Faire du chant du cygne d’un vieil agent de la CIA une tragicomédie d’une irrésistible drôlerie : tel est le tour de force de Martin McDonagh, avec ce « Wild Horse Nine », en salle ce 4 novembre 2026. Porté par les prodigieux John Malkovich et Sam Rockwell, ce faux thriller d’espionnage sur l’île de Pâques transforme un baroud d’honneur en une errance poétique.
Introduction
Voir « les grosses têtes » et mourir. Tel est le dernier vœu de Chris (John Malkovich), agent vieillissant de la CIA rongé par un cancer en phase terminale, auprès de son collègue et ami Lee (Sam Rockwell). Les deux complices ont bourlingué au gré de missions plus ou moins avouables pour le compte du gouvernement américain, fait les 400 coups (d’État) ensemble. À la veille du séisme politique qui s’apprête à secouer le Chili en 1973, ils s’envolent donc vers l’île de Pâques. Là, alors que Chris divague au fil des piquouses de morphine, enregistrant sur dictaphone ses mémoires mêlant lucidité géopolitique et délires paranoïaques, le binôme va devoir composer entre mission officielle et Guide du routard intime.
À la fois politique, poétique et délicieusement absurde, ce Wild Horse Nine ne ressemble à rien. Ou plutôt si : on y retrouve les ingrédients qui font de la patte de Martin McDonagh, l’un des auteurs les plus passionnants du paysage cinématographique actuel. Comme dans ses excellents Bons baisers de Bruges, 3 Billboards ou encore Les Banshees d’Inisherin, ce nouveau long-métrage navigue entre humour noir et mélancolie, dans cet équilibre délicat entre trivialité et gravité.

Roadtrip doux-amer
En installant son récit dans le décor irréel de l’Île de Pâques, loin du fracas du monde, le cinéaste britanno-irlandais privilégie une nouvelle fois les chemins de traverse à la fresque historique frontale et linéaire. Et si le compte à rebours enclenché par la maladie incurable de Chris pourrait teinter ce tableau d’un voile mortifère, il y flotte au contraire une atmosphère d’une profonde douceur, rythmée par des dialogues décapants et des pauses contemplatives.
Loin de la violence et du cynisme qu’impose leur job, loin des opérations clandestines, des assassinats, des déstabilisations politiques, Chris et Lee se laissent happer par la beauté minérale des moaï et la douce compagnie des chevaux sauvages. Et les joutes verbales d’une drôlerie corrosive permettent d’alléger ce récit crépusculaire, alors que la fin se rapproche inéluctablement.
Au cœur de ce faux thriller d’espionnage, la bromance de ces vieux briscards de l’impérialisme américain, portée par un duo d’acteurs exceptionnels — John Malkovich a été sacré meilleur acteur à la dernière Mostra de Venise. Voir ces deux bonhommes se chambrer tendrement et s’aimer pudiquement tandis que le monde qu’ils ont contribué à ébranler bascule : voilà tout le sel de cette tragicomédie aussi irrévérencieuse que désenchantée.
Wild Horse Nine
Un film de Martin McDonagh
Avec John Malkovich, Sam Rockwell, Steve Buscemi, Parker Posey…
Sortie le 4 novembre 2026