Entretien

Alban Lenoir pour Le Charles : “Quelle chance d’avoir vécu ça”

23 octobre 2026

Par Agathe Renac

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“Le Charles”, le 23 octobre 2026 sur Prime Video. ©Prime Video, M6

À bord du Charles de Gaulle, Alban Lenoir et Élodie Yung ont découvert un tournage hors norme. Entre huis clos XXL, immersion auprès des 1 800 membres d’équipage et dilemmes moraux, les deux comédiens racontent cette expérience qui a bouleversé leur manière de jouer.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’embarquer à bord du Charles ?

Alban Lenoir : C’était un tout. Je connaissais depuis très longtemps le producteur, l’équipe technique, le réalisateur Julien Despaux, mais aussi des auteurs avec lesquels j’avais très envie de travailler. Au-delà de tout ça, il y avait quand même beaucoup d’appréhension autour de ce projet, qui était assez fou. Je me demandais s’ils allaient vraiment avoir les moyens – et pas seulement financiers – de mettre en œuvre tout ce qu’ils nous promettaient. Ça arrive souvent sur les tournages : on nous vend des choses et quand on arrive sur place, on se dit : “D’accord, ce n’est pas du tout ce qu’on m’avait vendu”. Et puis il y avait ce rôle principal, qui était déterminant pour moi. J’ai d’ailleurs appelé et rappelé Élodie pour la convaincre de me suivre sur ce projet. Pour moi, sa présence était déterminante.

Et alors… Il a réussi à vous convaincre, Élodie ?

Élodie Yung : “Convaincre”, c’est bien gentil… Il m’a harcelée ! [Rires] En réalité, tout, dans cette série, me donnait envie. Comme l’a dit Alban, on a tous eu, dans nos carrières, des désillusions. Il faut quelqu’un qui ait une vision, qui porte un projet de cette ampleur. Savoir que Julien Despaux était à la tête de tout ça m’a beaucoup intéressée, intriguée et rassurée.

Et puis il y avait Alban et d’autres comédiens très, très bons. Il n’y avait aucune raison de dire non à une proposition comme celle-ci. D’autant plus que, je l’ai réalisé assez tard, mais cette série impliquait une expérience assez inédite : on a vraiment tourné en mer sur le Charles. Ça me paraissait tellement énorme qu’ils ont dû me dire dix fois : “Oui Élodie, on va aller en mer, sur le porte-avions”.

Le Charles.©Prime Video, M6

Vous semblez tous les deux très touchés par le travail de Julien Despaux, qui est à l’origine de nombreuses séries françaises marquantes, de Zone Blanche à Oussekine, en passant par Paris Police 1900. Que vous a-t-il transmis, aussi bien d’un point de vue professionnel qu’humain ?

E.Y. : C’est un très grand directeur d’acteurs. Il sait vraiment ce qu’il veut, il a une vision. C’est donc un très, très bon réalisateur, mais il sait aussi comment parler à ses comédiens pour obtenir ce dont il a besoin. Et il le fait avec chacun d’entre nous, que l’on incarne le rôle principal ou le plus petit des rôles secondaires. Tout le monde existe sur le plateau et dans le récit, et c’est pour cette raison que tous les personnages sont aussi vivants à l’écran.

On le ressent en tant que spectateur : on s’attache même aux personnages les plus secondaires !

A.L. : Oui, parce que Julien, c’est un bosseur. Ça paraît évident, mais tous les réalisateurs ne le sont pas.

Vous semblez avoir connu de vraies désillusions !

A.L. : Il y a 50 ans, Gabin disait qu’il fallait trois choses pour créer un bon film : “Un bon scénario, un bon scénario, un bon scénario”. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Il faut un bon scénario et un putain de réal. J’ai vu passer beaucoup de projets qui avaient l’air géniaux, mais une fois sur le plateau, tu sais tout de suite que c’est mort parce qu’il n’y a pas le talent pour mettre en scène ce qui a été écrit. Et c’est très dur à vivre en tant qu’acteur. Pour Le Charles, c’est différent. Parce que Julien a porté le projet et a su sublimer le scénario – qui était déjà très bien. C’est rare de rencontrer des personnes aussi talentueuses.

Le Charles.©Prime Video, M6

Vous avez forcément découvert énormément de choses sur le porte-avions. Qu’avez-vous appris sur le Charles de Gaulle et son fonctionnement, durant le tournage et sa préparation ?

E.Y. : On a tout découvert, parce qu’on ne savait pas ce qui nous attendait. Et ça a été de bonnes surprises en bonnes surprises. De toute façon, on savait que le tournage serait compliqué et qu’on devrait s’adapter puisque, en aucun cas, les 1 800 hommes et femmes qui étaient à bord allaient arrêter leur activité pour nous. Mais on a ressenti un réel engagement et une vraie bienveillance à bord. Je pense que ça nous a tous énormément touchés et portés. J’ai aussi réalisé que faire partie du Charles, c’est vraiment un engagement de chaque minute, une vie de sacrifice, le fait de ne pas avoir sa famille, d’être prêt à donner sa vie et de partir jouer sa vie à des milliers de kilomètres de chez soi.

