Adaptée du célèbre roman féministe de Miles Franklin, la nouvelle série Netflix nous plonge dans les prémices du vingtième siècle australien. Entre drame initiatique et romance, que pense la presse de cette version très attendue ?
Introduction
Oubliez les bals des Bridgerton. Disponible depuis le 13 août sur Netflix, Ma brillante carrière ressuscite une icône féministe de la littérature australienne. Nous sommes à l’aube du XXe siècle, et Sybylla Melvyn s’ennuie ferme. Cette jeune femme au caractère affirmé cultive une ambition singulière pour son époque : elle veut écrire. Ses parents, issus d’un milieu modeste, ont d’autres projets. Une lettre opportune de sa riche grand-mère maternelle, Winifred Bossier, vient sceller son destin. La voilà propulsée dans la haute société, avec pour unique mission de dénicher un bon parti.
Sybylla accepte l’exil, qu’elle voit surtout comme un terreau fertile pour nourrir son premier manuscrit. Mais la théorie se heurte vite à la pratique. L’héroïne croise le chemin de Frank Hawden, le contremaître du domaine, et de Harry Beecham, le célibataire convoité du coin. Sans compter la tante de ce dernier, Augusta, une suffragette redoutable. Et c’est là que tout se complexifie : peut-on vraiment s’émanciper quand l’amour s’invite à la table des négociations ?
Une œuvre culte
Publié en 1901, le roman d’apprentissage de Miles Franklin a profondément marqué la culture australienne. Ceux qui fréquentaient les salles obscures à la fin des années 1970 gardent peut-être un souvenir ému de l’adaptation cinématographique de Gillian Armstrong, mais cette fois, c’est la créatrice Liz Doran (Dance Academy : danse tes rêves) qui s’empare du mythe.

Aux côtés des réalisatrices Alyssa McClelland (Second Best) et Anne Renton (The Perfect Family) et d’un casting prometteur – Philippa Northeast (The Family Next Door), Christopher Chung (Slow Horses), Anna Chancellor (Quatre mariages et un enterrement), Genevieve O’Reilly (The Secret), Kate Mulvany (How to Make Gravy), Jake Dunn (What It Feels Like for a Girl), Alexander England (Little Monsters), Sherry-Lee Watson (Hartley, cœurs à vif) et Miah Madden (Les anonymes) –, la showrunneuse élargit le spectre de l’œuvre originale. Les six épisodes affrontent directement les angles morts de l’époque, du racisme à l’homophobie, en passant par le sexisme ambiant.
Le récit se veut ancré dans les luttes actuelles. « J’ai lu le livre pour la première fois en 2019 et j’ai été immédiatement frappée par la façon dont le combat de Sybylla résonne encore en nous aujourd’hui », raconte Liz Doran dans un entretien accordé à Tudum. Une évidence s’impose alors à elle : « Avoir l’opportunité de transmettre à une nouvelle génération cette histoire qui les encourage à poursuivre leurs rêves était une chance que je ne pouvais absolument pas laisser passer. »

Car sous ses airs de drame en costumes, la série appuie là où ça fait mal. Les injonctions ont changé de visage, certes, mais elles persistent. La scénariste précise d’ailleurs que lors de l’adaptation, ils n’ont jamais perdu de vue l’objectif principal de Sybylla, qui consistait à tracer sa propre voie contre l’avis de la société. Les spectatrices d’aujourd’hui ne font peut-être plus face aux mêmes obligations matrimoniales, mais la quête d’indépendance reste complexe, et le dilemme entre carrière et sentiments demeure un puissant fil conducteur.
Qu’en pensent les critiques ?
Un pari ambitieux, donc. Mais est-il vraiment réussi ? Si l’on se fie aux premiers avis de la presse anglophone, le charme opère. Les journalistes américains et britanniques saluent la fraîcheur de la proposition. Variety apprécie cette relecture et salue « une adaptation vibrante, sensuelle et dynamique qui rend hommage à l’œuvre originale tout en offrant une représentation plus nuancée et authentique de l’Australie du XXe siècle ».

Un rafraîchissement pertinent, qui intègre pleinement le regard féminin et autochtone. Pour la journaliste, le show se révèle « à la fois fantaisiste et incisif », prouvant que l’intrigue « reste aussi poignante et audacieuse qu’il y a 125 ans ».
Même son de cloche outre-Manche. The Guardian tombe sous le charme et qualifie la série de « pur bonheur ». Le quotidien ne tarit pas d’éloges sur l’actrice principale, jugée brillante, et apprécie particulièrement la légèreté de ton du programme. « L’adaptation de Doran conserve tout l’esprit de rébellion du livre, tout en y insufflant une dose bienvenue d’optimisme », écrit le journal, promettant un visionnage « spirituel, intelligent et absolument jouissif ».

De son côté, Decider classe la romance parmi les contenus « à voir absolument ». Le site spécialisé reconnaît volontiers que la fiction en fait parfois un peu trop. Cependant, il balaie ces menues réserves d’un revers de main. Ces quelques défauts sont, selon eux, « largement compensés par la qualité de l’histoire et du jeu des acteurs ». Cette adaptation de Ma brillante carrière parviendra-t-elle à faire de l’ombre à La chronique des Bridgerton ? Le défi est colossal, mais elle a, en tout cas, toutes les armes pour y parvenir.