Certains réalisateurs n’ont pas peur d’explorer l’intimité sous toutes ses coutures pour bousculer le public. Mais entre la vision d’un cinéaste et ce qui est projeté dans les salles obscures, il y a un intermédiaire redoutable : les ciseaux des comités de classification. De la romance sulfureuse au grand blockbuster hollywoodien, voici 8 films cultes contraints de censurer leurs séquences les plus torrides au montage.
Introduction
Pour éviter le couperet d’une interdiction aux mineurs (à l’image du très redouté classement NC-17 aux États-Unis qui condamne souvent la carrière commerciale d’un projet), de nombreux studios ont dû revoir leurs ambitions érotiques à la baisse. Entre angles de caméra retouchés, séquences d’ébats volées et scènes entières sacrifiées sur l’autel de la rentabilité, retour sur ces films qui ont failli ne jamais voir le jour sur grand écran.
Basic Instinct, Paul Verhoeven (1992)
Dans ce thriller érotique des années 90 devenu mythique, un inspecteur de police impulsif (Michael Douglas) tombe sous le charme vénéneux d’une autrice de polar (Sharon Stone) suspectée du meurtre de son amant à coups de pic à glace. Entre manipulation psychologique, tension sexuelle omniprésente et suspense haletant, l’enquête vire rapidement à l’obsession charnelle où le danger s’invite dans chaque recoin.
Pour éviter un classement NC-17 fatal à sa diffusion commerciale aux États-Unis, le réalisateur Paul Verhoeven a dû procéder à plusieurs coupes chirurgicales. Dans Basic Instinct, environ 42 secondes d’ébats explicites et de plans jugés trop intimes entre Catherine Tramell et Nick Curran ont été supprimées au montage final de la version américaine.
Fifty Shades of Grey, Sam Taylor-Johnson (2015)
Adaptation du phénomène littéraire mondial, Fifty Shades of Grey retrace la rencontre électrique entre une jeune étudiante timide et un énigmatique homme d’affaires milliardaire adeptes de pratiques BDSM. Au fil d’un contrat de domination strict, la romance oscille continuellement entre découverte des plaisirs interdits, soumission et sentiments naissants.
Dès le processus de création et d’écriture, l’équipe du film a fait le choix radical d’amputer l’histoire de sa séquence la plus scandaleuse issue du livre original d’E.L. James. Dans le long-métrage, la fameuse scène très controversée du tampon a été coupée et écartée par la réalisatrice pour empêcher un rejet par la MPAA (Motion Picture Association) et préserver un visa d’exploitation grand public auprès de la jeune Anastasia Steele (Dakota Johnson) et du charismatique Christian Grey (Jamie Dornan).
Le Loup de Wall Street, Martin Scorsese (2013)
Inspirée d’une histoire vraie, cette fresque survoltée signée Martin Scorsese plonge dans l’ascension fulgurante et la déchéance excessive d’un courtier en bourse de New York (Leonardo DiCaprio) prêt à tous les excès. Entre débauche, substances illicites et arnaques financières, le quotidien frénétique du milieu de la finance se transforme en un festival d’excès en tout genre.
Face aux exigences très strictes du comité de classification de la MPAA, le cinéaste a dû sacrifier de précieux mètres de pellicule pour s’assurer une sortie grand public. Dans Le Loup de Wall Street, plusieurs minutes compilant nudité frontale et ébats d’une grande intensité érotique mettant en scène Jordan Belfort ainsi que sa compagne Naomi Lapaglia (Margot Robbie) ont été définitivement coupées lors du montage final.
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Nymphomaniac, Lars von Trier (2013)
Une femme s’effondre dans une ruelle sombre avant d’être recueillie par un vieux célibataire à qui elle raconte dans le détail son parcours personnel d’addiction au sexe, depuis sa jeunesse jusqu’à l’âge adulte. Cette fresque poignante analyse la liberté du corps, la honte et la psychologie du désir humain à travers un récit découpé en plusieurs chapitres.
