À la Mostra de Venise, DJI a réuni des cinéastes de renom et de jeunes réalisateurs autour d’une question : que devient le cinéma quand la caméra disparaît dans la main ?
Introduction
« Si tu veux faire des films, t’as juste besoin d’un truc qui filme. » Neuf ans après, le conseil tranchant d’Orelsan dans sa chanson Notes pour trop tard résonne encore chez tous les créateurs étouffés par la technique. Ceux qui accumulent les idées de plans et de récits, mais qui reculent devant le gigantisme des rigs, le poids des optiques et la lourdeur des budgets.
Alors quand DJI (leader mondial des drones civils et de la technologie de caméras créatives) lance sa première Osmo Pocket en 2018 – une caméra de poche (ou mini caméra vlog) à nacelle stabilisée qui promet des vidéos de qualité –, c’est une petite révolution dans le milieu du vloging et des chasseurs de micro-trottoirs. Mais au fil des modèles et des années, l’outil a changé de statut : il ne sert plus seulement à documenter le réel à la volée, il permet d’imaginer une nouvelle grammaire visuelle.
La « Filmmakers & Visionaries Session » à la Mostra de Venise
Pour démontrer les capacités de son Osmo Pocket 4P (sortie en juillet 2026 et qui associe un grand-angle de 20 mm à un téléobjectif moyen de 60 mm), la marque avait déjà mené un premier test créatif grandeur nature dans la foulée du Festival de Cannes en confiant l’appareil à deux personnalités de renom. D’un côté, l’actrice française Isabelle Huppert a signé FAMILIARITÉ, « une méditation sur la mémoire et la littérature ». De l’autre, le directeur de la photographie japonais Mikiya Takimoto a réalisé Looking for Her, un road movie contemplatif dans une ancienne cité minière.
DJI a acté cette mutation en organisant la « Filmmakers & Visionaries Session » lors du Venice Production Bridge de la 83e Mostra de Venise. Réunissant jeunes réalisateurs et chefs opérateurs chevronnés, ce forum professionnel s’est penché sur une question centrale : « lorsque l’outil de capture s’efface dans la paume de la main, comment le langage cinématographique évolue-t-il ? ».
Quatre courts-métrages tournés à la Pocket 4P ont ainsi été présentés : ceux des Italiens Gabriele Mencaroni et Alessandro Tempestini, de la réalisatrice franco-chinoise Liu Yadi, et du cinéaste chinois Zhou Chengzhou. Entre film expérimental et virée en moto, caméra embarquée, ces films ont révélé la maniabilité de l’appareil sur le terrain.
Une nouvelle façon de raconter les histoires
Interrogés sur les coulisses de leurs réalisations, les cinéastes ont expliqué comment le format pocket avait modifié leur rapport à la création. « Les acteurs ne voient même plus la caméra. Ça rend l’atmosphère et la vibe totalement uniques sur le plateau », explique Gabriele Mencaroni. Un constat partagé par Liu Yadi, pour qui l’outil « ouvre des possibilités infinies », tandis que Zhou Chengzhou insiste sur sa capacité à « s’insérer avec flexibilité dans des espaces restreints ».
À l’issue de cette projection, la table ronde réunissant Valentin Vignet (directeur de la photographie français connu pour son travail sur Faces Places et le court métrage Nefta Football Club, nommé aux Oscars ), Cristiano Di Nicola (directeur de la photographie italien multi‑récompensé, présent à Venise avec L’Estranea en compétition officielle ) et Michele D’Attanasio (double lauréat du David di Donatello, connu pour des films comme Veloce come il vento, Freaks Out et L’ombra di Caravaggio) a permis de théoriser cette mutation. Pour eux, la disparition du dispositif lourd réorganise la relation entre le metteur en scène et ses comédiens.
« Cette caméra démocratise le cinéma, et c’est essentiel, résume Michele D’Attanasio. Quand j’avais l’âge de ces jeunes réalisateurs, faire un film relevait de l’impossible sans de grosses équipes, des budgets colossaux et des caméras énormes. Aujourd’hui, l’appareil devient invisible et on gagne du temps pour le storytelling. On se libère de la technique pour se concentrer sur ce qu’on veut montrer. » Un enthousiasme partagé par Cristiano Di Nicola, qui confie : « Ce matin à six heures, la lumière était magnifique et je voulais tester l’appareil. J’étais comme un enfant, je faisais plein de plans. Cette caméra vous libère. On se concentre sur la façon de raconter l’histoire plutôt que sur l’installation du matériel. »
Ceci est une révolution
Cette révolution matérielle rencontre un séisme industriel plus vaste : le basculement des créateurs issus du web vers le grand écran. Longtemps tenus à distance par les studios traditionnels, les vidéastes imposent une fraîcheur narrative et une efficacité économique qui bousculent Hollywood.
Le succès d’Obsession, réalisé par Curry Barker (26 ans), en est l’exemple le plus frappant. Produit pour 750 000 dollars, le film a engrangé plus de 400 millions de dollars au box-office mondial deux mois après sa sortie. Dans un registre similaire, Kane Parsons a adapté le concept viral des Backrooms au cinéma sous la bannière d’A24, générant près de 400 millions de dollars pour un budget 40 fois inférieur.
En mettant des outils de qualité professionnelle entre les mains d’une génération affranchie des dogmes techniques, les caméras de poche accompagnent une mutation irréversible : celle d’un cinéma où l’audace narrative l’emporte définitivement sur la lourdeur des moyens.
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Le DJI Osmo Pocket 4P Standard Combo est une caméra stabilisée sur nacelle 3 axes qui réunit deux focales complémentaires afin de s’adapter à de nombreux styles de prise de vue.
Son capteur CMOS 1 pouce associé à un objectif grand-angle équivalent à 20 mm permet de capturer des paysages, des scènes urbaines ou des séquences immersives avec une plage dynamique allant jusqu’à 17 stops et le profil colorimétrique D-Log 2.
Le second objectif, équivalent à 60 mm avec une ouverture f/1,8, facilite la réalisation de portraits naturels grâce à son zoom optique 3× et son zoom jusqu’à 12× selon les modes compatibles.
Elle enregistre des vidéos jusqu’en 4K à 240 images par seconde sur le module grand-angle, et propose un ralenti Ultra HD, des photos de 37 MP, ainsi que la fonction Live Photo en 4K.
Sa stabilisation mécanique 3 axes limite les mouvements parasites tandis que ActiveTrack 8.0 assure le suivi automatique d’un sujet, y compris à différentes focales compatibles, pour conserver un cadrage fluide lors des déplacements.