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Avec The Prison Experiment, Netflix remet le pouvoir derrière les barreaux

22 octobre 2026

Par Louise Lepense

Illustration
“The Prison Experiment - L'expérience de Stanford”, le 21 octobre 2026 sur Netflix. ©Netflix

Sur Netflix, une nouvelle simulation carcérale promet d’éclairer les mécanismes de la domination, au risque de brouiller la frontière entre observation des comportements et mise en spectacle.

Introduction

Il suffit d’un uniforme pour changer de camp. Mais peut-il aussi changer une conscience ? Avec The Prison Experiment : La nouvelle expérience de Stanford, disponible depuis le 21 octobre, Netflix transforme une controverse psychologique en téléréalité. Produite par Alfred Street Industries, avec notamment Jane Lipsitz et Dan Cutforth, la série compte six épisodes. Son ambition : observer ce que l’autorité fait aux individus.

Que se passe-t-il derrière les murs ?

Trente volontaires entrent dans une aile désaffectée d’une prison toujours en activité, dans le comté de Cherokee, en Géorgie. Le hasard désigne huit gardiens et 22 détenus pour une immersion prévue sur deux semaines. Les premiers se relaient de jour et de nuit ; les seconds découvrent la vie sous surveillance. Aucun grand prix à gagner : chacun doit composer avec ses convictions lorsqu’il reçoit du pouvoir ou subit celui des autres.

©Netflix

Les comportements sont commentés par Alison Wood Brooks, spécialiste des sciences comportementales à Harvard, le journaliste Trymaine Lee, et Michael Cantrell, ancien professionnel de l’administration pénitentiaire fédérale. Selon la production, les volontaires ont passé des évaluations psychologiques et bénéficiaient d’un soutien permanent. Un mot de sécurité permettait de demander de l’aide ou de partir. Six personnes ont abandonné, ont indiqué les producteurs à Variety.

Que s’est-il réellement passé à Stanford ?

En août 1971, le psychologue Philip Zimbardo et son équipe sélectionnent 24 étudiants masculins pour étudier les effets de la vie carcérale. Une prison est aménagée dans le sous-sol du département de psychologie de Stanford (Californie). Les volontaires sont répartis au hasard entre gardiens et prisonniers. Prévue pour deux semaines, l’expérience est arrêtée après six jours, alors que des détenus subissent humiliations et détresse psychologique. Zimbardo en tirera un récit devenu célèbre : la situation et les rôles sociaux pourraient transformer des individus ordinaires en bourreaux.

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Cette interprétation est toutefois loin de constituer un acquis scientifique. Dans American Psychologist, en 2019, le chercheur français Thibault Le Texier confronte les archives de l’étude aux entretiens menés avec 15 participants. Il documente des consignes précises données aux gardiens, une collecte des données incomplète et biaisée, ainsi que des comportements répondant aux attentes des expérimentateurs. Ces éléments fragilisent l’idée d’une cruauté apparue spontanément : l’influence des organisateurs empêche d’attribuer les abus au seul pouvoir de l’uniforme.

Quel film avait déjà raconté l’expérience ?

Ce huis clos a déjà été porté à l’écran dans The Stanford Prison Experiment, réalisé par Kyle Patrick Alvarez, sur un scénario de Tim Talbott, et sorti aux États-Unis en 2015. Billy Crudup y incarne Zimbardo, face, notamment à Ezra Miller, Michael Angarano et Tye Sheridan.

Le long métrage reconstitue la simulation universitaire et sa dérive, là où Netflix organise une nouvelle immersion avec des volontaires contemporains. Récompensé à Sundance pour son scénario, le film a été développé avec la participation étroite de Zimbardo lui-même.

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