Avec « La Gradiva », en salle ce 21 octobre 2026, la réalisatrice Marine Atlan signe une chronique adolescente lumineuse et romantique entre Naples et Pompéi. Porté par un casting de jeunes comédiens éblouissants, ce premier film récompensé à Cannes du Grand Prix de la Semaine de la Critique, est incontestablement l’un des plus beaux films de l’année.
Introduction
Il est des voyages qui forment la jeunesse, dit-on. Celui de La Gradiva est assurément de ceux-là. En débarquant en Italie, les élèves de la classe de terminale de Mme Mercier, prof de philo, vont découvrir bien plus que des vestiges antiques et des platées de pasta. Lors de ce séjour initiatique, Toni, le glandeur rêveur (Colas Quignard), le magnétique James (Mitia Capellier-Audat) ou encore Suzanne (Suzanne Gerin), la bonne élève renfrognée, vont faire l’expérience de l’Art, mais aussi du désir, de la jalousie, du désenchantement.
C’est dans ce tumulte adolescent que le titre du film prend tout son sens. À l’origine sculpture romaine célébrée par Freud comme l’incarnation du fantasme et du refoulement, la « Gradiva » – celle qui marche – devient une belle métaphore à ce voyage scolaire mouvant et émouvant entre Naples et Pompéi. À la fois contemplatif, poétique et profondément moderne, le film de Marine Atlan s’étire, prend son temps, au plus près de ce joyeux collectif et de leur prof enthousiaste et si fatiguée (formidable Antonia Buresi). La réalisatrice (qui est aussi directrice de la photographie) capte ces regards qui s’entrecroisent, la fluidité des genres, les chorégraphies muettes au milieu des statues ou encore les tensions inavouées. Elle compose ses plans comme autant de tableaux vivants, où la lumière méditerranéenne caresse les corps et enveloppe les visages des jeunes comédiens, tous débutants et saisissants de naturel.
Mais derrière la douceur de ces images aériennes affleure une pulsation sourde. En toile de fond, l’imposant Vésuve se fait l’écho de ce bouillonnement juvénile qui menace d‘exploser à tout instant, de ces nuées ardentes de sentiments qui se tapissent derrière les sourires crâneurs et les bons mots.
Une fresque solaire et lyrique
Il y avait longtemps que la jeunesse française n’avait été captée avec autant de grâce et de drôlerie, dans tout ce qu’elle a de beau, de vivant, d’agaçant et d’attachant. Cette chronique adolescente n’est pas sans rappeler – sur un mode bien plus lyrique – Le Péril jeune, dans cette capacité à encapsuler le vertige du passage à l’âge adulte. Mais là où Cédric Klapisch misait sur la nostalgie rigolarde, Marine Atlan choisit d’inscrire ces trajectoires dans une dimension presque romantique. D’abord solaire, le récit se charge de mélancolie à mesure que se rapproche la fin du voyage, le rappel à la réalité symbolisée par le couperet de ParcourSup et la rupture imminente avec l’utopie méritocratique de l’école.
En accompagnant inexorablement ses personnages vers la fête du départ – et la fin d’une époque -, La Gradiva se clôt en laissant une empreinte durable : celle d’un adieu à l’insouciance, à la fois douloureux et magnifique. Indéniablement l’un des plus beaux films de 2026.
La Gradiva
Un film de Marine Atlan
Avec Antonia Buresi, Mitia Capellier-Audat, Colas Quignard, Suzanne Gerin
Au cinéma le 21 octobre 2026