Cristian Mungiu remporte la Palme d’or au Festival de Cannes avec Fjord, long-métrage porté par Sebastian Stan et Renate Reinsve. Entre efficacité et doute, le film est une réussite pour son écriture. Critique.
Introduction
Les Gheorghiu sont une famille catholique très pieuse. Or, le jour où celle-ci débarque dans une enclave norvégienne, son destin est sur le point de basculer. Les parents sont accusés de violences domestiques sur leurs enfants par l’Aide sociale à l’enfance. Va s’ensuivre une bataille douloureuse servant de fond à Cristian Mungiu pour aller au-delà du cadre juridique et contrer un certain misérabilisme social.
Pour son retour à Cannes, après sa Palme d’or pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours en 2007, le réalisateur tente dans Fjord de développer une réflexion sur le choc des cultures, le mélange des langues, la place de la religion dans nos sociétés modernes ou encore le poids des traditions quand elles se frottent au pragmatisme de la société norvégienne.
À partir de 55,39€
En stock vendeur partenaire
Voir sur Fnac.com
Questions partout, réponses nulle part
Mais pour ce faire – et c’est peut-être là le point le plus déroutant du film –, Cristian Mungiu n’élabore aucune réponse précise, se contentant de poser des questions, de soulever des problématiques. Film réactionnaire ? Long-métrage progressiste ? Difficile de statuer sur Fjord, dont le cadre, certes efficace, n’est jamais débordé.
Malgré une mise en scène soignée et une direction d’acteurs sobre et retenue, le film présenté en compétition au Festival de Cannes déroute par un propos passionnant – les scènes de procès magistralement opérées offrent tout son sel au film et convoquent un certain Anatomie d’une chute (2023) –, mais déçoit par sa finalité. S’il faut y voir un choix réfléchi de la part de Cristian Mungiu, cette démonstration lui permet de faire un doublé, à Cannes.
Un geste assumé
D’un autre côté, c’est ce geste, complètement assumé, qui offre à Fjord tout son intérêt : en ne donnant aucune réponse précise, le cinéaste invite les spectateurs à choisir par eux-mêmes ; à se confronter à leur propre sensibilité ou à leurs paradoxes.
Autre point positif : l’absence de misérabilisme. Plutôt que de se concentrer sur l’enquête ou les procédures de l’Aide sociale à l’enfance, le réalisateur place sa caméra du côté des parents – incarnés avec foi par Sebastian Stan (The Apprentice, 2024) et Renate Reinsve (Valeur sentimentale, 2025) –, filmant leur lutte et leurs dilemmes. À leur contact, Mungiu s’autorise même une certaine légèreté, une douceur bienvenue, qui contrastent avec l’aspect parfois austère de leur communauté religieuse ou de la bourgade norvégienne dans laquelle ils se sont établis.
Finalement, entre frustration et efficacité, Fjord étonne autant qu’il marque. Avec sobriété, Cristian Mungiu offre une démonstration scénariste unique, dans un film aussi propre que déroutant. Un constat étonnant qui nous fait dire que le jury de Park Chan-wook a eu raison de lui décerner la Palme d’or 2026.