurs masculins. Elle est l’équivalent d’un Jamie Tartt au début de la série. La salle d’écriture, showrunnée par Jack Burditt (30 Rocks, Modern Family) aurait sans doute bénéficié de plumes féminines aux commandes de cette saison.

Suite ou reboot ?

Les premiers épisodes de cette nouvelle livraison restent sages. La faute à une absence d’antagoniste fort, à un Ted Lasso presque trop parfait et à des personnages secondaires – les joueuses – pour le moment peu identifiés. Le format allongé depuis le milieu de la saison 2 – on est passé d’épisodes de 30 minutes à plus d’une heure en saison 3, la saison 4 revient à une moyenne plus raisonnable de 45 minutes – fait aussi perdre en rythme une série qui déjà prend son temps.

Ted Lasso, saison 4.©Apple TV

Malgré quelques bémols, les vibes feel good de Ted Lasso finissent par emporter l’adhésion, en particulier après l’effervescence collective autour de la coupe du monde de foot, et à une époque qui a désespérément besoin de modèles masculins empathiques et bienveillants.

Cette saison 4 aux airs de reboot pose des bases prometteuses pour la suite. Jason Sudeikis envisage à nouveau trois saisons pour nous raconter cette nouvelle aventure. Si Apple TV+ renouvelle la série pour une saison 5, sa diffusion pourrait coïncider avec la tenue de la prochaine Coupe du monde de foot féminine, qui aura lieu en 2027, au Brésil.

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