Critique

[Festival de Cannes 2026] L’inconnue avec Léa Seydoux : plus Freaky que Friday

19 mai 2026

Par Lisa Muratore

Illustration
Léa Seydoux dans “L'inconnue” d'Arthur Harari. ©Pathé Films

Arthur Harari revient au Festival de Cannes avec L’inconnue, porté par Léa Seydoux et Niels Schneider. Un long-métrage étrange et dérangeant, qui manque terriblement d’âme. Critique.

Introduction

Dire que l’on attendait le nouveau film d’Arthur Harari est un euphémisme. De retour au Festival de Cannes, cette fois-ci en tant que réalisateur, le coscénariste d’Anatomie d’une chute – Palme d’or pour Justine Triet en 2023, oscarisé en 2024 – propose cette année L’inconnue.

Mais force est de constater que l’exercice est décevant. En proposant un film sur l’échange d’âmes après un rapport sexuel, Arthur Harari déploie une œuvre habitée, mais nébuleuse. Un long-métrage malaisant, parfois poisseux, qui interroge profondément la notion d’identité, mais se perd dans une démonstration sans ancrage.

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Âmes égarées

Porté par Léa Seydoux et Niels Schneider – tous les deux très convaincants dans le rôle d’âmes en peine errant dans Paris –, le film questionne le genre, l’identité, l’orientation sexuelle ou encore la condition féminine et maternelle grâce à un dispositif intrigant, mais peine à convaincre par l’écriture de ses personnages, à peine subtile. En effet, malgré une solitude marquante, difficile de s’attacher à Éva et David, deux protagonistes complètement vidés de leur substance.

On comprend qu’Arthur Harari tente d’imposer ce mal-être et il parvient à le faire grâce au seul pouvoir de l’ambiance, de la colorimétrie et de la photographie. Quelques scènes réussissent, en effet, à provoquer en nous une gêne incontrôlable, similaire à l’expérience vécue par les personnages. Le réalisateur ne s’appuie pas sur le body horror pour choquer ou déranger ; un choix de scénographie ingénieux.

Toutefois, ces gestes trop épars dans le film ne réussissent pas à rattraper le misérabilisme qui hante Éva, David, et Malia, énième âme égarée, victime d’un mal inexplicable.

Il en ressort un film étrange, trop freaks, qui se frotte à l’inconfort sans véritable cohérence – en témoigne la non-linéarité de l’histoire qui nous perd parfois. Un long-métrage trop abrupt, trop long, aussi, et mutique, dont il ne ressort, par ailleurs, rien des dialogues. Dommage quand on connaît le génie d’Harari ! Mais peut-être que le palmarès du samedi 23 mai nous fera mentir. Rendez-vous en fin de semaine avec le jury de Park Chan-wook pour le savoir.

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Journaliste