Attendu en salle ce 20 mai et présenté en Compétition au Festival de Cannes, Autofiction permet à Pedro Almodóvar de renouer avec ses thèmes de prédilection dans un film aussi tentaculaire que solaire. Critique.
Introduction
Après son dernier passage par le Festival de Cannes afin de présenter, hors compétition, son court-métrage Strange Way of Life avec Pedro Pascal et Ethan Hawk, c’est en compétition que Pedro Almodóvar fait son retour sur la Croisette. Cette année, le réalisateur espagnol présente Autofiction, récit mélangeant fiction et réalité alors qu’un cinéaste retrouve l’inspiration, après plusieurs années de page blanche.
Pedro Almodóvar offre avec Amarga Navidad – son titre original – un récit tentaculaire, une réflexion sur le rapport à l’écriture, sur la création et l’inspiration. Mais à quel prix ? Au risque de se compromettre ? De bafouer ses personnages ? De trahir la vérité et les souffrances de la réalité ? À travers deux nouveaux alter ego, le cinéaste de Douleur et gloire (2019) convoque une création méta, alternant les points de vue entre Raúl (Leonardo Sbaraglia) et Esla (sublime Bárbara Lennie, dont le prix d’interprétation serait, selon nous, fortement mérité).

Alter ego
Deux points de vue, donc, pour un film construit par strates et à travers lequel le prolifique Pedro Almodóvar offre une nouvelle réflexion sur la création artistique quand elle devient obsessionnelle et sur sa propre image. S’il le fait souvent avec gravité, le cinéaste n’hésite pas non plus à user d’un certain cynisme. Une légèreté bienvenue, notamment après son précédent film, le déprimant La chambre d’à côté (2024).
En effet, là où ce dernier nous laissait un goût amer, Autofiction renoue avec les thèmes de prédilection du réalisateur, entre récit féminin, deuil et notion de double. Toutefois, il apporte avec ce nouveau film un souffle qui, sans être révolutionnaire au sein de sa filmographie, parvient à convaincre. Une beauté renversante et un travail sur les couleurs qui fait du bien, en plus de dialogues millimétrés.
La revolución Almodovar ?
Côté rythme, si le film démarre par un prologue prenant, instaurant une dynamique passionnante entre les personnages, il souffre tout de même de quelques longueurs et se perd dans une mise en scène parfois trop tentaculaire. Resteront, tout de même, une scène de confrontation aussi dramatique que drôle, joute verbale jouissive entre le cinéaste et son assistante, Monica (Aitana Sánchez-Gijón), des plans magnifiques de Lanzarote et les couleurs éclatantes si caractéristiques de la filmographie du cinéaste.
Entre drame et comédie, entre réalité et fiction, le nouveau film de Pedro Almodóvar signe le retour en grâce du réalisateur espagnol. Si Autofiction ne révolutionne pas l’œuvre du cinéaste, il a le mérite de proposer une œuvre solaire, parfois inspirante, sur la création et le récit féminin.