Que serait Halloween sans ses sorcières ? En attendant le retour de Harry Potter sur HBO Max à la fin de l’année, Disney+ mise sur Sorcières Academy. Attrapez vos balais et vos recettes de potions, cette nouvelle série jeunesse nous plonge dans une école de sorcières à La Nouvelle-Orléans. La magie est-elle vraiment au rendez-vous ?
Introduction
La saison des sorcières est lancée sur Disney+. La plateforme vient en effet de mettre en ligne l’intégralité de la première saison de Sorcières Academy (Coven Academy en version originale), une nouvelle série surnaturelle diffusée aux États-Unis sur la chaîne Freeform (diffuseur à qui l’on doit Pretty Little Liars ou Switched at Birth).
Créée par Tim Federle (High School Musical: La comédie musicale, la série et la suite de Romy and Michele prévue en 2027), l’œuvre débute avec l’arrivée à La Nouvelle-Orléans de Briar, une adolescente new-yorkaise qui découvre avec réticence qu’elle possède des pouvoirs et doit étudier dans une école spécialisée. Sur place, elle se lie d’amitié avec Sasha, une étudiante rigide qui lit dans les pensées, et Tegan, plus chaleureuse et capable de manipuler le temps. Ses nouvelles sœurs vont l’aider à s’intégrer et à enquêter sur le meurtre irrésolu de sa mère.
Une série ultra-référencée
Des enquêtes surnaturelles, une location iconique pour tout fan de sorcellerie, une école de magie où l’on apprend à maîtriser ses pouvoirs ? Si Sorcières Academy est techniquement une série originale, dans le sens où elle n’est l’adaptation d’aucune œuvre préexistante, son point de départ évoque une myriade de références se déroulant dans l’univers de la magie. Elle emprunte à The Originals ou American Horror Story (saison 3 et 13) sa location, La Nouvelle-Orléans, ses bars de jazz dans des rues animées, ses magasins ésotériques et sa très belle architecture caractéristique.

L’académie de sorcières évoque immanquablement la référence absolue en la matière, la saga Harry Potter, mais aussi des séries Netflix plus récentes comme Les nouvelles aventures de Sabrina et Mercredi, en moins dark et avec des vibes qui lorgnent davantage du côté des années 2000. Les amours pudiques, le lien sororal qui s’installe assez vite entre Briar, Sasha et Tigan, les décors un brin carton pâte et les effets spéciaux tendance kitsch font pencher la série du côté de Charmed.
Impossible, en effet, de ne pas penser à Piper, Prue et Phoebe : si elles ne sont pas des sœurs biologiques, nos trois apprenties sorcières possèdent des pouvoirs similaires à leurs modèles (arrêter le temps, faire léviter des objets, lire dans les pensées…). Et comme les soeurs Halliwell, elles sont plus puissantes à trois que seules.

Ce nouveau trio de sorcières attachantes aux looks « witchy / preppy » réussi (sans être aussi punk que celui des adolescentes déjantées du film The Craft, auquel on pense aussi) est interprété par Malina Pauli Weissman (Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire) dans le rôle de Briar, Jordan Leftwich (The Family Switch) dans celui de Sasha et Ora Duplass (Their Town) qui prend les traits de Tigan.
En dépit de personnalités assez archétypales (la rebelle, la rigide et celle qui réconcilie les deux pôles), l’alchimie entre les trois actrices fonctionne bien. On prend plaisir à suivre l’évolution de leur amitié naissante. Histoire d’ajouter aux vibes années 1990-2000 déjà bien installées, Tiffani Thiessen, l’une des stars des nineties, qui incarnait Valerie dans Beverly Hills, est à la tête de l’école de magie dans le rôle ambigu de Miss Graves. Nostalgie, quand tu nous tiens.
Rien de neuf au coven
Ceux et celles qui connaissent par cœur les films et les séries de sorcières cultes lèveront donc peut-être les yeux au ciel face à l’amoncellement de tropes lié au genre. Par exemple, Briar se retrouve au cœur d’un triangle amoureux, coincée entre Jake (Malachi Barton), un sorcier tête brûlée, et une histoire d’amour impossible avec Ollie (Louis Thresher), un jeune vampire malgré lui, qui se refuse à boire du sang humain, autrement dit un lointain cousin d’Angel dans Buffy contre les vampires.

Sorcières Academy recycle de nombreuses influences et séquences déjà vues ailleurs, sans vraiment innover dans ses intrigues ou sa représentation blanche (avec quelques rôles secondaires racisés) et hétéronormée. La séquence où Olli et Briar prennent acte de leurs sentiments réciproques tout en rejetant la possibilité de vivre cet amour semble un copier-coller d’une scène de la saison 1 de Buffy entre la Tueuse et Angel.
De la même façon, une scène haletante de test de leurs pouvoirs place les trois sorcières au cœur d’un sombre labyrinthe où le danger rôde à chaque buisson : cette fois, c’est l’inoubliable film Harry Potter et la Coupe de feu qui vient à l’esprit. Le personnage de Cole (Devon Sawa), un professeur de magie charismatique qui cache son jeu, semble lui calqué sur le Professeur Rogue.
Une série pour la Gen Alpha
On ne peut pas reprocher à Sorcières Academy de prendre trop de temps d’exposition. Passé le premier épisode, on est directement plongés au cœur de l’action. Entre les cours de magie, l’enquête de Briar sur sa mère, la disparition de trois sorcières et un plus grand combat qui se noue en toile de fond, la série ne manque pas de rythme. Elle semble taillée pour conserver l’attention d’un public qui peut la délaisser à tout moment pour scroller sur son téléphone.

Si l’œuvre manque encore d’identité, elle pourrait séduire son audience prioritaire : les adolescentes de la génération Alpha, nées à partir de 2010 et qui n’ont pas toutes les références du genre en tête. Certes, les rebondissements de cette première saison restent pour la plupart cousus de fil rouge. Pour autant, les dialogues en ping-pong sont assez bien troussés et l’enquête classique (la mère morte, comme dans Charmed) mais efficace tient en haleine au fil de ses 21 épisodes de poche, qui durent entre 10 et 22 min sur Disney+.

En réalité, les épisodes ont été coupés en plusieurs bouts spécialement pour la plateforme. La version diffusée sur Freeform est composée de 10 épisodes, d’une durée entre 23 et 43 min. D’où cette sensation que l’action ne s’arrête jamais quand on visionne la version coupée sur Disney+.
La série place son public dans une zone de confort. Bercée par les sons pop d’Olivia Rodrigo, Chappell Roan ou Lady Gaga, Sorcières Academy possède un parfum familier, celui du plaisir coupable parfait pour Halloween. En revanche, ne comptez pas sur elle pour réinventer la roue (magique).