Il aura fallu attendre 31 ans. « Si tu tends l’oreille » de Yoshifumi Kondō a débarqué au cinéma ce 4 novembre 2026, , en version restaurée 4K, précédé du court-métrage musical « On Your Mark » de Hayao Miyazaki, comme lors de sa sortie japonaise en 1995. Un Ghibli inédit en salles ? Voilà qui vaut bien un petit rattrapage.
Introduction
Sorti au Japon en 1995 sous le titre Mimi wo sumaseba, Si tu tends l’oreille est l’unique long-métrage réalisé par Yoshifumi Kondō. Le scénario est signé Hayao Miyazaki, qui adapte le manga d’Aoi Hiragi. On y suit Shizuku, 14 ans, collégienne accro aux livres et à la musique. Un jour, elle remarque qu’un certain Seiji emprunte exactement les mêmes ouvrages qu’elle à la bibliothèque. Intriguée, elle part à sa recherche et tombe sur un apprenti luthier qui rêve d’une grande carrière.
Sortir de l’ombre, l’hommage géant à un génie oublié
Quand on pense à Ghibli, on pense Miyazaki et Takahata et c’est logique : ce sont les deux fondateurs qui ont signé 15 des 24 films animés du studio japonais. Yoshifumi Kondō, lui, est resté dans leur ombre. Animateur de génie et concepteur de personnages sur Le Tombeau des lucioles, Kiki la petite sorcière ou Souvenirs goutte à goutte, il n’a réalisé qu’un seul long-métrage : celui-ci.
Il est mort en janvier 1998, à 47 ans, d’une rupture d’anévrisme. Miyazaki voyait en lui son successeur et sa disparition l’aurait même poussé à une première retraite. Quand je vous dis que ce film est précieux, ce n’est pas une formule.

Résultat, Si tu tends l’oreille est longtemps resté rangé dans les « œuvres secondaires » du studio d’animation mythique, celles qu’on regarde par curiosité un dimanche pluvieux. Les critiques ne s’en cachent pas, certains le trouvent même dispensable. À tort. La restauration 4K lui rend justice et cette sortie en salle en 2026 est l’occasion de remettre le nom de Kondō à sa place, tout près de ses deux maîtres.
Le vertige de l’adolescence sans filtre
Le film s’ouvre sur le tube country Take Me Home, Country Roads de Olivia Newton-John et sur une grande ville où des gens rentrent du boulot. Pas de forêt peuplée d’esprits, pas de château dans le ciel, pas de sorcière à balai ou de princesse. Pour un Ghibli, c’est presque déroutant.
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Ici, l’héroïne est une collégienne comme il y en a des milliers. Shizuku stresse pour ses examens, laisse traîner ses affaires, n’écoute pas les consignes, se chamaille avec sa grande sœur et papote de garçons avec ses copines. Autant dire que pour une héroïne du studio, c’est presque une révolution. Et c’est justement ce qui fonctionne. La jeune fille un peu paumée, la sœur agaçante, les parents inquiets pour son avenir… Tout sonne juste, avec des décors ciselés dans le moindre détail et familiers.
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Le début du film prend son temps, au risque de dérouter. Shizuku fait des allers-retours entre l’école et la bibliothèque, traque ce fameux Seiji qui emprunte les mêmes livres qu’elle, joue les entremetteuses pour sa copine et lutte pour ne pas craquer pour le garçon avec qui elle se chamaille sans arrêt. C’est de la vie quotidienne pure, sans effet.
Heureusement, le film s’amuse à glisser des clins d’œil pour les fans : une horloge qui évoque Porco Rosso, une figurine de chat aristocratique qui ressemble drôlement à un personnage du Royaume des chats et même un voyage fantastique qui rappelle l’univers du Château Ambulant. Et on retrouve un gros chat gris, sans famille ni vrai prénom, qui s’appelle Moon ou Moota selon la maison où il atterrit. Impossible de ne pas l’adorer.
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Le manifeste vibrant pour tous les créateurs qui doutent
C’est à partir de là que le film change de rythme. Seiji sait exactement où il va : il sera luthier, point. Shizuku, elle, n’a aucune idée de ce qu’elle veut faire de sa vie. Mais la détermination de Seiji agit comme un déclic. Elle décide d’écrire et choisit pour héros la figurine du baron, ce chat jaune-orange à haut-de-forme beige croisé chez le vieux marchand d’antiquités.
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Et là, plus aucune magie facile. Écrire, c’est douter, s’épuiser, rater. Shizuku n’arrive pas à jongler entre ses cours et son livre, se met une pression énorme pour égaler Seiji, qui a déjà fabriqué ses premiers violons et finit par comprendre que se comparer ne l’aidera pas. Elle doit écrire sa propre histoire, à son rythme.
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La trajectoire de cette héroïne aura peut-être un goût d’inachevé, laissant une large place à l’imagination. Mais c’est peut-être le but. Le film nous donne envie de croire que la créativité et l’art donnent du sens au réel, sans promettre que tout se termine bien. Ici, il est avant tout question des questionnements d’une adolescente.
Loin du merveilleux ou des créatures fantastiques habituelles du studio, le film brille par sa simplicité : une chronique adolescente lumineuse et réaliste sur les premiers émois amoureux et la recherche de sa vocation artistique. Si vous cherchez du spectaculaire, passez votre chemin. Si vous avez envie d’un film doux, sincère et un peu mélancolique, qui donne envie de se (re)mettre à créer, foncez et tendez l’oreille, vous risquez d’entendre quelque chose…
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