Attendu le 8 juillet dans les cinémas français, Le passage nous plonge dans les affres de la guerre en Syrie et sa crise migratoire vers la Grèce. Porté notamment par Omar Sy, ce film choral parvient à convaincre grâce à une narration prenante et la complexité de l’écriture de ses personnages. Critique.
Introduction
Quand il ne s’amuse pas à jouer les détectives hors pair dans la série Lupin sur Netflix ou les tombeurs dans French Lover (2025), Omar Sy s’essaie à des propositions plus dramatiques. C’était déjà le cas avec Dis moi juste que tu m’aimes (2024), dans lequel il incarnait un homme dont le mariage vacillait après ses retrouvailles avec un amour de jeunesse. Deux ans plus tard, l’acteur d’Intouchables (2011) est à l’affiche du film Le passage, un drame contemporain qui explore, à travers différents personnages, la crise migratoire entre la Syrie et la Grèce.
Long-métrage kaléidoscopique, Le passage s’articule autour de plusieurs destins : d’abord celui des familles syriennes en quête d’une nouvelle vie en Europe ; puis celui d’un soldat de Bachar al-Assad, Mustafa (incarné par Yahya Mahayni), qui va renier le pouvoir après l’exécution sommaire d’un enfant en pleine rue. Tous vont alors converger vers le même rivage face à un passeur aussi redoutable qu’intransigeant (Omar Sy) et espérer rejoindre les eaux grecques afin d’être secourus par les gardes-côtes et leur capitaine, Stavros (Constantine Markoulakis).

La fiction au service du réel
Pour son premier long-métrage en tant que réalisateur et scénariste, Brandt Andersen s’empare de la crise migratoire dans un film aussi bouleversant que prenant. En donnant à voir les différents parcours de ses personnages, le cinéaste américain construit un film complexe sur l’une des plus grandes ruptures du XXIe siècle. Il filme ainsi les difficultés pour les familles cherchant à échapper au régime dictatorial de Bachar al-Assad, la violence de son armée, mais également les difficultés financières et techniques de la traversée en bateau.
Sa construction est d’ailleurs l’un des points forts du film. En multipliant les points de vue et en changeant constamment d’angle grâce à un découpage réfléchi, le réalisateur déploie une œuvre dense et humaine, parfois proche du documentaire. Grâce à un style naturaliste, Brandt Andersen s’approche, à travers ce récit fictionnel, au plus près de la réalité.

Le cinéaste n’en oublie pas pour autant l’émotion. En montrant l’intimité et le parcours de ses personnages, il nous force à comprendre leurs tiraillements ; parfois même à voir des similitudes dans deux trajectoires que tout oppose. Le parcours d’Amira (Yasmine Al Massri), une brillante chirurgienne syrienne, va ainsi se lier à celui de Mustafa, tandis que le destin du passeur n’est pas si éloigné de celui du garde-côtes grec.
L’intime et le politique
Tout est ainsi une question de points de vue, entre besoins, réalisations et nécessités. Le passage rappelle que dans des temps obscurs comme celui de la guerre et des déplacements forcés des populations, notre humanité est sans arrêt remise en question face au besoin de sauver ceux qu’on aime. En donnant à voir les destins croisés des victimes, des bourreaux et des intermédiaires, le film apparaît complexe, autant dans sa narration que dans les portraits qu’il dresse.
Parmi eux, celui du personnage incarné par Omar Sy peut sembler le plus ténébreux. En épousant la fonction de passeur, l’acteur déploie un jeu sombre et violent face à des familles désemparées. Toutefois, en nous invitant dans son intimité aux côtés de son fils, le réalisateur pose un nouveau regard sur son protagoniste : sa posture est avant tout celle de la survie. À l’instar de tous les personnages qui peuplent cette pellicule.
Social, intime et politique, Le passage est une proposition cinématographique intéressante, mais surtout importante. À l’heure où les guerres et la crise migratoire s’intensifient, le film permet d’explorer la complexité de l’un des plus grands drames de notre siècle, ainsi que celle de ses acteurs, mais surtout de comprendre les différentes facettes que la survie revêt. Le passage est attendu dans les salles de cinéma françaises le 8 juillet 2026.