Léa Mysius présente au Festival de Cannes Histoires de la nuit adapté du roman de Laurent Mauvignier. Pour ce dernier jour de compétition, la réalisatrice offre un drame rural et obscur qui manque terriblement de profondeur.
Introduction
Adapter l’œuvre de Laurent Mauvignier est un pari osé. Pour son nouveau long-métrage, Léa Mysius a décidé de se frotter à l’écriture étirée du récent prix Goncourt. Avec Histoires de la nuit, la réalisatrice à qui l’on doit Les cinq diables (2022) offre un huis clos nocturne qui manque considérablement de profondeur. Sans jamais développer ses personnages ni la tension inhérente à leur passé, la réalisatrice offre un drame rural peut-être efficace, mais jamais grandiose.
Là où la nuit aurait pu même devenir un argument de mise en scène, un foyer d’imaginaire – la cinéaste cultivant à travers sa carrière les codes du cinéma de genre –, force est de constater qu’avec ce long-métrage elle passe à côté d’une tension qui aurait été bienvenue.
Dans la profondeur de la nuit ?
On espérait ainsi découvrir les secrets de Nora (Hafsia Herzi) alors que débarquent, le soir de son anniversaire, trois hommes de son passé afin de prendre en otage sa famille, ses invités et sa voisine (Monica Bellucci). Parmi eux, le brillant Benoît Magimel, un ancien criminel qui souhaite régler ses comptes avec son ancienne compagne après plus de dix ans passés en prison.
L’acteur, également présent, cette semaine, dans La bataille de Gaulle : l’âge de fer, tente des choses, s’essayant à une interprétation assez charismatique, là où l’écriture des personnages fait du surplace. On regrette, en effet, une direction d’acteurs qui va à l’encontre de la virtuosité de son casting. Hafsia Herzi et Bastien Bouillon se retrouvent ainsi sous exploités.
La cinéaste ne parvient pas à donner corps à l’écriture de l’auteur ni à en faire un drame claustrophobique, poisseux, tentaculaire, voire psychologique comme on aurait pu l’attendre. Par ailleurs, la révélation, que l’on espérait être le pivot de l’action, est loin de surprendre et nous laisse méchamment sur notre faim. Léa Mysius se contentant de survoler son film sans jamais y apposer des thèmes forts. Un paradoxe quand on sait que Laurent Mauvignier explore à travers son œuvre la complexité des relations humaines, le poids du passé, la violence sociale, les rapports conjugaux, ou encore l’angoisse.
Cette sensation n’occupe jamais vraiment le film, malgré une certaine brutalité. Mais, là encore, elle ne sert pas vraiment le récit ou l’émotion, la cinéaste enchaînant les situations sans explorer l’engrenage terrible de la nuit. Elle n’en fait jamais un vrai argument scénaristique ou de mise en scène.
Dommage quand on sait que Léa Mysius avait entre ses mains un texte fabuleux – bien que difficilement adaptable – et un casting d’ensemble prestigieux. On retiendra de cette troupe un Benoît Magimel explorateur, une tendre et ténébreuse Monica Bellucci – impeccablement filmée par Mysius –, mais surtout l’interprète de la petite Ida (Twaba El Gharbi), aussi mignonne que terrassante. Sans aucun doute l’étoile de ce film.