Visage hypnotique de la Nouvelle Vague, actrice engagée et figure incontournable du cinéma européen, Marina Vlady s’est éteinte en laissant derrière elle plus de six décennies de création. Du prix d’interprétation à Cannes sous la direction de Marco Ferreri à son statut d’égérie godardienne, retour en cinq films clés sur le parcours d’une comédienne à la liberté incandescente.
Introduction
Le monde du 7e art pleure la disparition de Marina Vlady. Née Marina De Poliakoff-Baïdaroff, cette enfant du spectacle aura traversé le cinéma européen avec une liberté incandescente et un talent hors norme.
Écrivaine engagée, chanteuse, mais avant tout comédienne d’exception capable de naviguer entre le cinéma d’auteur le plus exigeant et les comédies populaires, elle laisse derrière elle une filmographie riche de plus de 80 films. Retour sur 5 rôles majeurs qui ont façonné sa légende.
La sorcière (1956) : Le souffle du mythe
À seulement 17 ans, Marina Vlady crève l’écran sous la direction d’André Michel. Dans cette adaptation d’une nouvelle d’Alexandre Kouprine, elle incarna Aïno, une jeune femme sauvage et insaisissable vivant au cœur de la forêt suédoise. Chevelure au vent et magnétisme brut, elle offre une interprétation mystique qui séduit le public international et impose immédiatement son visage parmi les grands espoirs du cinéma des années 1950.
La princesse de Clèves (1961) : L’incarnation de la tragédie classique
Devant la caméra de Jean Delannoy et sur un dialogue ciselé par Jean Cocteau, Marina Vlady prête ses traits à la célèbre héroïne de Madame de La Fayette. Prise dans les tourments du devoir et de la passion amoureuse face à Jean Marais, elle apporte à cette grande fresque historique une retenue bouleversante et une élégance aristocratique gravée dans les mémoires.
Le film lui permettra de dévoiler un jeu plus complexe. Celle qui a commencé le cinéma à l’âge de 10 ans n’est plus qu’un simple espoir, elle est désormais l’une de ses actrices majeures.
Le lit conjugal (963) : Le sacre cannois
C’est sous la direction de l’Italien Marco Ferreri que Marina Vlady livre l’une des prestations les plus marquantes de sa carrière. En épouse étouffante et dévorante face à Ugo Tognazzi dans cette satire grinçante sur la bourgeoisie et la religion, l’actrice fait preuve d’une audace folle.
Un rôle audacieux et incisif qui lui vaudra le très mérité Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes. Grâce à ce film, Marina Vlady deviendra l’une des égéries du cinéma italien et européen. Sa carrière sera marquée par des collaborations fortes : de Jean-Luc Godard à Orson Welles en passant par Bertrand Tavernier, Chris Marker ou encore Ettore Scola, elle tournera avec les plus grands.
Deux ou trois choses que je sais d’elle (1967) : L’expérience de la Nouvelle Vague
Jean-Luc Godard en fait son égérie dans ce film poétique, sociologique et fragmenté sur la région parisienne des sixties. Dans le rôle de Juliette Jeanson, femme au foyer de la classe moyenne s’adonnant à la prostitution occasionnelle, Marina Vlady brise le quatrième mur en chuchotant face caméra. Elle incarne à la perfection le regard godardien sur la société de consommation et la modernité.
Que la fête commence… (1975) : La maîtrise chez Tavernier
Dans ce chef-d’œuvre historique de Bertrand Tavernier sur la Régence, Marina Vlady interprète Marie-Madeleine de La Vieuville, comtesse de Parabère et maîtresse du Régent. Entourée de Philippe Noiret, de Jean Rochefort et de Jean-Pierre Marielle, elle apporte toute sa maturité, sa ferveur et son sens du tempo dramatique à une fresque politique aussi subversive qu’éblouissante.
Outre le cinéma d’auteur, Marina Vlady s’illustre dans des comédies populaires dans les années 1970. Trois ans avant Que la fête commence, l’actrice jouait dans Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil de Jean Yanne.
Actrice libre, libre penseuse et figure indissociable de la mémoire cinématographique franco-russe, Marina Vlady laisse une empreinte indélébile. Ces cinq œuvres constituent l’entrée idéale pour explorer la richesse de son héritage sur grand écran, avant de la poursuivre en chanson ou bien du côté de la littérature.
Également chanteuse et écrivaine, l’artiste décédée à l’âge de 88 ans a, en effet, composé deux albums avec ses sœurs sous le nom de scène Les soeurs Poliakoff et publié une dizaine de livres dont Vladimir ou le vol arrêté en 1987 sur son mariage avec le poète russe Vladimir Vissotsky ou encore ses mémoires en 2005 intitulées, 24 images/secondes.
Outre son esprit artistique, Marina Vlady était également une femme engagée, signataire du Manifeste des 343 sur l’avortement. Sa famille et ses proches ont tenu à lui rendre un dernier hommage, ce jeudi 24 septembre en saluant notamment auprès du Parisien « une longue et belle vie bien remplie ».