Sous ses airs de teen drama estival parfaitement balisé, Sterling Point trouve une tonalité plus juste qu’attendu, portée par une belle mise en scène, des personnages bien écrits et une douceur qui n’exclut pas les aspérités.
Introduction
Sterling Point prend le risque de débarquer à pas feutrés. La série de Prime Video arrive ce 5 août sur la plateforme : le lendemain, Disney+ lance The Shards, adaptation de Bret Easton Ellis produite par Ryan Murphy, objet autrement plus bruyant. Los Angeles, sexe, paranoïa et années 1980 d’un côté ; île canadienne, pontons et secrets de famille de l’autre. Le combat semble plié. Il serait dommage, pourtant, de laisser Sterling Point se noyer sans lui accorder quelques brasses.
Ballerines contre chemises à carreaux
Annie et Connor Jacobson, jumeaux adoptés de 17 ans, vivent à New York avec leur père, veuf. À la mort de Gordon, leur grand-père maternel dont ils ignoraient jusqu’à l’existence, Annie découvre qu’il leur écrivait depuis toujours et que son père dissimulait ses lettres. Elle part chercher des réponses à Sterling Point, une île posée sur un lac canadien. Elle y trouve surtout Ramona, la fille biologique de sa mère adoptive.

La série ne fait pas semblant d’avoir inventé le retour aux sources. La citadine tirée à quatre épingles, parachutée dans un cottagecore à la canadienne — ici fait de bateaux, de pontons et de maisons en bois — est devenue l’un des produits d’appel favoris des plateformes. Après les plages de L’été où je suis devenue jolie et les criques d’Outer Banks, voici donc le camp en pleine forêt.
Rien de neuf sous les sapins
Le scénario possède en outre tout l’attirail du drame familial en kit : un décès, un testament, des lettres interceptées, une mère disparue, un lieu saturé de souvenirs. Même le décor semble murmurer qu’une photographie jaunie va bientôt tomber d’un tiroir. Megan Park, réalisatrice de Fallout et de My Old Ass, ne cherche pas à dissimuler ces ficelles : elle les maîtrise simplement assez bien pour que l’on accepte de se laisser prendre au jeu.

Les dialogues respirent, les disputes ne virent pas systématiquement au concours de cruauté et les adolescents ne s’expriment pas comme une suite de mots-clés conçus pour circuler sur TikTok. Dans le sillage de Off Campus — qui a déjà fait du teen drama un espace où l’on parle à cœur ouvert de vulnérabilité –, Sterling Point laisse les dynamiques toxiques au vestiaire. Ses personnages ressemblent certes à de jeunes adultes plutôt qu’à des lycéens, mais leurs rapports conservent un naturel parfois exotique dans le genre.
Sœurs, mais pas par enchantement
La meilleure idée consiste à laisser la romance à sa juste place. Le récit se concentre surtout sur Annie et Ramona, deux filles liées par une mère que l’une a connue trop peu et l’autre pas du tout. Annie veut combler les blancs ; Ramona s’accroche à ce qu’elle croit déjà savoir. La première avance vers la vérité ; la seconde comprend que toute découverte pourrait aussi lui retirer quelque chose.

Ella Rubin donne à Annie une énergie solaire sans la rendre épuisante. Elle parle trop mais entre en contact avec un naturel qui sonne vrai. Son grand sourire et sa vivacité évoquent parfois une jeune Julia Roberts, ici brune ébène. Face à elle, Amélie Hoeferle joue une Ramona d’abord colérique, compacte, puis assouplie sans perdre son tranchant. Leur rapprochement n’efface ni la jalousie ni le deuil : il leur donne simplement un endroit où les déposer.
Enfin des garçons fréquentables
Puisqu’une série estivale sans triangle amoureux risquerait de perdre son permis d’exploitation, la série en propose évidemment un. Mais elle refuse au moins de choisir entre le garçon sensible et le séduisant sociopathe : Ellis, incarné par Jacob Whiteduck-Lavoie, est doux, sage, parfois un peu lisse ; Rory (Daniel Quinn-Toye), face à lui, possède argent, assurance et perfection suspecte du rival désigné. Il se révèle pourtant respectueux et sincèrement sympathique. Le dilemme en devient presque comiquement raisonnable : que faire lorsque les deux prétendants sont des « green flags » ?

La série n’évite ni les baisers sous lumière dorée ni les scènes où la musique arrive une seconde avant l’émotion. Certaines romances sentent le tableau Pinterest, et quelques conflits sont résolus avec une maturité dont bien des quadragénaires seraient incapables. Cette douceur fabriquée ne devient toutefois jamais tout à fait écœurante : Sterling Point préfère juste la tendresse à l’humiliation, et ce sans prétendre que ses personnages ne peuvent pas se blesser.
Tournée en Ontario, la teen-série regarde ses paysages avec gourmandise. Sa bande originale — Olivia Rodrigo, Joan Osborne, Cigarettes After Sex, Tame Impala ou Lana Del Rey — accomplit le reste du travail atmosphérique. L’œuvre demeure bien élevée, parfois trop, et ne mord jamais aussi fort que ses secrets le promettent. Elle possède néanmoins une qualité moins spectaculaire : l’envie de rester sur l’île, non pour résoudre le mystère mais pour voir ces personnages apprendre à vivre avec la réponse.