Après la solitude de Londres, l’heure de la reconquête a sonné. Avec J’écris ton nom, Antonin Baudry conclut son diptyque monumental sur de Gaulle. Un second volet plus stratégique et politique, qui transforme le pari initial en une éclatante réussite.
Introduction
On avait quitté Charles de Gaulle au lendemain de la victoire de Bir Hakeim et de l’exécution de l’amiral Darlan, l’homme de Vichy qui avait fini par rallier les Alliés. On le retrouve en janvier 1943. Initialement attendu pour le début du mois de juillet, ce second volet de La bataille de Gaulle, intitulé J’écris ton nom, avance sa sortie en salle au 26 juin 2026 pour s’offrir le tremplin de la fête du cinéma.
Un choix stratégique pour rentabiliser ce qui reste le plus lourd budget de l’année pour le cinéma français : 75 millions d’euros pour l’ensemble de ce diptyque historique inspiré par l’ouvrage de référence de l’historien britannique Julian T. Jackson (De Gaulle : une certaine idée de la France), qui aura exigé six ans de travail à son réalisateur, l’ancien diplomate Antonin Baudry (Le chant du loup, Quai d’Orsay). On pouvait redouter l’essoufflement ou le piège de la reconstitution empesée sur un format-fleuve de 2h40. Il n’en est rien : le film saisit dès ses premières minutes et maintient une tension constante, imposant un rythme si soutenu que l’on ne voit jamais le temps passer.
Un film sensoriel
Là où le premier opus filmait l’isolement d’un homme face à l’effondrement, cette suite plonge le spectateur dans une expérience éminemment physique et sensorielle. Le cinéaste nous ballotte d’un extrême à l’autre, opposant la fureur aveuglante des combats sous le soleil de Libye à l’atmosphère étouffante et clandestine d’une France occupée. Visuellement, le travail sur les clairs-obscurs et la réalisation léchée flattent la rétine, mais c’est l’approche presque tactile de la guerre qui impressionne. On ressent la poussière, le souffle des explosions et une opacité ambiante qui coupe littéralement la respiration.

Dans ce chaos, le film déploie ses grandes lignes de force autour d’une notion centrale : l’union. Une ambition collective incarnée avec une ferveur payante par une galerie de personnages secondaires qui prennent enfin de l’épaisseur. Si la figure féminine de la révolte trouve, sous les traits d’Anamaria Vartolomei, une réconfortante intensité, c’est le sacrifice de l’armée secrète, portée par un Félix Kysyl vibrant de tragédie en Jean Moulin, qui confère au film son poids dramatique. Antonin Baudry excelle à filmer l’angoisse de ces réseaux traqués, où la manipulation des informations et le spectre de la trahison menacent à chaque instant de tout faire basculer.
Un thriller diplomatique captivant
La bascule thématique la plus fascinante de ce second volet réside dans sa dimension de thriller diplomatique. Le récit s’extirpe du simple champ de bataille pour documenter une autre guerre, plus feutrée, mais tout aussi impitoyable : celle de la souveraineté. Simon Abkarian campe désormais un général qui a gagné en assurance, un héros national conscient de son statut, mais dont l’humour à froid continue d’humaniser le mythe.
Face à lui, le film dévoile les coulisses cyniques des grandes puissances alliées, prêtes à transformer la France d’après-guerre en protectorat américain, quitte à lui imposer ses propres dirigeants de paille, incarnés avec une belle ambiguïté par un Thierry Lhermitte à contre-emploi dans le rôle du général Giraud.

La mise en scène décortique magnifiquement cette guerre des images et de la morale. Entre les exigences de Washington et les calculs de Londres, de Gaulle apparaît seul contre le reste du monde, défendant une certaine idée de l’honneur national. On entre ici au cœur de la pure stratégie militaire et politique, là où chaque décision sur le terrain engage l’avenir du pays. Le réalisateur s’offre même le luxe d’une ellipse dramatique en choisissant de ne pas s’attarder sur le D-Day, rappelant que son véritable sujet n’est pas le débarquement des forces alliées, mais bien la course de vitesse politique pour la reconnaissance d’un gouvernement légitime.
L’écho du passé
Le film culmine dans une charge émotionnelle que le premier volet n’avait fait qu’esquisser. Porté par la trajectoire d’un général Leclerc que Niels Schneider investit d’une détermination sans faille, le long-métrage gagne peu à peu un souffle épique qui culmine lors de la Libération de Paris. Certes, le cinéaste cède parfois à une efficacité un peu hollywoodienne dans sa célébration des valeurs et du courage, mais le dispositif fonctionne si bien qu’il finit par nous tirer des larmes.

En refermant son diptyque à l’automne 1944, Antonin Baudry ne signe pas seulement une œuvre de mémoire scientifiquement rigoureuse. Il livre un grand spectacle populaire et viscéral qui, en rappelant qu’il ne faut jamais abdiquer face à l’inacceptable, trouve un écho d’une force singulière aujourd’hui. Une réussite totale.
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