Le cinéaste japonais Ryusuke Hamaguchi signe l’un des plus beaux films de la compétition du Festival de Cannes 2026.
Introduction
Le grand Ryusuke Hamaguchi est de retour en 2026 avec Soudain, un film tourné majoritairement en français (et en japonais) qui conserve toute la force de son cinéma habituel et de ses thèmes. D’une durée de 3h16, il s’intéresse à la rencontre impromptue entre la directrice française d’un Ehpad et une dramaturge japonaise philosophe atteinte d’un cancer.
Surprenant, touchant, bouleversant, doté d’une grâce et d’une douceur absolue, Soudain est l’un des meilleurs films de la Sélection officielle du Festival de Cannes 2026.

Marie-Lou gère un établissement privé accueillant des personnes âgées, en fin de vie et souvent atteintes de maladies dégénératives. Elle fait face à la pression de l’institution, au manque de personnel et aux problématiques de budget. Marie-Lou essaie en outre d’intégrer à la pratique de nouveaux concepts, basés sur le relationnel et l’individu.
Un soir, elle fait la rencontre d’une femme japonaise, metteuse en scène et dramaturge, atteinte d’un cancer. Cette rencontre bouleverse ses certitudes et lui offre de nouvelles perspectives. Le film, après une première partie plus technique visant à présenter le lieu, se concentre entièrement sur cette nouvelle relation amicale.
Surprendre avec le temps
En 3h16, on pourrait penser que Soudain s’offre le luxe d’aller dans de nombreuses directions différentes, avec des digressions et plusieurs personnages. Pourtant, le film d’Hamagushi est d’une économie rare. Véritable exercice de style cinématographique, il tord le temps et sa perception pour être au plus près du réel. Le cinéaste se permet une immense discussion-fleuve de quasiment une heure entre les deux personnages principaux.
La séquence la plus mémorable du film repose à la fois sur la réalisation magistrale du cinéaste japonais et sur l’interprétation tout en douceur de Virginie Efira et Tao Okamoto. La temporalité du réalisateur de Drive My Car (2021) a toujours fait le charme de son cinéma. Sans jamais perdre de vue la fin de son histoire, il laisse les protagonistes se parler, se regarder et vivre sans que la caméra ne soit perceptible.

Interprétation en douceur
Alors même que le film traite de la maladie et de la fin de vie, Ryusuke Hamaguchi a une approche d’une douceur et d’une bienveillance exceptionnelles. Toujours dans l’empathie, dans l’écoute, dans l’accueil, Soudain est d’une poésie infinie. Le cinéaste montre les corps avec pudeur et les embellit, allant jusqu’à imaginer une symphonie surprenante autour du massage de pieds… Aussi étonnant qu’essentiel.
Si toute la direction artistique du film repose sur cette douceur, les deux actrices principales, Virginie Efira – également à l’affiche d’Histoires parallèles, en compétition – et Tao Okamoto l’utilisent aussi dans leurs performances.
D’un naturel sublime et d’une authenticité qui ne se perd jamais, les comédiennes sont rayonnantes, émouvantes, aussi sensibles que touchantes, mêlant le français et le japonais dans de longues discussions inspirantes.
Car, au cœur de Soudain, plusieurs thèmes sont évoqués, allant du capitalisme à la maladie, en passant par l’art et la philosophie. Si quelques séquences semblent trop théoriques, le résultat n’en est que plus singulier, permettant d’aborder les sujets avec liberté.

Ryusuke Hamaguchi casse les codes et ne tombe jamais dans le classicisme avec Soudain. Entre les scènes éphémères et celles qui durent des dizaines et des dizaines de minutes, le réalisateur japonais réussit à embarquer le spectateur grâce à son approche touchante, qui ne tombe jamais dans les écueils prévisibles. Chaque fois qu’on pense anticiper la direction du film, le cinéaste prend le chemin opposé.
Fort dans les relations humaines, puissant dans la réalisation et le développement de ses personnages, Soudain est un film universel. Il donne envie de voir le monde et les autres différemment, et laisse un souvenir impérissable de douceur et de bienveillance.