La comédie romantique de Netflix revient le 22 octobre avec sa galerie de personnages délicieusement irrévérencieux. Une troisième salve réjouissante malgré quelques ficelles usées, qui ne renouvelle pas toujours la formule mais conserve un talent pour nous faire rire.
Introduction
À Hollywood, l’amour se mesure parfois à la capacité de vider un lave-vaisselle sans provoquer une crise conjugale. Avec sa troisième saison, disponible le 22 octobre sur Netflix, Nobody Wants This troque les tourments de la séduction contre ceux de la vie à deux. Une comédie romantique toujours aussi piquante, qui gagne en profondeur ce qu’elle peine encore à perdre en clichés.
Noah et Joanne ont (presque) survécu aux différences religieuses, aux familles envahissantes et aux avis non sollicités de leur entourage. Restait l’épreuve ultime : partager une salle de bains. Après deux saisons à se demander si leur histoire était possible, les amoureux incarnés par Adam Brody et Kristen Bell emménagent ensemble. Adieu le suspense du premier baiser, bonjour les petites habitudes qui exaspèrent. La romance descend de son piédestal ; c’est peut-être ce qui pouvait lui arriver de mieux.
Un rabbin, une agnostique et beaucoup de mauvaise foi
Faut-il signaler à son partenaire qu’il s’habille mal ? Lui reprocher ses manies, ses maladresses, ses petites obsessions ? Derrière ses chamailleries, la série pose une question pour le moins ordinaire : à quel moment les compromis amoureux deviennent-ils des renoncements ? Et elle excelle dans ces négociations minuscules où chacun prétend défendre un principe alors qu’il cherche surtout à avoir le dernier mot.

Seulement, les scénaristes ont parfois la main lourde sur la distribution des torts. Noah, rabbin au charme désarmant, reste l’incarnation du green flag : bienveillant, rassurant, presque scandaleusement fréquentable. Joanne, elle, hérite régulièrement du mauvais rôle.
Son arrogance et son assurance de girlboss peuvent être jubilatoires, mais le personnage frôle parfois la caricature de l’Américaine égocentrique. Dommage pour une héroïne dont les contradictions mériteraient mieux qu’un inventaire de défauts.

Surtout lorsqu’elle commence ses cours de judaïsme. Tenue pour responsable des choix professionnels de Noah, Joanne essuie le ressentiment d’une communauté qui semble avoir oublié un détail : le rabbin possède, lui aussi, son libre arbitre. Pourquoi faudrait-il systématiquement faire porter à la petite amie non juive le poids des décisions de son compagnon ? La série réactive ici un mécanisme aussi commode que discutable, celui de la femme perturbatrice, coupable de détourner l’homme de son destin.
Morgan, ou l’art de voler la vedette sans demander pardon
Heureusement, Morgan, elle, n’a besoin de personne pour faire des dégâts. Avec sa langue bien pendue, son aplomb indécent et son talent pour transformer une conversation banale en incident diplomatique, la sœur de Joanne reste la meilleure arme comique de la série. Justine Lupe joue à merveille cette blonde hollywoodienne outrageusement cliché, à ceci près qu’elle est souvent plus lucide que tous les personnages prétendument raisonnables qui l’entourent.

Cette saison a surtout l’intelligence de lui offrir autre chose que des répliques assassines. Son ascension professionnelle nourrit les rivalités fraternelles tandis que certaines séquences, notamment dans l’épisode 4, révèlent une vulnérabilité rarement entrevue. L’actrice passe de l’insolence à l’émotion avec brio. Morgan n’est plus seulement celle qui fait rire lorsque le couple principal tourne en rond : elle devient l’une des raisons de continuer à regarder le show.
Même réussite avec Sasha (Timothy Simons), son improbable partenaire de confidences. Leur complicité, à la fois absurde et profondément tendre, ferait presque de l’ombre à celle de Joanne et Noah. Leur escapade new-yorkaise de l’épisode 7 en offre une belle illustration.
Los Angeles, capitale mondiale des problèmes de riches
Les autres personnages ne sont pas en reste. Esther et Sasha confrontent leur couple aux frustrations accumulées, quand les deux sœurs apprennent, non sans quelques coups bas, à composer avec leurs réussites respectives. La jalousie circule librement dans cette famille dysfonctionnelle, où chacun semble capable d’aimer ses proches tout en leur reprochant à peu près tout.

On regrettera pourtant quelques réflexes d’écriture paresseux : la série semble parfois découvrir avec émerveillement qu’un homme peut participer aux tâches domestiques. À ce rythme, Noah pourrait décrocher le prix Nobel de la paix pour avoir sorti les poubelles. L’humour est efficace mais les représentations de genre auraient parfois besoin d’un petit dépoussiérage.
Quant à Los Angeles, la ville ressemble toujours à un immense catalogue immobilier réservé aux contribuables les plus fortunés. Maisons somptueuses, intérieurs impeccables, carrières prometteuses : les personnages évoluent dans une bulle où l’angoisse financière paraît aussi improbable qu’une mauvaise connexion Wi-Fi. Bien sûr, personne n’attend d’une comédie romantique une enquête sur la précarité américaine. Reste que cette abondance de confort rend parfois leurs contrariétés quelque peu dérisoires.

C’est peut-être là que Nobody Wants This demeure la plus paradoxale : elle décortique avec finesse les petites hypocrisies sentimentales tout en préservant soigneusement les grandes illusions de la romance hollywoodienne. Mais en laissant enfin ses personnages secondaires prendre le pouvoir, cette troisième saison trouve un nouveau souffle.