Critique

Une aube nouvelle, un feu d’artifice d’animation

12 août 2026

Par Louise Lepense

Illustration
“Une aube nouvelle”, le 12 août 2026 au cinéma. ©A new dawn Film Partners

Présenté en compétition à la Berlinale et récompensé à Annecy, le premier long-métrage de Yoshitoshi Shinomiya arrive en salles le 12 août. Une œuvre brève et resplendissante, où la virtuosité de l’animation éclaire un récit sur la famille et ce que l’on choisit de laisser derrière soi.

Introduction

Il suffit de quelques secondes pour que la mèche prenne. Une goutte d’eau devient un monde, un ciel se peuple de milliers d’étoiles, un mouvement de caméra ouvre soudain l’espace comme si l’écran venait de disparaître. Pour son premier long-métrage, Yoshitoshi Shinomiya ne cherche pas à économiser la poudre : Une aube nouvelle, sorti ce 12 août au cinéma, éclate immédiatement sous les yeux. À peine plus d’une heure suffit à cette coproduction franco-japonaise pour laisser derrière elle une traînée lumineuse, fragile, éblouissante.

La mèche du passé

Au centre du récit, il y a justement un feu d’artifice impossible. Depuis quatre ans, Keitaro vit reclus dans l’ancienne usine familiale des Obinata, promise à la fermeture puis à la destruction. Il veut y reproduire le « Shuhari », création inachevée de son père disparu, censée contenir le cosmos tout entier. Son frère Chicchi et son amie d’enfance Kaoru reviennent autour de lui comme on revient sur les lieux d’une ancienne déflagration : pour comprendre ce qui reste et, peut-être, enfin s’en détacher.

Une aube nouvelle.©A new dawn Film Partners

L’usine concentre tout ce que le film refuse de réduire en cendres : une enfance, une famille, un savoir-faire, un paysage. La forêt qui entourait autrefois le site a laissé place aux panneaux solaires ; une route doit bientôt traverser les terrains. Shinomiya ne filme pourtant pas une opposition simpliste entre nature et progrès : il s’intéresse à ce qui disparaît lorsque le monde avance.

Une explosion de couleurs

Cette idée devient saisissante parce que Shinomiya, peintre de formation, la fait passer avant tout par l’image. Son animation possède quelque chose de l’aquarelle : des teintes douces, parfois diluées, soudain traversées d’éclats vifs. Les décors débordent d’objets, de souvenirs, de fragments de vie ; les transitions glissent du présent aux flashbacks avec fluidité, donnant parfois l’impression de tomber dans un rêve.

Une aube nouvelle.©A new dawn Film Partners

Le film élargit sans cesse sa palette. Animation dessinée, effets numériques, quelques passages en stop motion : les techniques changent comme les formes d’un bouquet pyrotechnique. Les mouvements, les reflets, les gouttes d’eau, les fleurs et la profondeur des arrière-plans participent d’un même vertige. Le récit avance, mais c’est souvent l’animation qui pense à sa place.

Your name.©Toho/CoMix Wave Films/Kadokawa Corporation/East Japan Marketing & Communications/ Amuse/voque ting co/Lawson HMV.

Impossible, face à certaines compositions, de ne pas penser au Studio Ghibli mais surtout à Makoto Shinkai. Les ciels, la lumière et cette façon de charger les paysages d’émotion évoquent l’oeuvre du réalisateur avec qui Shinomiya a travaillé sur The Garden of Words et surtout le splendide Your Name.

Ce qui reste après l’éclair

Le scénario peine parfois à suivre la virtuosité de la mise en scène. Les enjeux sont lancés simultanément, et certains tenants et aboutissants se laissent difficilement saisir dans les premières minutes. Ce déséquilibre ne fait toutefois jamais exploser le film en vol. Il crée plutôt une légère dissociation : le récit sert essentiellement de rampe de lancement à l’animation.

Une aube nouvelle.©A new dawn Film Partners

Un feu d’artifice n’existe pleinement que quelques secondes ; tout son paradoxe tient à cette disparition programmée. Une aube nouvelle fait de cette brièveté sa matière. Une maison, un paysage, une relation, une tradition : rien n’est éternel, mais tout peut continuer à éclairer celui qui l’a vu disparaître. Le film choisit, lui aussi, de brûler vite. Et lorsque la lumière retombe, quelques images continuent à scintiller sous les paupières.

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