L’été et sa promesse de vacances entre potes vous manquent déjà ? Netflix a pensé à vous avec cette mini-série espagnole. Adaptée d’un best-seller d’Elísabet Benavent, elle nous plonge dans le road trip mouvementé d’un groupe d’amis aux sentiments contrariés.
Introduction
Entre Netflix et Elísabet Benavent, c’est une histoire d’amour au long cours. Depuis le succès de la série Valeria, lancée en 2020 et adaptée de la saga littéraire du même nom, la plateforme américaine et la romancière espagnole poursuivent une fructueuse collaboration, sans nuage à l’horizon. Après le film Nous étions des chansons (2021) puis la série Un conte parfait (2023), un autre roman de la reine de la rom com espagnole moderne fait l’objet d’une adaptation Netflix.
Paru en 2019, Toute la vérité de mes mensonges s’intéresse à la relation entre Coco et Marín, colocataires et meilleurs amis fusionnels depuis plusieurs années. Une virée en caravane entre potes, pour l’enterrement de vie de jeune fille de leur amie Blanca, se transforme bientôt en bombe à retardement. L’espace confiné fait exploser les secrets soigneusement enfouis des uns et des autres…

Tandis que Marín fait face à Aroa, son ex obsédée à l’idée de le reconquérir, Coco se retrouve aussi en compagnie de son ex, Gus, surnommé à son insu « Le poète ». Loren, le BFF responsable de Blanca et Coco, complète le tableau d’amis trentenaires qui s’adorent autant qu’ils se tapent sur les nerfs.
Un EVJF qui évite le malaise
« Ils vont me menotter ? Ils vont me déguiser avec un serre-tête en forme de bite ? », demande Blanca, paniquée au moment de suivre ses amis pour son week-end d’EVJF. Et on la comprend ! Ce moment pré-mariage, censé rapprocher les proches des futurs époux, peut vite tourner aux idées scabreuses et au calvaire dont on ne peut pas sortir.

Heureusement, Blanca est entre de bonnes mains. Ses amis Coco, Aroa et Loren, bientôt rejoints par Gus et Marín, ont prévu un road-trip à bord d’une caravane dans l’arrière-pays madrilène, direction le camping et la plage. Une idée d’EVJF originale et tout budget qui installe une vibe estivale et ensoleillée des plus plaisantes.
Au programme : activités nautiques, soirée « talent show » mi-géniales, mi-gênantes et petites vacheries entre amis. L’équilibre du groupe se retrouve menacé par les rapports ambigus entre Coco et Marín, tandis que Blanca passe beaucoup de temps au téléphone.
Des personnages attachiants
Créée et co-écrite par Montaña Marchena, Toute la vérité de mes mensonges repose sur une série de malentendus et de non-dits qui créent un effet cocotte-minute très efficace, souligné par l’énergie très messy et bavarde du groupe. Revers de la médaille : on a parfois envie d’en prendre un pour taper sur l’autre. Car les secrets que cachent nos six amis se voient tout de même comme le nez au milieu de la figure pour nous autres, fans de comédie romantique.

La série n’hésite pas à se reposer sur des tropes du genre, parfois usés jusqu’à la corde. L’héroïne girl next-door, incarnée par Itziar Manero (De parfaites demoiselles), version espagnole de Saoirse Ronan, pourquoi pas, mais Aroa (Lucía de la Fuente), sa rivale bimbo énervante du premier au cinquième épisode ou Loren (Brays Efe), le BFF gay qui n’a pas vraiment d’intrigues à lui, on aurait aimer les voir développer de façon moins attendue. Marin (Daniel Ibáñez), le boy next door aux problèmes d’engagement, reste touchant et possède une belle alchimie avec Coco, son « end game ».

Un brin paresseuse par endroits, l’écriture tombe dans certains clichés (le plus pénible étant la rivalité féminine entre Aroa et Coco), mais les interprètes parviennent miraculeusement à rendre leurs personnages attachants. Ce n’est jamais facile de trouver le bon dosage dans les séries chorales, mais certains protagonistes prometteurs, comme la future mariée Blanca (excellente Clara Sans), auraient mérité plus de temps d’écran.
Entre amour et amitié
Réalisée par María Togores et Marina Pérez, qui ont misé sur une photographie solaire, Toute la vérité de mes mensonges se fait aussi le reflet d’une certaine contemporanéité, autant dans son approche de la romance que des liens amicaux, également au centre de l’intrigue. Au-delà de leurs angoisses personnelles, Coco et Marín se posent la question du passage à l’acte romantique parce qu’ils ne veulent pas détruire leur grande complicité amicale.

On adore les histoires d’amitié qui se transforment en romance parce que les principaux intéressés se connaissent intimement. Ils ne se fantasment pas et s’aiment déjà comme ils sont, avec leurs qualités et leurs petites manies : par exemple, Marín est du genre control freak du ménage. La série nous renvoie, via de nombreux flashbacks (où le format de l’image devient carré), aux moments partagés entre Coco et Marín.
Ils se sont surnommés Anchois et Sardine et ont déjà leur chanson kitsch (Cuando zarpa el amor, à traduire par Quand l’amour prend le large, du groupe espagnol Camela) rien qu’à eux. L’amour ici ne vient pas d’un coup de foudre improbable mais d’un lien profond et sincère qui les unit depuis longtemps.

Au-delà de son duo romantique, Toute la vérité de mes mensonges s’avère aussi une joyeuse ode à l’amitié, dans toute sa complexité. Personne n’est parfait, chacun y va de son petit égoïsme et la situation peut tourner à l’engueulade générale ou aux petites piques sorties l’air de rien. Mais il y a aussi des moments magiques, des baignades de minuit, des soirées arrosées, des moments de câlin… Des souvenirs qui se forgent sous nos yeux et nous les rendent si proches de nous. Le fait que certains personnages, Blanca et Loren, sortent des normes de beauté en affichant une taille au-delà du 40, participe aussi à leur réalisme.
Viva les romances espagnoles !
Comme son titre l’indique, Toute la vérité de mes mensonges pointe du doigt avec humour les petites lâchetés des uns et des autres, et en particulier celles de nos deux héros romantiques, qui préfèrent se raconter des mensonges plutôt que de regarder la vérité en face et de prendre le risque de bouger le statu quo.
Sans être parfaitement réussie dans son écriture, Toute la vérité de mes mensonges reste une série plaisante à suivre, feel good et qui clôt cet été compliqué (entre incendies et canicules à répétition) en beauté. Son format, cinq épisodes entre 30 et 40 minutes, est parfait pour un weekend de binge-watching.

Cette nouvelle fiction bonbon confirme la bonne santé des séries espagnoles, et en particulier des comédies romantiques. De Smiley (2022) sur Netflix à Los Anos Nuevos (2024) sur Arte, en passant par Love you to death (2025) sur Apple TV+, ces romances importées en France et saluées par la critique ont su, chacune à leur manière, renouveler un genre souvent considéré comme à bout de souffle.
Leur secret ? Une absence de cynisme, une sincérité dans la démarche et une vraie volonté, derrière les ficelles narratives, d’explorer les relations amoureuses contemporaines, dans ce qu’elles peuvent avoir de chaotique et sublime.