Sur Arte, Marco Bellocchio retrace l’affaire qui a brisé la carrière d’Enzo Tortora. Portrait d’un animateur devenu le symbole des erreurs judiciaires italiennes, mort peu après sa réhabilitation.
Introduction
Il avait fait entrer les Italiens ordinaires à la télévision ; son arrestation en avait fait un spectacle national. Avec Portobello, Marco Bellocchio (Le traitre, L’enlèvement) retrace la chute d’Enzo Tortora, vedette de la Rai accusée à tort de liens avec la mafia. Portée par Fabrizio Gifuni, la série compte six épisodes, disponibles sur arte.tv depuis le 8 octobre et diffusés sur la septième chaîne les 15 et 22 octobre.
Qui était-il avant le scandale ?
Né à Gênes en 1928, Tortora débute à la radio avant d’apparaître à l’écran en 1956. Son aisance et sa courtoisie en font un visage familier, notamment dans La domenica sportiva. Mais c’est Portobello, lancé en 1977, qui lui apporte une immense popularité. Ce « marché du vendredi » accueille inventeurs et particuliers venus proposer leurs objets. Son perroquet mascotte et ses petites annonces réunissent des dizaines de millions de téléspectateurs.
Le 17 juin 1983, Enzo Tortora est arrêté à Rome, accusé de trafic de drogue et d’appartenance à la Camorra, la mafia napolitaine. Plusieurs détenus devenus informateurs de la justice le mettent en cause, dont Giovanni Pandico, proche du chef mafieux Raffaele Cutolo. Les enquêteurs croient aussi identifier son nom dans un carnet saisi chez un camorriste. Une expertise établira pourtant qu’il est écrit « Tortona » et que le numéro de téléphone indiqué n’est pas le sien. Malgré les contradictions, la justice poursuit l’animateur.
A-t-il pu reprendre sa vie ?
Condamné à dix ans de prison en 1985, Tortora est acquitté en appel le 15 septembre 1986. La décision devient définitive en juin 1987. Durant cette bataille, l’animateur s’est engagé auprès du Parti radical, sous les couleurs duquel il est élu au Parlement européen en 1984. Il renoncera à son mandat et à son immunité, faisant de son épreuve un combat pour les droits des détenus et contre les erreurs judiciaires. Le 20 février 1987, il retrouve Portobello, mais ce retour sera bref. Enzo Tortora meurt le 18 mai 1988, à 59 ans, d’un cancer du poumon, un peu plus d’un an après avoir repris l’antenne.
Comment la série le raconte-t-elle ?
Bellocchio suit un homme qui croit d’abord à une méprise réparable avant de mesurer l’obstination de ses accusateurs. Autour du Tortora de Gifuni, la tragédie côtoie le grotesque des dépositions et du théâtre judiciaire. Sa sœur Anna et sa compagne Francesca Scopelliti ramènent le récit vers l’intime. Le cinéaste décrit aussi un présentateur transformé par la détention, auquel la liberté rendue ne permet plus de divertir avec l’insouciance d’autrefois.