Pensé à l’origine comme un diptyque sans filtre intégrant de véritables doublures pornographiques pour les plans rapprochés, le projet a subi un découpage drastique pour pouvoir être distribué dans les cinémas du monde entier. Dans Nymphomaniac, pas moins d’une heure et demi d’images au total a été amputée par les distributeurs par rapport au montage d’origine du réalisateur danois Lars von Trier, adoucissant ainsi les expériences sexuelles extrêmes vécues par Joe (Charlotte Gainsbourg) et son amant Seligman (Stellan Skarsgård).
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Eyes Wide Shut, Stanley Kubrick (1999)
Plongé dans un doute existentiel après les aveux d’infidélité de son épouse, un médecin new-yorkais fortuné (Tom Cruise) s’enfonce au cœur d’une nuit nocturne et mystérieuse. Sa quête de vengeance érotique le mène jusqu’aux portes d’une société secrète où se déroule une orgie masquée hautement énigmatique.
Pour échapper à la classification la plus stricte du box-office américain sans dénaturer la vision globale de Stanley Kubrick mort juste avant la sortie, les studios de la Warner ont trouvé une parade visuelle. Dans Eyes Wide Shut, plusieurs secondes de la séquence rituelle d’orgie ont subi des coupes d’angles et l’incrustation numérique de silhouettes d’ombres pour masquer la nudité et les positions sexuelles trop appuyées mettant en scène Nicole Kidman et Tom Cruise.
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Le Dernier Tango à Paris, Bernardo Bertolucci (1972)
Dans un appartement parisien à louer, un Américain veuf en pleine détresse émotionnelle (Marlon Brando) croise la route d’une jeune femme (Maria Schneider) et noue avec elle une relation charnelle anonyme et passionnée. Leur liaison purement physique et dépourvue d’engagement bascule rapidement dans un affrontement psychologique d’une rare intensité.
Scandale absolu lors de sa sortie au début des années 70, Le Dernier Tango à Paris a essuyé les foudres de nombreux comités de censure à travers la planète et a été longuement bannie en Italie. En effet, la scène de sodomie non consentie au beurre subie par Jeanne a été amputée de plusieurs coupes de cadrage et censurée dans de multiples pays pour son aspect explicite et choquant.
Scream, Wes Craven (1996)
Une petite ville sans histoire est secouée par une vague de meurtres terrifiants commis par un tueur masqué qui harcèle des adolescents en leur posant des questions sur le cinéma d’horreur. Les codes du slasher y sont analysés et retournés avec une ironie mordante et un suspense omniprésent.
Même au sein d’un long-métrage d’horreur, les ciseaux de la censure veillent scrupuleusement au grain dès lors qu’il s’agit de sexualité. Dans Scream, la séquence intime au cours de laquelle la jeune Sidney Prescott (Neve Campbell) perd sa virginité avec son petit ami Billy Loomis (Skeet Ulrich) a dû être raccourcie au montage par le réalisateur Wes Craven, la MPAA jugeant le mouvement des corps et la montée du désir beaucoup trop explicites.
American Pie, Paul et Chris Weitz (1999)
Une bande de lycéens se lance le défi ultime de perdre sa virginité avant la fin du bal de promo. Entre quiproquos sentimentaux et gaffes mémorables, cette comédie culte de la fin des années 90 passe au crible les travers de l’adolescence et l’éveil à la sexualité avec beaucoup d’humour potache.
Devenu un classique de la teen pop culture, le long-métrage a failli écoper de la classification NC-17 (interdit au moins de 17 ans) en raison d’un passage particulièrement insolite. Dans American Pie, la mythique séquence où le maladroit Jim Levenstein (Jason Biggs) cède à la tentation avec une pâtisserie sous les yeux de Nadia (Shannon Elizabeth) a fait l’objet de coupes de cadrage précises au montage pour masquer des détails anatomiques trop explicites et garantir une diffusion en salles.