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S&X : le sexe est-il toujours tabou dans la société japonaise ?

19 août 2026

Par Pierre Crochart

Illustration
“S&X”, le 20 août 2026 sur Netflix. ©Netflix

Netflix adapte le manga éponyme de Kisei Tada en live action et braque les projecteurs sur le sujet auquel tout le monde pense, mais dont personne ne parle facilement.

Introduction

Avec S&X, Netflix braque sa focale sur l’un des angles morts les plus fascinants de la culture contemporaine : l’intimité au pays du Soleil-Levant. En mettant en scène les tiraillements de citoyens tokyoïtes face à leurs désirs, la série s’empare d’un contraste saisissant entre une société saturée d’imagerie érotique et une réalité intime souvent marquée par le silence. Une fiction qui invite à dépasser les clichés occidentaux pour interroger une question fondamentale : le sexe est-il toujours un tabou majeur au Japon ?

« Tout le monde se pose des questions sur le sexe »

Entre la rigueur pionnière d’un Masters of Sex et le ludique décontracté de Sex Education, la nouvelle série de Shogo Kusano met en scène le jeune sexologue Ichito Shimotori (Kento Nakajima) dans sa propre clinique qui, à la façon d’un Shrinking, dévoile un large éventail de patients et patientes en quête de réponses sur leurs questions les plus intimes.

S&X Netflix
S&X.©Netflix

Sans jugement, la série aborde des thématiques très actuelles, a fortiori dans notre monde hyperconnecté : solitude, décalage des désirs au sein du couple, pression de la conformité. Le show met encore davantage en exergue l’incompréhensible dichotomie qui confronte une imagerie adulte omniprésente et l’étonnante inhibition individuelle lorsqu’il s’agit de parler de sexe.

Le sexe dans la société japonaise

L’archipel nippon a beau être aussi connu pour ses bars à hôtesses, ses mangas érotiques ou ses soaplands tokyoïtes, la société japonaise fait une distinction très claire entre ce qui relève du domaine public et de l’intimité. Vous l’aurez compris, le sexe entre dans cette seconde catégorie, faisant de toute démonstration de luxure ou simplement du sujet, un tabou.

Cette pudeur s’explique en partie par l’impact de certaines normes sociales (la peur de déranger, l’épuisement professionnel), mais aussi par des lacunes institutionnelles, avec une éducation sexuelle cantonnée aux processus biologiques, qui n’aborde jamais l’angle du plaisir et encore moins du consentement.

S&X.©Netflix

Si le Japon est un pays très développé, il traverse aussi ce que les experts appellent un « hiver démographique ». Depuis 2010, le pays voit sa population diminuer continuellement. On compte aujourd’hui 123 millions d’habitants sur l’archipel, contre environ 128 millions il y a 16 ans.

La population vieillit, et les naissances annuelles s’effondrent. D’après l’IPSS (National Institute of Population and Social Security Research), près de 40% des 18-34 ans affirment n’avoir jamais eu de rapport sexuel (42% des hommes et 44% des femmes). Par ailleurs, de plus en plus de couples mariés japonais n’ont plus aucune intimité, se contentant d’un simple rôle de conjoints ou de parents.

Ces éléments mis bout à bout dressent le portrait d’un pays et d’une population moins prude qu’épuisée, opprimée par des normes sur lesquelles elle n’a aucun contrôle. Un tabou qui persiste donc, même s’il est moins question de pudeur personnelle que d’une influence systémique qui invite les citoyens à garder pour eux ce qui relèverait de la sphère privée.

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