Critique

Le diable s’habille en Prada 2 : Meryl Streep et Anne Hathaway sont-elles toujours aussi en vogue ? 

29 avril 2026

Par Malo Morcel

Illustration
Meryl Streep et Anna Hathaway dans “Le diable s'habille en Prada 2”. ©20th Century Studios

Miranda Priestly et Andy Sachs sont de retour pour le deuxième chapitre du Diable s’habille en Prada. Vingt ans après le premier volet, les deux femmes de Runway sont-elles toujours aussi iconiques dans ce nouveau film ? Critique.

Introduction

Les personnages de Miranda Priestly et Andy Sachs ont marqué les années 2000 par leur dualité, mais aussi grâce à une introspection fouillée du milieu de la mode et du magazine fictif Runway. Tiré du roman de Lauren Weisberger, paru en 2003 et adapté au cinéma trois ans plus tard, Le diable s’habille en Prada mettait en scène Meryl Streep dans le rôle iconique d’une rédactrice en chef, inspirée d’Anna Wintour, et Anne Hathaway dans celui d’Andy Sachs. La jeune stagiaire maladroite, aux antipodes de la fashionista, devenait assistante de la redoutable Miranda, aux côtés d’Emily. 

Alors qu’on les laissait, à la fin du premier film, poursuivre chacune leur carrière de leur côté, une suite a été annoncée 18 ans plus tard… Bon nombre des fans du film culte ont été légèrement abasourdis par la mise en chantier de ce deuxième long-métrage, mais le résultat est-il à la hauteur de leurs attentes ?

Le diable s’habille en Prada 2. ©20th Century Studios

Un film ancré dans son temps 

Le cinéaste David Frankel est de retour aux commandes du Diable s’habille en Prada 2, confirmant une suite qui s’inscrit pleinement sur les rails du premier opus. « Le film de 2006 a connu un tel succès qu’il fallait veiller à être à la hauteur de ce qui avait été fait auparavant. Il était essentiel de rester fidèle au ton du film, ainsi qu’à l’authenticité des personnages », explique le comédien Stanley Tucci lors d’une conférence de presse où L’Éclaireur a pu être présent. 

Dans ce nouvel opus, Miranda et Andy doivent une nouvelle fois collaborer, cette dernière ayant été tout simplement évincée de son journal pour des raisons économiques. Rapidement, ses talons claquent de nouveau dans les locaux de Runway. Mais au lieu de n’être qu’une simple assistante bonne à répondre à toutes les exigences de Miranda, Andy est désormais responsable éditoriale du service des reportages du magazine alors que, de son côté, son ancienne patronne doit faire face à une tempête médiatique.

Emily Blunt dans Le diable s’habille en Prada 2.©20th Century Studios

À l’heure où l’intelligence artificielle régit de plus en plus les corps de métier et où les rédactions papier, exsangues, font face à des restrictions budgétaires conséquentes et à une masse salariale réduite à peau de chagrin, la suite du film Le diable s’habille en Prada parvient, avec une certaine maîtrise, à faire de ce volet une version extrêmement contemporaine, qui établit un pont solide entre les années 2000 et 2020, avec des choix de mise en scène entrant en résonance claire avec son époque. « Ce sequel, réalisé 20 ans plus tard, offre un miroir pertinent de l’évolution actuelle du journalisme, des médias et de la mode (…) marquée notamment par des coupes budgétaires drastiques », confie Simone Ashley – révélée dans La chronique des Bridgerton – lors d’une table ronde.

Des plans serrés et un rythme soutenu, marqueurs forts des grosses productions hollywoodiennes de ces dernières années, dominent ce deuxième chapitre qui connaît tout de même un ventre mou en son centre et une résolution finale qui aurait gagné à être solidifiée afin de lui donner davantage de consistance. 

Un ADN pop et féministe

Le rapport de force, qui n’est plus tout à fait le même entre les deux femmes, permet de retrouver les ingrédients qui ont fait le sel du premier volet, avec une Meryl Streep toujours aussi décapante dans ses répliques, mais qui, on l’admet (et on en est légèrement peiné), aurait pu l’être davantage au regard du personnage iconique qu’elle est devenue dans la pop culture.

