Arthur Harari revient au Festival de Cannes avec L’inconnue porté par Léa Seydoux et Niels Schneider. Un long-métrage étrange et dérangeant qui manque terriblement d’âme. Critique.
Introduction
Dire que l’on attendait le nouveau film d’Arthur Harari est un euphémisme. De retour au Festival de Cannes, cette fois-ci, en tant que réalisateur, le co-scénariste d’Anatomie d’une chute — Palme d’or pour Justine Triet en 2023, oscarisé en 2024 — propose cette année L’inconnue.
Mais force est de constater que l’exercice est décevant. En proposant un film sur l’échange d’âme à la suite d’un rapport sexuel, Arthur Harari déploie une œuvre habitée, mais nébuleuse. Un long-métrage malaisant, parfois poisseux, qui interroge profondément la notion d’identité, mais se perd dans une démonstration sans ancrage.
Âmes égarées
Porté par Léa Seydoux et Niels Schneider — tous les deux très convaincants dans le rôle d’âmes en peine errantes dans Paris — le film questionne le genre, l’identité, l’orientation sexuelle ou encore la condition féminine et maternelle grâce à un dispositif intriguant mais peine à convaincre par l’écriture de ses personnages, à peine subtile. En effet, malgré une solitude marquante, difficile de s’attacher à Eva et David, deux protagonistes complètement vidés de leur substance.
On comprend qu’Arthur Harari tente d’imposer ce mal-être et il parvient à le faire grâce au seul pouvoir de l’ambiance, de la colorimétrie et de la photographie. Quelques scènes réussirent, en effet, à provoquer en nous une gêne incontrôlable, similaire à l’experience vécue par les personnages. Le réalisateur ne s’appuie pas sur le body-horror pour choquer ou déranger ; un choix de scénographie ingénieux.
Toutefois, ces gestes trop éparses dans le film ne réussissent pas à rattraper le misérabilisme qui hante Eva, David, et Malia, énième âme égarée, victime d’un mal inexplicable.
Il en ressort un film étrange, trop freaks, qui se frotte à l’inconfort sans véritable cohérence — en témoigne la non-linéarité de l’histoire qui nous perd parfois. Un long-métrage trop abrupte, trop long aussi, et mutique dont il ne ressort, par ailleurs, rien des dialogues. Dommage quand on connaît le génie de Harari ! Mais peut-être que le palmarès du samedi 23 mai nous fera mentir. Rendez-vous en fin de semaine avec le jury de Park Chan-wook pour le savoir.