Critique

Karma avec Marion Cotillard : le thriller réussi de Guillaume Canet

19 octobre 2026

Par Robin Negre

Illustration
“Karma“, en salle le 21 octobre 2026. ©Pathé

Marion Cotillard et Denis Ménochet s’affrontent dans un film intense et ambitieux autour d’une communauté sectaire.

Introduction

Après sa présentation plébiscitée au Festival de Cannes, Karma, réalisé par Guillaume Canet, sort enfin dans les salles françaises. Et ce thriller est une grande réussite.

En retrouvant le sérieux de ses premiers films et une caméra posée, le cinéaste arrive à plonger dans l’enfer d’une communauté sectaire guidée par un seul homme, tout en suivant le parcours rédempteur d’une femme, magistralement interprétée par Marion Cotillard. À voir.

Karma.©Pathé

Jeanne (Marion Cotillard), vit paisiblement en Espagne avec son compagnon Daniel (Leonardo Sbaraglia). Quand un enfant qu’elle garde en journée disparait sans laisser de traces, les autorités commencent à la soupçonner.

Elle décide de fuir le pays et de retourner en France, dans la communauté qui l’a élevée et qu’elle a quitté des années auparavant. Marc (Denis Ménochet), à la tête du lieu et des familles qui y habitent, voit ce retour d’un mauvais œil.

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Karma est un film qui joue sur deux tableaux. Il y a d’une part l’enquête liée à la disparition du jeune garçon en Espagne et de l’autre, la re-découverte par Jeanne de la communauté en France et de ses règles autocrates rigides. Le tout est lié habilement par le scénario de Guillaume Canet, qui livre un film complet et équilibré sans jamais perdre de vue la force des deux récits.

Cet aspect hybride permet au cinéaste d’offrir plusieurs couleurs à son film. L’Espagne et la France ne sont pas filmés de la même façon, la lumière procure des émotions différentes et la communauté sectaire — avec ses décors lugubres et sa demeure immense — a tout du personnage propre qui dicte son propre rythme et son langage. Anxiogène, intense, prenant… Il est impossible de détourner les yeux de Karma.

Retour au thriller

Si Guillaume Canet a su se démarquer avec plus ou moins de réussite dans la comédie dramatique (Les petits mouchoirs) ou la comédie (Astérix et Obélix : L’empire du milieu), le genre du thriller reste celui qui l’a fait connaître et dans lequel il semble être le plus à l’aise. Karma est ainsi son meilleur film depuis le plébiscité Ne le dis à personne (2006), inspiré du roman d’Harlan Coben.

Le réalisateur ne prend jamais le public par la main. Son film est finement écrit. Les éléments posés dès le début servent à l’intrigue et un point de bascule, dans le récit, permet au long-métrage d’évoluer vers d’autres chemins. Karma est un bon thriller à la française, avec ses twists et ses surprises, avec son mystère et ses personnages inquiétants.

Karma.©Pathé

Casting d’exception

Guillaume Canet le répète régulièrement : Karma est né, avant tout, de son envie d’offrir à Marion Cotillard un premier grand rôle dans un de ses films. Avec ce personnage ambigu, l’actrice brille pendant toute la durée du drame et le porte, d’une certaine façon, sur ses épaules. En face, Denis Ménochet trouve un rôle à contre-emploi et utilise sa présence physique pour impressionner, terroriser et effrayer. Absolument monstrueux et mémorable.

Le duo fait des étincelles. Le jeu passe par les confrontations verbales, par les non-dits, par les regards ou les suggestions. Pour compléter ce casting, l’excellent Leonardo Sbaraglia (vu cette année chez Pedro Almodovar, dans Autofiction) ajoute une touche d’innocence. Il représente l’incompréhension du spectateur. À ses côté, il cherche à saisir le passé trouble de Jeanne et à comprendre les secrets de cette communauté inquiétante.

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La place de la ruralité

Karma est un film particulièrement dense, entre ses différentes pistes narratives, le parcours des nombreux personnages et les retournements de situation propres au genre du thriller. Autour du mystère lié à la disparition d’un jeune enfant et la découverte de la secte, Karma évoque aussi plusieurs thèmes autour de la famille, de la ruralité et de la vie hors des grandes villes.

Le film interroge ces modes de vie et ces constructions familiales en prenant un cas de figure extrême : la vie sectaire en autocratie, refermée sur elle-même et craintive de ce qui existe en dehors. Une façon de parler de la mondialisation, du choc des civilisations, du rapport entre le moderne et l’ancien et la force qu’un embrigadement peut avoir sur toute une population.

Karma.©Pathé

Avec Karma, Guillaume Canet est à son meilleur. Le réalisateur réunit deux de ses plus grands atouts : la liberté du thriller à tiroirs et la direction d’acteurs d’exception.

Le long-métrage est un drame habile et malin, porté par un fantastique trio de comédiens. On a l’impression de retrouver toute l’énergie des débuts de Canet à la réalisation avec ce Karma, et c’est particulièrement enthousiasmant.

La bande-annonce de Karma.

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