La nouvelle teen série Prime Video a bien révisé ses classiques, au point de parfois rendre la copie des autres. Le plus agaçant ? On enchaîne les épisodes avec plaisir.
Introduction
À Belrose, les chagrins d’amour ont vue sur mer et les étudiants roulent en voiture de collection : les cœurs sont à réparer, mais personne ne semble avoir à payer les factures. Bienvenue dans Campus Drivers, romance française qui parle couramment la série américaine. Adaptée des romans de l’autrice hexagonale C. S. Quill, elle arrive ce 6 novembre sur Prime Video en six épisodes. Une fiction plaisante, efficace, parfois touchante ; mais fallait-il autant ressembler aux autres pour nous donner envie de rester ?
Une mécanique (trop) bien huilée
Lois pensait entrer à l’université avec l’homme de sa vie ; Max, manifestement, n’avait pas lu le même scénario. La voilà célibataire, dévastée, à la rue puis hébergée par Lane O’Neill, beau garçon peu porté sur l’attachement. La cohabitation promet des étincelles ; les blessures enfouies fourniront le combustible. Quiconque a fréquenté les villas de Newport Beach ou les couloirs de Maxton Hall sait que les garçons les mieux logés ont souvent quelques dégâts intérieurs.

Le plaisir tient à ce paradoxe : on voit venir presque tout, mais on veut voir comment. Les épisodes avancent sans s’enliser, les piques amoureuses relancent le drame, les amitiés desserrent l’étau familial. Même le basketteur sous pression paternelle, cousin spirituel de Nathan dans Les frères Scott, trouve sa place dans cette chorégraphie familière. La série ne renouvelle donc pas son répertoire : elle cherche plutôt à en maîtriser le tempo. C’est moins mémorable qu’une révolution, mais plus agréable qu’un mauvais pastiche.
Carmen Kassovitz hérite pourtant d’une entrée en matière ingrate : du mascara sous les yeux, un ex dans la tête, une autonomie en réparation. Sa Lois, boursière en Converse et jean slim, commence par traverser le très balisé relooking destiné à faire regretter le garçon parti. Le prince héberge, la princesse se rhabille : on a connu émancipation plus ambitieuse. Heureusement, la jeune femme gagne en assurance dans la seconde moitié et le personnage devient intéressant lorsqu’il cesse d’être uniquement défini par celui qui l’a quittée.

Face à elle, Baptiste Masseline remplit sans difficulté le cahier des charges du garçon qui fera circuler la bande-annonce. Son Lane peut rejoindre Garrett Graham (Belmont Cameli dans Off Campus) au rayon des beautés contrariées par leur héritage familial. La culpabilité fissure peu à peu la façade et certaines scènes touchent juste. D’autres laissent davantage voir l’assemblage : une allure impeccable, un secret douloureux, la bonne rencontre pour rendre le tout vulnérable.
La Côte d’Azur, cinquante et unième État ?
Le dépaysement le plus curieux vient pourtant de cette France qui ressemble à un souvenir de télévision américaine. Lane, Lois, Donovan ou Lewis fréquentent une université privée, conduisent des voitures plus chères qu’un trois pièces et passent de villas démesurées en fêtes sur les toits de gratte-ciels. Pris séparément, aucun détail n’est interdit de séjour sur la Riviera. Ensemble, ils composent une bulle où Gossip Girl aurait délocalisé ses intrigues sous le soleil.

Une romance n’a évidemment aucune obligation de documenter les difficultés de logement étudiant. Le fantasme est même une part essentielle du contrat et le luxe peut être un formidable terrain de fiction. Mais que gagne réellement cette adaptation française à reprendre aussi docilement les signes extérieurs du rêve américain ? Belrose paraît moins conçue comme un lieu que comme une garantie de reconnaissance : on sait immédiatement quelle série on regarde, mais on aimerait parfois découvrir ce que celle-ci possède en propre.

Cannes, qui a accueilli le tournage, lui offrait pourtant plus qu’un beau fond d’écran. À l’image, la Méditerranée sert surtout de tapisserie, le soleil de projecteur et les maisons à plusieurs millions d’amplificateur sentimental. Les différences de milieu existent, notamment à travers Lois, sans jamais vraiment peser sur les trajectoires.
De belles carrosseries, mais quelle destination ?
Le titre lui-même cristallise ce curieux flottement. « Campus Drivers » désigne l’application de transport créée par Lane : une sorte de VTC de campus dont la Camaro constitue un argument commercial assez convaincant. Mais, dans la série, l’activité paraît surtout fournir des voitures à filmer. Sans préjuger de sa place dans les romans, ce principe aurait pu singulariser l’adaptation ; il reste largement sur le bas-côté.

À la réalisation, Tom Goris et Vianney Lebasque savent faire briller l’ensemble. Les couleurs sont franches, les lumières travaillées, les cadres soignés. La piscine sur le toit, la fête fluorescente dans les bois ou les ralentis appartiennent à un catalogue déjà bien fourni, mais leur exécution a de l’allure.
La bande-son prolonge cette impression, de Charlotte Cardin à Sombr et Gracie Abrams : chaque émotion semble trouver sa playlist avant même d’avoir fini sa phrase. Tout est à sa place, parfois un peu trop. Ce qui retient vraiment, pourtant, se joue à une échelle moins luxueuse : Lois qui reprend pied, Lane qui baisse la garde. Aucun de ces moments n’a vraiment besoin d’une Camaro : il aurait été intéressant que la série leur fasse autant confiance qu’à sa carrosserie.