Le thriller de Colleen Hoover est habilement mis en scène par Michael Showalter, malgré les limites inhérentes du scénario.
Introduction
Les livres de Colleen Hoover sont, depuis plusieurs années, des succès incontournables en librairie. Entre les drames familiaux, les romances et les thrillers, l’autrice a développé un style d’écriture propre et sa fan-base, de plus en plus nombreuse, attend avec impatience ses nouveaux projets.
Le cinéma s’est naturellement tourné vers l’œuvre de Colleen Hoover et l’un de ses romans les plus emblématiques, Verity (Hugo Roman, 2020), a le droit à sa propre adaptation cinématographique. Porté par Anne Hathaway, Dakota Johnson et Josh Hartnett, le film est un thriller efficace à l’ambiance pesante qui peine, néanmoins, à rendre crédible son histoire improbable.

Verity Crawford, autrice à succès célébrée pour ses thrillers noirs et ses personnages malfaisants, est, aux yeux du grand public, une figure énigmatique et mystérieuse. Quand la jeune écrivaine Lowen Ashleigh est engagée par une maison d’édition pour aider Verity à terminer ses futurs romans, elle découvre que l’écrivaine culte est paralysée à la suite d’un accident de voiture.
À la demande de Jeremy, le mari de Verity, Lowen s’installe dans leur demeure luxueuse et tente de pénétrer dans la psyché de l’autrice. Alors qu’elle parcourt ses notes et ses manuscrits, elle commence à faire des découvertes qui la font douter de la situation.
Fiction et manipulation
L’intrigue de Verity tourne autour du pouvoir de l’écriture et de la fiction. À mesure que Lowen découvre les notes personnelles de Verity Crawford, elle commence à penser que la vérité n’est peut-être pas celle qui est sous ses yeux. Le long-métrage, avec une certaine habilité dans sa première partie, pose les bases de l’histoire tout en laissant planer l’incertitude. À mi-chemin entre le thriller psychologique et le huis clos angoissant, le film est suffisamment incarné et authentique pour que la situation, aussi singulière soit-elle, conserve une part de réalisme.
Seulement, le thriller appelle son lot de rebondissements et de révélations, faisant tomber Verity dans les travers du genre. La deuxième partie du film enchaine alors les situations de plus en plus invraisemblables. Elles servent le rythme et permettent au film de s’inscrire dans une efficacité constante, tout en sacrifiant la suspension d’incrédulité. Tout est gros, trop absolu et trop poussé pour que le spectateur puisse y croire. Le thriller se transforme ainsi en farce.

Une romance prévisible ?
Si Verity est avant tout un thriller, le film joue également la carte de la romance, de la séduction et du désir. La relation entre Verity Crawford et son mari, puis les liens naissants entre ce dernier et Lowen sont au cœur du récit. D’une certaine façon, Verity rappelle La femme de ménage, avec son trio de protagonistes mués par un désir profond.
Le long-métrage avec Dakota Johnson en devient gentiment érotique — un aspect plutôt réussi, entre la suggestion et les quelques séquences plus explicites —, avant de basculer dans une romance niaise et prévisible, qui, à nouveau, semble trop attendue et clichée pour réellement convaincre. Le film (comme le livre) se croit plus transgressif qu’il ne l’est vraiment alors qu’il enchaine les archétypes narratifs et les retournements de situation prévisibles.
Casting cinq étoiles
Si Verity peut bien se vanter d’une qualité, c’est dans le choix de son casting. Le trio, composé d’Anne Hathaway, Dakota Johnson et du bien trop rare Josh Hartnett est autant séduisant que convaincant.
Le cinéaste Michael Showalter les met particulièrement bien en valeur, tout comme la photographie léchée de Jim Frohna. Entre la frénésie new-yorkaise et l’ambiance enneigée autour de la demeure des Crawford, le film est incontestablement très beau.

Difficile de prendre ce Verity au sérieux et de ne pas être étonné devant le premier degré absolu, à tort, du long-métrage.
Malgré des interprètes impeccables et la tentative d’un propos hasardeux sur la force de l’écriture et le pouvoir de la création, le film prend le mauvais chemin et ne dépasse pas le stade du thriller cliché, vu, revu et attendu.