Vingt ans plus tard, Le diable s’habille en Prada 2 tient tout de même sur ses appuis et dresse un portrait de femmes où l’empowerment féminin, arrivé à l’ère post #MeToo, ne cesse de progresser dans la société. Le personnage d’Andy, notamment, est bien mieux développé que dans le premier volet. « En 2006, alors qu’elle savait où elle souhaitait aller, Andy donnait l’impression d’être complètement perdue dans ce milieu. (…) Elle a atteint son objectif, et c’est intéressant de voir qu’elle se trouve à un moment clé de sa vie, où elle peut se demander : est-ce que je veux aller encore plus loin ? », explique Anne Hathaway lors de la conférence de presse du film. 

Le diable s’habille en Prada 2. ©20th Century Studios

Les personnages principaux sont toujours tirés à quatre épingles, impeccablement soignés (peut-être un tantinet trop) et toujours aussi attachants, du sympathique Nigel (Stanley Tucci) à la revancharde Emily (Emily Blunt). Les figures secondaires, en revanche, qui débarquent dans l’univers new-yorkais de la mode confectionné par David Frankel, manquent parfois cruellement de consistance pour avoir un réel impact sur le récit et laisser une empreinte suffisamment durable.

La mise en scène du réalisateur de Jerry and Marge Go Large (2022), parfois un peu froide et didactique, comme une couverture de magazine en papier glacé, conserve malgré tout une vraie énergie dynamique et permet aux fans invétérés de s’amuser à dénombrer la multiplication des jeux de miroirs et des clins d’œil au premier film. 

Tout comme dans le film précédant, les femmes et la pop continuent d’irriguer l’ADN du Diable s’habille en Prada 2. Il assoit d’ailleurs sa position d’objet moderne grâce à la présence de deux icônes : Lady Gaga, qui livre une performance que ses fans ne sont pas près d’oublier, et la grande prêtresse de la mode italienne, Donatella Versace, dont l’apparition en caméo de seulement quelques secondes marque tout de même les esprits. Les femmes s’imposent donc comme le cœur battant de ce sequel.

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De plus, si la bande originale faisait partie des atouts majeurs du premier volet, celle du deuxième film n’est pas en reste. Olivia Dean, la Mother Monster ou encore Dua Lipa livrent des titres qui accompagnent les scènes du film avec une énergie débordante et une grande vitalité.

Un scénario qui passe de la mode aux confins du journalisme 

La mode, toujours pièce maîtresse de ce nouveau long-métrage, s’exprime par l’intermédiaire des annonceurs, mais aussi par la ribambelle de costumes choisis avec soin et précision par Molly Rogers, qui ancrent une nouvelle fois le film dans son époque. « C’est extrêmement stimulant et créatif de voir des costumes pensés pour inclure tous les types de corps et tous les genres », appuie Emily Blunt. Cependant, dans ce deuxième chapitre, le cinéaste de 67 ans ne se contente plus simplement d’explorer les coulisses de ce milieu : il cherche notamment à analyser les mécanismes internes du journalisme 2.0 par le biais d’un scénario qui se révèle en dents de scie. 

La bande-annonce du film Le diable s’habille en Prada 2.

Alors que le film prête souvent à sourire avec son ton de comédie légère, le réalisateur recrée, avec la présence des actrices Anne Hathaway et Meryl Streep, un patchwork de situations cocasses qui insuffle un sentiment de déjà-vu. Ces moments parfois cousus de fil blanc et un script qui ne cherche jamais le risque (mais plutôt le ronronnement) dépeignent malgré tout des instants relevant de l’ordre du pur divertissement. Le diable s’habille en Prada 2 n’a donc pas vocation à révolutionner la franchise, mais il en reprend les codes en les adaptant à la société actuelle, pour offrir un long-métrage doudou qui parlera autant aux amateurs de mode qu’aux fans du premier opus…

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