Critique

[Festival de Cannes 2026] Moulin, avec Gilles Lellouche : résiste !

18 mai 2026

Par Lisa Muratore

Illustration
Gilles Lellouche dans “Moulin“, le 28 octobre 2026 au cinéma. ©Studio TF1

Gilles Lellouche incarne le héros français, Jean Moulin, dans le film éponyme de László Nemes. Pour son retour au Festival de Cannes, le réalisateur hongrois offre un biopic inédit centré sur les derniers jours du Résistant et offre un duel à hauteur d’hommes saisissant. Critique.

Introduction

Cette année, le Festival de Cannes a rendez-vous avec l’histoire. La troisième nuit sur le régime de Vichy par Daniel Auteuil, Coward de Lukas Dhont sur la Première Guerre mondiale, ou encore Notre salut d’Emmanuel Marre… Nombreux sont les films, dans différentes sélections, à prendre pour décor l’histoire française et ses figures les plus marquantes. Ce sera aussi le cas de La bataille de Gaulle, première partie d’un diptyque sur le célèbre général présenté hors compétition.

Le film d’Antonin Baudry (Le chant du loup, 2019) devrait créer l’événement sur la Croisette d’ici la fin de la quinzaine, mais Moulin, de László Nemes, impressionne en début de semaine. Après avoir filmé l’enfer de Saul Auslander au camp d’Auschwitz-Birkenau dans l’oscarisé Le fils de Saul (2015), le réalisateur hongrois scrute un nouveau pan de la Seconde Guerre mondiale en se concentrant sur l’un des héros de la Résistance : Jean Moulin. Brillamment porté par Gilles Lellouche, le film s’intéresse plus précisément aux derniers jours de celui que l’on surnomme « Max » et à sa confrontation avec Klaus Barbie, un officier de la Gestapo.

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Jean Moulin vs. Klaus Barbie

Le duel entre les deux hommes est sans conteste l’un des points forts du long-métrage. Si la première partie se veut plutôt floue, le réalisateur s’efforçant de dessiner les contours de la réunification de l’Armée secrète sans véritable tension, l’apparition du responsable SS donne au film toute sa puissance. Dès le premier interrogatoire, l’ambiance bascule : d’un film noir d’espionnage politique, Moulin se transforme en un huis clos haletant ; un long-métrage carcéral dans lequel les séquences entre Klaus Barbie et Jean Moulin affichent une violence psychologique et physique saisissante. Car le commandant nazi est persuadé que derrière le nom de code « Jacques Martel » se cache le fameux « Max ».

En opposant ces deux figures, László Nemes raconte les derniers jours de Jean Moulin, mais offre surtout un film imprégné d’une grande dramaturgie. Tels deux némésis, le héros français et le monstre allemand s’affrontent, passant des bureaux dorés de la Gestapo aux sous-sols poisseux ; des interrogatoires de routine à de véritables séances de torture. À travers eux, le metteur en scène déploie tout un propos sur le Bien et le Mal, mais aussi sur la notion de résistance. Un thème qui résonne forcément avec l’actualité mondiale.

Une mise en scène prenante

La paranoïa des débuts se dissout ainsi dans la violence dans un biopic unique, mais surtout immersif. László Nemes propose en effet un film surprenant dans son rythme, alternant entre des scènes rugueuses, brutales, et des séquences proches de son personnage, presque oniriques. Comme si le réalisateur optait pour un double point de vue : celui du bourreau et celui de sa victime. Grâce à une photographie rappelant les films noirs des années 1950 et une lumière tamisée, poussiéreuse, László Nemes parvient à installer une véritable ambiance, mettant ainsi sa mise en scène au service du calvaire vécu par son personnage.

Porté par les interprétations charismatiques et magistrales de Lars Eidinger et Gilles Lellouche, Moulin offre un film historique à hauteur d’hommes, interrogeant la notion de résistance, de héros et de monstruosité humaine. Gilles Lellouche y trouve un rôle sobre, presque à contre-emploi de ce qu’il a l’habitude de proposer, dans la comédie (Le crime du 3e étage) ou dans le drame dystopique (Chien 51, 2025).

Quelques semaines après Les rayons et les ombres qui abordait la Collaboration, avec son comparse de jeu Jean Dujardin, Moulin avec Gilles Lellouche s’impose donc comme une nouvelle proposition de cinéma permettant de scruter l’âme humaine à travers l’histoire.

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Article rédigé par

Journaliste