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[Cannes 2026] Mémoire de fille : Judith Godrèche réussit-elle son adaptation d’Annie Ernaux ?

18 mai 2026

Par Louise Lepense

Illustration
“Mémoire de fille” sortira le 30 septembre 2026 au cinéma. ©Windy Production/Moana Films

Réalisée par Judith Godrèche, l’adaptation du livre d’Annie Ernaux divise déjà la critique cannoise. Le long-métrage semble convaincre par son sujet et son interprétation, tout en suscitant des réserves sur son passage à l’écran.

Introduction

À Cannes, Mémoire de fille arrive lesté d’une double attente : celle qui accompagne toute adaptation d’Annie Ernaux, prix Nobel de littérature en 2022, et celle qui entoure désormais Judith Godrèche, devenue l’une des voix les plus audibles de #MeToo dans le cinéma français. Présenté en sélection officielle, dans la section Un certain regard, le film sortira en salle le 30 septembre prochain.

Pourquoi ce texte d’Annie Ernaux ?

Publié en 2016, Mémoire de fille revient sur l’été 1958, lorsque la jeune Annie Duchesne, 17 ans, quitte le foyer familial pour devenir monitrice dans une colonie de vacances. Elle y vit sa première expérience sexuelle avec H., moniteur en chef, dans une confusion où le désir, la honte, la violence et le besoin d’être aimée se mêlent.

Maïwène Barthélemy et Tess Barthélemy dans Mémoire de fille.©Windy Production/Moana Films

Chez Annie Ernaux, l’enjeu n’est pas seulement de raconter cet épisode, mais d’observer la distance entre cette jeune fille et la femme qui écrit, 60 ans plus tard. Pour Judith Godrèche, après Icon of French Cinema et Moi aussi, ce récit prolonge un travail personnel sur l’emprise, le silence et la reconquête d’une parole.

Que saluent les premières critiques ?

Les premiers avis sont partagés, mais restent positifs dans l’ensemble. Plusieurs critiques saluent le sujet, l’interprétation de Tess Barthélemy, fille de Judith Godrèche, et la sincérité du film. D’autres se montrent plus réservés sur l’adaptation du livre d’Annie Ernaux.

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Du côté des avis les plus favorables, on retrouve Télérama, qui évoque une « adaptation à l’os » et estime que « la très délicate entreprise de représentation de la douloureuse introspection menée par Annie Ernaux, cinquante-huit ans après cet été qui marqua son esprit et son corps au fer rouge, est dignement conduite par Godrèche ». Le même article salue la manière dont le film montre « avec une grande justesse » le mépris de classe et ce que l’on nommerait aujourd’hui le slut shaming.

Tess Barthélemy et Valérie Dréville dans Mémoire de fille.©Windy Production/Moana Films

Cineuropa insiste, lui, sur la puissance du personnage : « Barthélemy incarne avec conviction cette résistance parfois brutale, cette opiniâtreté qui permet de surmonter les choses. » Le média salue aussi la manière dont Judith Godrèche parvient à filmer « ce que son personnage ne verbalise pas », notamment la dissociation face à son agression.

L’adaptation tient-elle la distance avec le livre ?

La question de l’adaptation divise plus largement. Certains critiques estiment que Godrèche parvient à restituer des motifs essentiels du livre : le film réussit ainsi « à rendre compte de l’obsession de l’écrivaine pour la question de la hiérarchie des classes sociales et de la difficulté à s’extraire du milieu d’où l’on vient », estime À Voir à Lire.

Tess Barthélemy dans Mémoire de fille.©Windy Production/Moana Films

D’autres se montrent plus réservés sur la transposition. Le Monde rappelle ainsi que le livre repose sur « ce gouffre entre l’effarante réalité de ce qui arrive, au moment où ça arrive, et l’étrange irréalité que revêt ce qui est arrivé ». Or, selon le quotidien, « le film ne travaille pas vraiment ce recul », préférant coller « le spectateur aux aventures (trop longues) de la jeune fille ».

Quelles sont les principales réserves ?

Du côté de la mise en scène, Télérama évoque également des « maladresses », reprochant au film de répéter « jusqu’à l’overdose les plans et gros plans » sur le visage de Tess Barthélemy.

De son côté, Libération décrit un film « ambitieux », mais aussi un « mélange des genres confus entre film d’époque et tract politique ». Le journal regrette le « didactisme pesant de certaines scènes » et juge que le film « ne se dérobe pas suffisamment sous nos pieds, ni sous nos yeux ». Le Monde, de son côté, déplore « un souffle » manquant dans les scènes de groupe et une « reconstitution historique » jugée « bien étriquée ».

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