Critique

[Festival de Cannes 2026] Minotaure : un drame familial et national

19 mai 2026

Par Robin Negre

Illustration
“Minotaure”. ©MK2 Films

Andreï Zviaguintsev s’intéresse à la Russie à l’aube de la guerre en Ukraine et montre la déchéance d’un couple.

Introduction

Après le flamboyant Léviathan (2014), Andreï Zviaguintsev est de retour au Festival de Cannes avec Minotaure, présenté en compétition. Le cinéaste russe évoque l’état de son pays depuis 2022 et propose une analyse glaciale des rapports politiques, professionnels et familiaux dans la société. Un film choc, lent, qui prend tout son sens à mesure que l’intrigue et les personnages se dessinent. Très librement adapté de La femme infidèle (1969) de Claude Chabrol, transposé en Russie, le film parle du couple et de la fidélité, montrant que la trahison n’a pas qu’une seule signification.

Début 2022 en Russie, le chef d’entreprise Gleb est contraint de dresser la liste des employés qui seront envoyés au front. En parallèle, le quotidien avec sa femme Galina devient de plus en plus froid et mécanique. Gleb est pris en tenaille, écrasé par les considérations politiques et personnelles, et tombe dans une spirale destructrice.

Minotaure.©MK2 Films

Minotaure est un film surprenant. Tranche de vie familiale anecdotique dans sa première partie, le long-métrage reste volontairement abstrait concernant son intrigue. Les séquences s’enchaînent avec une minutie technique évidente, mais une froideur émotionnelle qui laisse à distance. Andreï Zviaguintsev ne fait pourtant rien au hasard : comment parler de l’individu dans une société qui cherche à le noyer dans la masse ? L’anonyme n’est qu’un visage parmi d’autres, un « costume » semblable à un autre.

L’ordre venant d’en haut, l’homme doit s’exécuter. Alors que le pays commence à s’effriter et à s’effondrer, Gleb sort de l’anonymat et s’implique personnellement dans les différents aspects de sa vie. Une double intrigue s’installe, une narration paradoxale, ambivalente.

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La montée crescendo du film

Si la première partie est déroutante, car filmée de loin, le film connaît un point de bascule passionnant. Lors d’une longue séquence inventive, Andreï Zviaguintsev encapsule tout son récit. La seconde partie gagne en intérêt. Plus intime, plus personnel, plus émouvant, aussi, Minotaure évoque alors le désir, le couple, les relations familiales et professionnelles. Andreï Zviaguintsev filme les corps et montre la réalité derrière la façade.

Allégorie évidente de la situation politique du pays, il utilise son protagoniste (ou ses protagonistes), pour personnifier la nation. Les certitudes s’effondrent, l’incorruptible ne l’est plus et seul le dialogue et l’écoute de l’autre (de l’individu, pas de la masse) peuvent arranger les choses.

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Mise en scène chirurgicale

Andreï Zviaguintsev sait filmer les individus, mais aussi les décors et la nature. Sans forcément atteindre la maestria sensationnelle de Léviathan – qui reste son chef-d’œuvre absolu –, le cinéaste montre l’architecture et la couleur du pays, avec l’ombre de la guerre en toile de fond. Mêlé avec le drame conjugal, le résultat est aussi singulier que passionnant.

“Minotaure”.©MK2 Films

Minotaure n’est pas un film facile. La froideur nécessaire utilisée par Andreï Zviaguintsev pour montrer une société et un pays en guerre installe une certaine distance avec le spectateur. Quand le récit s’intéresse honnêtement à ses protagonistes, les thèmes développés par le cinéaste prennent tout leur sens.

Ambitieux, exigeant et nécessitant un réel temps d’appréciation, Minotaure est une photographie sensible et honnête d’un pays, d’une époque, d’une société et d’un modèle familial, avec ses hauts et ses bas.

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