Critique

Fallait-il (vraiment) faire des « Misérables » un film d’action ?

13 octobre 2026

Par Catherine Rochon

Illustration
©Studio Canal

Un budget XXL, un casting cinq étoiles et une promesse inattendue : faire des « Misérables » un thriller haletant. Avec ce face-à-face au sommet entre Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre un film à grand spectacle. Quitte à sacrifier la profondeur politique de Victor Hugo sur l’autel de l’efficacité ?

Introduction

Fallait-il vraiment refaire Les Misérables ? Était-il nécessaire de produire une énième adaptation du chef-d’œuvre de Victor Hugo pour le grand écran ? Le réalisateur Fred Cavayé (Radin !, Adieu Monsieur Haffmann) répond par l’affirmative avec cette nouvelle mouture au casting prestigieux coproduite par Netflix. Son parti pris ? S’éloigner de la fresque contemplative pour se recentrer sur l’affrontement entre l’ancien forçat Jean Valjean et l’inspecteur Javert.

« J’ai imaginé une adaptation qui reprendrait la structure d’un thriller, un peu à la manière du Fugitif de 1993, avec Harrison Ford », confie-t-il à propos de ce projet XXL – on parle de 37 millions d’euros de budget. Et pour cela, Cavayé a choisi deux poids lourds du cinéma français pour incarner les deux figures antagonistes : Vincent Lindon en Valjean face à Tahar Rahim dans le costume de Javert. Autour de ce choc des titans gravite une riche galerie de personnages emblématiques de l’œuvre d’Hugo, incarnés par une distribution de premier plan. On y retrouve l’infâme couple Thénardier, campé par les excellents Benjamin Lavernhe et Camille Cottin, ici à contre-emploi, tandis que Noémie Merlant prête ses traits à la tragique Fantine.

Si ces figures hantent notre imaginaire collectif, Cavayé choisit de les (ré)introduire habilement à travers des scènes-clés qui posent la trame du drame à venir. Mais si ces Misérables débutent sur les chapeaux de roues, le long-métrage va progressivement perdre en épaisseur au fil de ses trois (longues) heures. En évacuant largement la dimension politique, historique et religieuse, pourtant au cœur du roman de Victor Hugo, le film tend à se réduire à une traque obsessionnelle.

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Lindon-rahim-misérables

Les Miz façon blockbuster

En privilégiant l’action et le rythme, Fred Cavayé assume son ambition de grand spectacle populaire, cherchant manifestement à reproduire la formule gagnante du Comte de Monte-Cristo (2024). Mais en voulant rendre plus immédiatement accessible ce roman-cathédrale de 1600 pages, le réalisateur n’évite malheureusement pas le piège de l’appauvrissement et de la binarité.

Chez Hugo, la misère n’est pas une simple succession de malheurs individuels, servant de ressorts mélodramatiques. Elle est systémique, politique, produite par une organisation sociale, par les rapports de domination et les institutions. Le livre délivre aussi une réflexion philosophique sur la justice humaine, administrée de manière aveugle par l’inspecteur Javert. Autant de strates que l’on peine à percevoir dans cette nouvelle adaptation.

Bande-annonce des Misérables de Fred Cavayé


Cette édulcoration rejaillit également sur l’esthétique éminemment proprette du long-métrage. La superproduction manque de rugosité, de noirceur, de crasse. Sa reconstitution très lisse lorgne davantage vers une direction artistique calibrée à la Netflix et peine à restituer l’indigence du Paris du XIXe siècle.

Si la démocratisation de l’œuvre hugolienne reste vertueuse (et aimablement divertissante), l’entreprise paraît ici bien vaine et trop convenue, plus proche du blockbuster formaté que d’une relecture réellement audacieuse et inspirée.

Les Misérables

Sortie en salles le 14 octobre 2026

Un film de Fred Cavayé

Avec  Vincent Lindon, Tahar Rahim, Camille Cottin, Benjamin Lavernhe…

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