Après Dahmer, les frères Menendez et Ed Gein, le duo Ryan Murphy/Ian Brennan s’attaque cette fois-ci pour la quatrième saison de « Monstre », leur série coup de poing sur les faits divers américains, à la très sanglante affaire Lizzie Borden, disponible depuis ce 17 septembre 2026 sur Netflix. Mais la vraie surprise, c’est l’incursion inattendue du personnage d’Aileen Wuornos, campée par Sarah Paulson. Qui est-elle ?
Introduction
Si vous avez dévoré la nouvelle saison de Monstre consacrée à Lizzie Borden depuis sa sortie sur Netflix, une question vous a forcément traversé l’esprit : mais qu’est-ce qu’elle vient faire là, celle-là ? Quel est ce cheveu sur la soupe à partir de l’épisode 4 ? Pourquoi ce parallèle entre Aileen Wuornos (Sarah Paulson) et Lizzie (Ella Beatty) ?
La tueuse à la hâche s’est éteinte en 1927. Aileen Wuornos, elle, n’est née qu’en 1956. Un siècle les sépare, leurs mondes n’ont rien en commun et rien ne dit même qu’Aileen s’est inspirée de Lizzie Borden. On vous rassure : vous n’êtes pas les seuls à avoir bloqué devant votre écran. Alors, pourquoi ce rapprochement étonnant ?
Lizzie Borden et le crime à la hachette
Petit rafraîchissement de mémoire : le 4 août 1892, à Fall River dans le Massachusetts, Andrew Borden et sa femme Abby sont massacrés chez eux à coups de hachette. Très vite, les regards se tournent vers la fille, Lizzie, 32 ans. Entre ses versions qui changent tout le temps et son attitude étrange, elle a tout de la suspecte idéale.
Le problème ? C’est une femme bien sous tous rapports un profil impensable pour un carnage pareil à l’époque. Et surtout, les flics n’ont rien de solide : pas d’arme du crime, pas de témoin, pas la moindre preuve formelle. Après dix mois derrière les barreaux, Lizzie ressortira donc libre comme l’air, acquittée. Personne d’autre n’a jamais été arrêté. Plus de 130 ans après les faits, le mystère reste entier. Et c’est exactement pour ça qu’on reste fasciné par cette histoire encore aujourd’hui.
Aileen Wuornos, le parcours d’une écorchée vive
Née le 29 février 1956 à Rochester dans le Michigan, Aileen Wuornos naît dans une famille déjà fracturée. Son père, un pédocriminel atteint de lourds troubles psychiatriques, se suicide en prison sans qu’elle ne l’ait jamais connu. Peu après, sa mère l’abandonne avec son frère alors qu’ils sont encore très jeunes. Recueillie par ses grands-parents maternels, Aileen grandit dans un foyer marqué par les abus, l’alcool et la violence. A quinze ans, elle décide de s’enfuir et se retrouve à la rue. Elle survit en faisant de l’auto-stop et en se prostituant, période durant laquelle elle affirme avoir été violée une trentaine de fois.
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En Floride, elle rencontre une serveuse, Tyrua Moore, sa bien-aimée, la seule vraie relation qu’elle aura de sa vie. C’est aussi à ce moment que tout bascule. En un an à peine (entre 1989 et 1990), sur les autoroutes de Floride, Aileen tue sept hommes. Tous l’avaient prise en auto-stop.
Traumatisée, elle crie à la légitime défense. Elle jure qu’elle n’a fait que se défendre face à des hommes terrifiants qui voulaient la violer. Quand les menottes se referment sur elle en 1991, son monde s’écroule. Si elle avoue tout, ce n’est pas pour sauver sa peau, mais par pur amour. Elle veut désespérément protéger Tyria, la seule femme qui comptait pour elle, que la police utilisait pour la faire chanter. Ce qui la condamne à mort. Après dix longues années dans le couloir de la mort, Aileen est exécutée par injection létale le 9 octobre 2002. Elle avait 46 ans.
La série Monstre n’est pas la première adaptation de l’histoire tragique d’Aileen Wuornos. Un film, Monster de Patty Jenkins, avait vu le jour en 2003, soit un an après sa mort. Son interprète, Charlize Theron, avait décroché l’Oscar de la meilleure actrice dans ce rôle difficile.
Monstre et ses parallèles hasardeux
En mettant face à face Lizzie Borden et Aileen Wuornos, Ryan Murphy et Ian Brennan font se percuter deux époques et deux visages du crime au féminin. Deux femmes que tout sépare, mais que l’Amérique a réunies dans une même obsession pour le macabre.
D’un côté, une bourgeoise du 19e siècle dont la violence semblait tout simplement inimaginable pour la société de l’époque. De l’autre, 100 ans plus tard, une marginale traquée par les caméras et jetée en pâture aux médias. En croisant leurs destins, Brennan et Murphy touchent là où ça fait mal : qu’est-ce qui pousse une femme à commettre l’irréparable ? Et pourquoi est-on tous à la fois fascinés et complètement flippés par elles ?
Quand la série réécrit l’Histoire (et commet un joli bug)
Sauf que dans les faits, la série prend de sacrées libertés avec la vraie histoire. Dans l’épisode 4, on nous montre Aileen complètement obnubilée par Lizzie Borden, au point d’aller visiter sa fameuse maison reconvertie en gîte. C’est très fort à l’écran, mais c’est du pur bidonnage.
La maison existe pour de vrai. Vous pouvez même y louer une chambre si vous avez envie de frissonner un peu (ou de faire une insomnie). Mais ce lieu n’a ouvert ses portes au public qu’en 1996. À cette époque-là, cela faisait déjà un bon moment qu’Aileen était derrière les barreaux. Une belle scène pour la télé, donc, mais totalement inventée.
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Et c’est bien le problème. À force de vouloir transformer Lizzie Borden en icône de la « rage féminine » et de lui coller Aileen Wuornos dans les pattes, la série finit par se perdre entre deux histoires qui n’ont rien à faire ensemble. Le parallèle était intéressant sur le papier, mais en pratique, on se demande parfois ce qu’on regarde vraiment.
Ce qui est sûr, c’est que les scènes consacrées à Aileen Wuornos sont parmi les plus réussies de la saison. Sarah Paulson y est tout simplement bouleversante. Et quelque part, on se dit que les créateurs auraient peut-être dû lui consacrer une saison entière. Parce que cette histoire-là, elle méritait bien mieux que quatre épisodes en pointillés.
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