Dans cette sitcom animée pour adultes signée Ricky Gervais (The Office) et disponible sur Netflix ce 7 août, le roi de l’humour britannique met en scène une bande de chats errants qui enchaînent les vannes. Pensée pour ses aficionados, la série, dont l’objectif premier est de faire rire, se révèle aussi sensible et grave.
Introduction
Dire que cette série est attendue est un euphémisme. Ce vendredi 7 août, Netflix lance Alley Cats, une sitcom animée créée, coréalisée et interprétée par un monument de l’humour britannique : Ricky Gervais. Visage incontournable de la scène stand up, l’artiste est aussi, entre autres, une figure phare du monde sériel. Il est le cocréateur et la tête d’affiche de la cultissime The Office (2001-2003) – qui a fait l’objet d’un remake américain avec Steve Carell (2005-2013), non moins culte – ou de Extras (2005-2007).
Plus récemment, celui qui a présenté à maintes reprises les Golden Globes et qui a eu l’honneur d’être caricaturé dans Astérix en Lusitanie (2025) s’est distingué avec Derek (2012-2014) et After Life (2019-2022), des séries Netflix qu’il a imaginées et dont il tient le premier rôle. Aujourd’hui, il poursuit donc sa collaboration avec la plateforme pour Alley Cats.
La Ricky Gervais touch
Destinée à un public adulte et composée de six épisodes d’environ 15 minutes, celle-ci met en scène une bande de chats, quasiment tous errants (« Alley Cats » signifie en français « chats de gouttière »), menée par Gus, et qui compte Ponce, Fang, Puke, et Olive. Ils aiment philosopher et se raconter leurs vies, particulièrement devant des programmes télé qu’ils regardent dans une maison à l’abandon.
Cela fait surgir des conversations qui partent dans tous les sens. Dès le premier épisode, le visionnage d’un documentaire sur les requins débouche sur une réflexion autour de la menace que représente l’être humain pour la planète, sur la future prise de pouvoir des robots, et sur l’intérêt de vivre dans l’ignorance.

Le tout s’appuie sur des répliques qui fusent et mobilisent un vocabulaire baignant dans la vulgarité. Ces premières minutes ne laissent planer aucun doute : avec Alley Cats, Ricky Gervais est bien resté fidèle à lui-même. On retrouve son humour sarcastique et politiquement incorrect – ce qui a ses avantages et ses inconvénients. En effet, ses fans seront aux anges, tandis que les autres seront indifférents, voire irrités, par cette succession de vannes et de digressions outrancières. Toutefois, la série mettra tout le monde d’accord sur un point : sa sensibilité.
Une série hantée par la mort
Car Alley Cats n’est pas à réduire à un enchaînement de sketchs. Elle dresse d’abord le portrait de personnages, à commencer par le premier d’entre eux : Gus. Le matou, comme ses camarades, se trouve bouleversé lorsqu’il croise la route de Kitten, une petite chatte qui s’est perdue et ne parvient pas à retrouver son domicile.
Lui qui a érigé la paresse et le « chacun pour soi » en valeurs cardinales se découvre l’âme d’un père protecteur qui aide Kitten à regagner sa maison. Et cette intrigue s’achève avec un final très émouvant. Outre une authentique sensibilité, la série est traversée par une forme de gravité, car elle est hantée par le thème de la mort.

Dans le premier épisode, Gus perd un « pote », Ralfy, écrasé par une voiture, devant lui, sa bande et Kitten. Kitten interroge alors Gus et ses camarades sur ce qu’est La Faucheuse, alors que, peu de temps avant, ils s’étaient lancés dans une discussion sur la façon dont ils aimeraient décéder. Dans l’épisode 2, ils éprouvent du chagrin lorsqu’ils voient Pete, un ami très âgé, prendre, avec fatalité, la direction du vétérinaire – et ce dernier sait qu’il n’en reviendra pas.
Après cet événement, Kitten pose de nouveau des questions sur la mort et Gus trouve les mots justes. Le thème sera encore traité par la suite mais, pas de panique, Alley Cats n’en est pas pour autant plombant. Ces séquences où la mort est évoquée convoquent souvent de purs moments de drôlerie comme contrepoint à la tristesse. Ricky Gervais semble juste vouloir nous rappeler la fragilité de l’existence et que, face à celle-ci, rien n’est grave. Il faut profiter de la vie et la célébrer, nous dit-il.
Une BO où se croisent Vanessa Carlton et Coldplay
Présentée en juin dernier en séance événement au Festival international du film d’animation d’Annecy, Alley Cats, qui est coréalisée par Elliot Dear, bénéficie d’un excellent casting vocal. Ricky Gervais double Gus, tandis que Tom Basden, Andrew Brooke, David Earl, Diane Morgan et Jo Hartley prêtent respectivement leurs voix à Ponce, Fang, Puke, Olive et Kitten.
Tous sont des compagnons de route de Ricky Gervais. L’artiste a confié, dans le dossier de presse de la série, que les voix avaient été enregistrées avant la fabrication de la sitcom. Cela se ressent : on perçoit une liberté de jeu absolue et l’animation, très réussie, se met à son service.

Quant à la bande originale, elle est superbe : elle convoque notamment des titres de Vanessa Carlton, The Smiths, Coldplay, et Serge Gainsbourg et Jane Birkin (Je t’aime moi non plus surgit dans un passage assez hilarant). L’avenir nous dira si Alley Cats deviendra incontournable dans le genre de la sitcom animée pour adultes. Pour l’heure, même si son humour peut être clivant, et qu’elle n’est pas non plus une proposition révolutionnaire, il serait dommage de se priver de ses six épisodes qui se binge-watchent avec plaisir.