Critique

« Carrie » sur Prime Video : Mike Flanagan réinvente le chef-d’œuvre de Stephen King à l’ère Instagram

07 octobre 2026

Par Catherine Rochon

Illustration
©Prime Video

Avec sa relecture sérielle de « Carrie » de Stephen King, le showrunner Mike Flanagan transpose la fable horrifique culte à l’ère d’Instagram et du cyberharcèlement. Une adaptation audacieuse et ancrée dans son époque, disponible dès ce 7 octobre sur Amazon Prime Video.

Introduction

Il en faut du courage pour s’attaquer à une énième adaptation de Carrie de Stephen King. De l’audace et du talent aussi. Et ça, Mike Flanagan n’en manque pas. Mieux : le brillant showrunner de The Haunting of Hill House – l’une des meilleures séries de 2018 – maîtrise à merveille le matériau du romancier. Le réalisateur avait déjà livré sa version de Jessie (2017), pourtant réputé inadaptable, de Doctor Sleep (2019) et avait été applaudi pour son beau The Life of Chuck (2024). 

Dès lors, voir Flanagan s’emparer de Carrie semblait finalement parfaitement cohérent, tant il partage avec le maître du suspense cette même fascination pour la noirceur nichée sous le vernis des banlieues ordinaires, cette fascination pour les marginaux et les psychés bien tordues. Et il y a de quoi faire dans ce monument de la culture pop.

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Carrie (Summer H. Howell, épatante), sa candeur en bandoulière, débarque au lycée de Chamberlain après une enfance recluse auprès de sa mère fanatique. Le choc est brutal : l’ado y découvre les rivalités, la course à la popularité, le culte du paraître, le doomscrolling, les ragots. Face à la cruauté ordinaire de ses camarades, Carrie bout et encaisse – jusqu’au point de rupture.

Bande-annonce de la série Carie

Carrie au bal des portables

Comment se départir de l’adaptation culte de Brian De Palma (1976) ? Comment réussir à étirer un récit plutôt resserré – environ 230 pages – sur pas moins de huit épisodes ? Le pari n’était pas aisé. Et pourtant, Flanagan livre une relecture d’une affolante acuité à l’ère 2.0. Sa Carrie sérielle s’impose comme un teen drama intelligent – dans la lignée de 13 Reasons Why – teinté de fantastique et d’une fine observation sociale.   

Car de ce coming of age tragique, le showrunner tire un portrait cruellement réaliste de la société américaine. L’horreur n’y est pas tant surnaturelle qu’ancrée dans le réel, entre malaise adolescent, tyrannie des réseaux sociaux, mouvements réactionnaires et culture de la violence. C’est d’ailleurs lors d’un exercice de simulation à la tuerie de masse, en pleine classe, que Carrie fait l’expérience de ses pouvoirs télékinésiques. Ici, le harcèlement qu’elle subit se démultiplie sur les écrans de portables, se nourrit des posts Instagram et son humiliation se déploie à travers les hashtags.

Si Carrie est un grand conte horrifique sur la rage féminine, Flanagan en amplifie la portée politique en ancrant la vengeance de son héroïne dans un monde saturé de cyber-voyeurisme et mâtiné de complotisme.

Carrie-mère-flanagan

Carrie (Summer H. Howell) et sa mère (Samantha Sloyan)

Certes, on pourra lui reprocher quelques libertés narratives inutiles et un passage à vide au cœur de l’engrenage lycéen. Fidèle à son style, Mike Flanagan privilégie le drame psychologique à la terreur pure –  même si la mythique scène du bal de promo reste glaçante. Malgré ses longueurs, cette déclinaison s’avère terriblement addictive. Au point que Stephen King lui-même y est allé de son petit compliment sur Threads : « La version de Mike Flanagan de Carrie est brillante. Ce qu’elle dit sur les réseaux sociaux est choquant et vrai. »

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Carrie de Mike Flanagan

Avec Summer H. Howell, Matthew Lillard, Samantha Sloyan

Disponible sur Amazon Prime à partir du 7 octobre 2026

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