Critique

Supergirl : coup de fouet ou fausse rébellion pour le nouveau DCU ?

01 juillet 2026

Par Louise Lepense

Illustration
“Supergirl”, le 1er juillet 2026 au cinéma. ©Warner Bros.

Kara Zor-El débarque avec la promesse d’une échappée rugueuse, cosmique et moins policée que les précédents visages de DC. Le film a de l’énergie, une héroïne qui cogne et quelques vraies idées. Mais pousse-t-il vraiment la refonte engagée de l’univers ?

Introduction

Le grand chantier de James Gunn a commencé l’an dernier avec Superman, premier jalon d’un DCU appelé à sortir du brouillard. Le film a divisé le public : d’un côté, ceux qui ont salué le retour d’un héros plus doux, humain et lumineux ; de l’autre, ceux qui ont regretté la gravité massive d’Henry Cavill, les ombres de Man of Steel ou le sérieux minéral associé aux Batman de Nolan. Au moins, Gunn avait choisi son camp ; et c’était déjà mieux qu’un consensus mou.

Avec Supergirl, au cinéma le 1er juillet, la relance passe à son deuxième test. La promesse : prouver que ce nouvel univers ne se contentera pas de repeindre les murs de la maison DC et qu’il saura ouvrir d’autres pièces. James Gunn l’a répété : pas de « style maison » unique ; chaque film doit avoir sa propre couleur. Encore faut-il que celle-ci ne sèche pas trop vite sur les mêmes fondations.

Une héroïne enfin cabossée ?

Sur le papier, Supergirl a tout pour envoyer valser l’image trop sage de la super-héroïne en justaucorps. Kara Zor-El n’est pas qu’une cousine décorative de Superman ou sa variation blonde de l’optimisme kryptonien. Elle a grandi dans les ruines, vu son monde mourir et porte cette mémoire comme une plaie mal cicatrisée. Le film, inspiré du comic book Supergirl: Woman of Tomorrow, l’arrache à la Terre pour l’envoyer dans une odyssée cosmique pour sauver Krypto, son chien.

Supergirl.©Warner Bros.

Milly Alcock apporte à Kara une nervosité juvénile, une insolence fatiguée, quelque chose de sale et de vivant. Elle se bat en jean, crache, saigne, titube, boit trop, encaisse. Pas de sensualité vitrifiée à la Black Widow, pas de majesté mythologique à la Wonder Woman. Kara n’est pas là pour être regardée comme une icône, mais pour prendre des coups et les rendre plus fort.

Du rock, du chien et de la baston

Le récit, lui, se veut basique : Krypto est empoisonné, Kara cherche à le sauver, croise la route de Ruthye, une jeune fille lancée dans une quête de vengeance contre Krem, brute intergalactique responsable du massacre de sa famille. Les amateurs de labyrinthes narratifs peuvent ranger leur carnet : Supergirl ne joue pas la carte du thriller. Le film préfère avancer droit devant, avec ses planètes, ses trognes, ses bagarres et sa bande-son qui regarde clairement du côté des Gardiens de la galaxie.

Supergirl.©Warner Bros.

Les combats sont lisibles, rythmés. Derrière la caméra, Craig Gillespie donne du mouvement à cette cavale spatiale et quelques bizarreries typiquement gunniennes viennent réveiller le décor. Quand le film accepte son tempérament de western cosmique alcoolisé, il respire.

Le problème, c’est que Supergirl promet davantage de désordre qu’il n’en assume vraiment. Le film agite un vernis punk, mais finit souvent par remettre les verres sur la table avant que la fête ne dégénère. Kara a tout pour devenir l’accroc magnifique du nouveau DCU. Pourtant, le scénario la ramène progressivement vers une sagesse plus attendue, comme si le studio avait peur de son propre pari.

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Ce frein se voit aussi dans la promotion du film, qui remet Kara dans son costume comme on remet une marque sur un produit. À l’écran, elle n’en a presque pas besoin. Sa force naît ailleurs : dans ses vêtements déchirés, ses cheveux en bataille, sa mauvaise humeur, son refus de ressembler à l’héroïne polie qu’on attend d’elle.

Nouvel univers ou simple cahier des charges ?

Jason Momoa débarque dans un rôle taillé pour son énergie de molosse rock’n’roll, et il faut reconnaître que ça lui va bien. Il amuse, il occupe l’espace, il donne envie de voir le personnage revenir ailleurs. Dans Supergirl, en revanche, son utilité narrative reste mince, si ce n’est discutable. On sent moins un rouage du récit qu’un panneau indicateur planté sur la route du futur DCU. Quant à Ruthye, jouée par Eve Ridley, elle devrait être le cœur battant de l’histoire, mais son écriture reste trop fonctionnelle et réduite à son rôle de déclencheur.

Supergirl.©Warner Bros.

Le film voudrait être une aventure autonome, sale, drôle. Mais il paie aussi son tribut à la grande reconstruction DC. Les rappels à Superman, à Krypton, à la place de Kara dans la nouvelle mythologie donnent l’impression qu’on visite moins un film qu’un chantier encore balisé par les plans du studio. On comprend l’objectif : bâtir patiemment un univers. Mais la cohérence ne devrait pas ressembler à une note de bas de page.

Supergirl.©Warner Bros.

Prometteur, mais loin d’être renversant

La comparaison avec Superman est, de fait, inévitable. Le film de James Gunn avait ses excès, ses lourdeurs, ses naïvetés, mais il portait une ligne : réhabiliter la bonté sans ironie, redonner au héros une forme de vulnérabilité. Supergirl cherche une autre voie, plus heurtée, plus nocturne. L’intention est bonne, nécessaire, mais l’exécution reste trop prudente pour créer le choc attendu.

Supergirl est donc un drôle d’objet : plus intéressant que d’autres productions, plus vivant que bien des films qui ont usé le genre jusqu’à la corde, mais moins audacieux que ce qu’il annonce. Tout simplement, il aurait fallu aller plus loin : assumer la Kara abîmée, ivre, furieuse, indocile. Le long-métrage a des bottes pleines de poussière, une bonne playlist et une héroïne qui cogne fort. Dommage qu’au moment de mordre, il tienne encore la muselière un peu trop serrée.

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