Décryptage

Pourquoi Black Adam est-il un anti-héros si unique dans l’univers DC ?

19 octobre 2022
Par Lisa Muratore
Pourquoi Black Adam est-il un anti-héros si unique dans l'univers DC ?
©DC Comics

Black Adam va enfin avoir droit à sa propre adaptation cinématographique. L’occasion de revenir sur l’unicité de l’un des personnages les plus anciens de l’univers, mais surtout de comprendre son ambivalence en tant qu’anti-héros.

77 ans après sa première apparition dans les comics, Black Adam fera son entrée au cinéma dans le film éponyme porté par Dwayne Johnson le 19 octobre 2022. Créé par Otto Binder et C.C. Beck, le personnage a fait une première incursion dans les bandes dessinées Fawcett avec The Marvel Family #1 en 1945, face à son ennemi juré Shazam (qui est aussi celui qui lui a donné ses pouvoirs). À l’origine pensé comme un vilain « one-shot », Black Adam a été ressuscité en 1987 par l’univers DC, avant d’être retravaillé en 1994 dans The Power of Shazam!, par Jerry Ordway.

Il est alors devenu un personnage de premier plan pour DC. Dans les histoires qui lui sont consacrées, Teth-Adam – de son vrai nom –, partage des aventures avec de nombreux super-héros, soit en faisant équipe avec eux, soit en les affrontant. Cette a dualité d’ailleurs fondé l’unicité du héros et sa profondeur. Peu de protagonistes DC possède en effet une telle épaisseur. Elle est avant tout le reflet d’un sens moral désorienté et d’une violence exacerbée au fil des siècles. Autant d’éléments qui font de Black Adam un anti-héros unique dans le paysage des bandes dessinées DC.

Un personnage pas comme les autres

L’originalité de Black Adam repose principalement sur sa caractérisation. Sa dualité fait partie intégrante de son origine et de son histoire à travers les bandes dessinées. Son ambivalence a traversé les différents âges des comics tout en étant le déclencheur de ses péripéties. On pense par exemple à l’attaque de Kahndaq et la dictature qu’il a plus tard imposée. Par ailleurs, là où les anti-héros classiques parviennent par moments à susciter une certaine compassion chez le lecteur, ce dernier se retrouve dans une position délicate s’agissant de Black Adam.

Black Adam partage beaucoup de similarités avec les super-vilains. ©DC Comics

La violence dont est imprégné le personnage en fait un super-vilain très convaincant. On l’a vu dans la maxi-série 52 (2006-2007) ou encore dans The Dark Age. De plus, Black Adam est considéré comme l’un des méchants les plus populaires dans le classement établi par IGN (il arrive à la 16e place), agissant selon une justice brutale qui repose sur le seul principe d’ « œil pour œil, dent pour dent ».

Toute tendresse est écartée, Black Adam renvoyant une image altérée de l’humanité. Il a par exemple succombé à la puissance de ses pouvoirs et n’hésite pas à livrer bataille contre Billy Batson, le successeur de Shazam, afin de prouver qu’il est meilleur que le super-héros. Orgueil, envie, colère… Black Adam semble catalyser plusieurs péchés capitaux.

Black Adam face à Captain Marvel dans les comics DC. ©DC Comics

Ces arguments prennent une large place dans l’appréhension du personnage, perçu comme un véritable ennemi. Pourtant, dans certains comics, Black Adam utilise ses pouvoirs afin de venir en aide à la Justice Society of America. Il rejoint aussi la Black Marvel Family, un événement important dans son parcours, le super-héros ayant perdu plusieurs proches dans passé. Il est aussi capable d’aimer, comme en témoigne sa romance avec Isis.

Imaginé à l’origine comme l’antagoniste de Captain Marvel, Black Adam a évolué au fil des années, ses créateurs étoffant ce super-vilain sans grande envergure pour en faire l’un des anti-héros les plus intéressants de l’univers DC. Il finit en effet par s’imposer comme l’un des protecteurs les plus puissants de l’univers.

Black Adam et Isis vivent une idylle dans les comics.©DC Comics

Certes moins amusant qu’Harley Quinn, une autre anti-héroïne DC, ou moins attachant que Loki chez Marvel, Black Adam suscite tout de même une certaine passion chez le lecteur. Impitoyable avec ses ennemis, il assoit sa propre vision de la justice, un trait de caractère qui permet de le rapprocher de The Punisher (Marvel).

Un univers plus complexe qu’il n’y paraît

Si la morale et la justice sont des thématiques intrinsèques à l’univers des super-héros, avec Black Adam, les comics DC ont présenté une vision inédite de ces principes. Contrairement aux super-vilains classiques, qui n’ont aucune morale, la dualité de Black Adam et son rapport à la justice sans concession en font un personnage tout à fait unique. Ce point de vue permet d’en faire un protagoniste plus délicat qu’il n’y paraît et interroge par extension les lecteurs de comics.

Les numéros consacrés au personnage ont aussi évoqué la problématique de la religion. L’opposition entre l’humanité et la divinité a souvent dominé les comics Black Adam. Encore une fois, le rapport est inversé, car là où certains super-héros, comme Superman, préféraient sacrifier leurs pouvoirs au profit d’une vie normale, l’anti-héros, quant à lui, est prêt à les épouser pleinement.

Black Adam et la JSA dans les bandes dessinées. ©DC Comics

Par ailleurs, la complexité de son histoire pourrait expliquer pourquoi l’un des héros les plus anciens de l’écurie DC a mis du temps à bénéficier de sa propre adaptation cinématographique, et son lien avec l’Égypte ancienne, sa mythologie ainsi que la sorcellerie en font un personnage particulièrement difficile à cerner, et a fortiori à adapter sur grand écran. Mis à part Hawkman, que l’on retrouvera à ses côtés dans le film porté par Dwayne Johnson, Black Adam est le seul super-héros à partager ce lien avec l’époque des pharaons dans les bandes dessinées DC.

Entre une caractérisation étoffée au fil des années, des concepts super-héroïques bousculés et un univers abondant, Black Adam représente un anti-héros unique dans l’univers DC. Espérons donc que le réalisateur, Jaume Collet-Serra, Warner Bros., mais aussi Dwayne Johnson ont su garder l’essence si particulière du personnage afin de rester fidèle à sa complexité, son histoire et son monde. Verdict le 19 octobre dans les salles de cinéma françaises.

À lire aussi

Article rédigé par
Lisa Muratore
Lisa Muratore
Journaliste