Le fait de tourner dans un huis clos aussi particulier a-t-il changé votre rapport à vos partenaires et à votre propre jeu ?

E.Y. : C’est quand même un huis clos grandiose ! XXL ! Mais en réalité, on avait l’impression d’être dans un sous-marin. On était dans des couloirs très étriqués, donc on vivait vraiment avec les gens, en permanence. Il y a une proximité qu’on ne peut pas éviter. Il y a ce côté un peu oppressant, les uns sur les autres, mais en même temps, ça nous a permis de créer des liens très vite avec les autres comédiens, parce qu’on a dû s’adapter ensemble, dans un milieu qui n’était pas évident.

A.L. : On était tous dans le même bateau. [Rires]

Le Charles.©Prime Video, M6

La série pose très vite un dilemme moral : après la mort suspecte d’un membre de l’équipage, le commandant choisit de taire l’affaire pour préserver la mission. Pensez-vous qu’il vaut mieux mentir pour protéger l’esprit d’équipe, quitte à couvrir un potentiel meurtrier, ou dire la vérité, quitte à mettre en péril l’objectif ?

E.Y. : Personnellement, je suis entièrement pour dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, en permanence. Je ne sais pas mentir. Mais si j’avais cette notion d’engagement comme Elena Duval, je pense que oui, j’aurais tu la vérité pour pouvoir continuer la mission. Parce que sur le Charles, l’engagement militaire va au-delà de tout.

Et vous, Alban ?

A.L. : Non, je suis un pro-menteur. [Rires]

E.Y. : C’est vrai ?

A.L. : Non, je rigole. Mais je pense qu’à leur place, j’aurais fait pareil. Il faut faire la part des choses. Ils le disent dans la série : il faut faire corps.

Le Charles.©Prime Video, M6

C’est ce qui vous a attiré dans vos personnages ? Leur engagement ?

A.L. : Ce personnage me permettait d’aller un peu à contre-courant de tout ce que j’avais pu faire avant. J’ai régulièrement joué des rôles de policiers ou de gendarmes, mais celui-ci n’est pas comme les autres.

E.Y. : Ce que j’ai aimé chez Elena, c’est le fait que, chez elle, tout se joue dans la retenue. J’ai vraiment dû nourrir sa vie intérieure pour l’incarner, parce qu’elle est en crise permanente. Mais elle ne doit pas le montrer, elle ne doit pas craquer. Il y a ce côté très contenu qui était hyper intéressant à jouer.

Plus largement, que révèle ce microcosme fermé qu’est le Charles sur nos propres sociétés ? Est-ce que le huis clos permet, selon vous, de faire ressortir certains mécanismes humains de manière plus brutale ?

E.Y. : Oui, carrément. Ça créé une espèce de microcosme qu’on regarde à la loupe. Et on voit les réactions de chacun : par rapport à la mort de quelqu’un, à sa disparition, au fait d’avoir une femme qui prend le dessus. C’est une vraie étude sociologique !

Le Charles.©Prime Video, M6

Finalement, qu’est-ce que Le Charles vous a appris sur vous-mêmes, en tant qu’acteur, mais aussi en tant que personne ?

A.L. : “Quelle chance”. C’est ça que je retiens : quelle chance d’avoir pu vivre ça. Rencontrer toutes ces femmes et tous ces hommes, tourner sur ce porte-avions, être accepté par tout cet équipage, repartir avec des milliers de souvenirs et avoir appris plein de choses sur cet équipage et sur la manière dont fonctionne le Charles. C’est en revoyant les images qu’on se dit : “Mais c’est fou, qu’est-ce qu’on a vécu, là ?”.

E.Y. : Mon vrai kiff, ça a été d’endosser le rôle d’une nana qui doit faire face, depuis son mètre soixante, à des crises extraordinaires et d’observer quelles vont être ses réactions et comment elle va évoluer dans ce milieu hyper masculin qui se féminise. À 45 ans, j’ai l’impression d’avoir une responsabilité : celle d’endosser des rôles de femmes qui ont des vies pas faciles ou extraordinaires, ou des fonctions dont on n’a pas l’habitude de parler. C’est vraiment important pour moi.

Avez-vous le sentiment d’avoir grandi avec peu de modèles féminins badass, notamment dans le cinéma et les séries françaises ?

E.Y. : Complètement. D’autant plus que, quand j’ai commencé à travailler, il y avait cette course contre la montre. Pour moi, ça a été une vraie problématique. À 20 ans, je suis entrée dans un milieu où on me disait : “Profite, il te reste encore cinq ans”. À 30 ans, t’es cuite. C’était dur de se prendre ça dans le visage. À l’étranger, les choses ont évolué, et je suis très heureuse qu’Henri Debeurme m’ait appelée pour me proposer un rôle qui ne correspondait pas aux standards habituels. Il faut des rôles pour les femmes plus mûres, plus âgées. C’est important.

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