Dans le sillage du succès de L’été où je suis devenue jolie, achevée l’an passé, Amazon lance ce mercredi 10 juin Au fil des années, une nouvelle romance aux délicieuses vibes estivales. Les amours contrariées de Percy et Sam peuvent-elles remplir le vide laissé par Belly, Jeremiah et Conrad ?
Introduction
Que serait l’été sans eau turquoise, cocktails sucrés et binge-watching de série romantiques ? Reine des adaptations de romances young adult, Prime Video nous propose pour son cru 2026 celle d’Every Summer After, best-seller canadien signé Carley Fortune publié en 2022. Composée de huit épisodes, la première saison d’Au fil des années (Every Year After), créée par Amy B. Harris (productrice sur Sex & the City, showrunneuse de The Wilds) et Leila Gerstein (scénariste sur Gossip Girl, créatrice de Hart of Dixie), est attendue dans son entièreté ce 10 juin.
Chaque été depuis leurs 11 ans, Percy et Sam se retrouvent à Barry’s Bay, une petite ville en Ontario, au Canada, située sur les rives du superbe lac Kamaniskeg. Au fil des années (d’où le titre français de la série), leur amitié profonde se mue en relation amoureuse intense. Jusqu’au jour où un choix déchirant sépare les deux amoureux pendant une décennie. Un drame va obliger Percy, désormais adulte, à revenir à Barry’s Bay où elle devra se confronter à Sam et à ses erreurs du passé.
L’été où Percy est devenue jolie
Dès son trailer, Au fil des années évoque immanquablement le plus gros carton d’Amazon de ses dernières années au « rayon romance adolescente qui sent bon le sable chaud », j’ai nommé : L’été où je suis devenue jolie. Les deux séries cumulent en effet les points communs. Adaptées de best-sellers auprès de la jeune génération, elles suivent le passage à l’âge adulte d’une héroïne – Belly (Lola Tung) d’un côté, Percy (Sadie Soverall) de l’autre – au milieu de deux frères aux caractères opposés (Conrad et Jeremiah n’ont qu’à bien se tenir face à Sam et Charlie !) et dont l’un est supposé être son grand amour.

Les deux récits se concentrent sur cette période bénie des grandes vacances durant l’enfance et l’adolescence. Envoyés dans une autre ville, parfois chez les grands-parents, parfois en colonie de vacances, nous vivions une sorte d’existence parallèle, dénuée des contingences du quotidien. La version série est encore plus paradisiaque : depuis leur enfance, Percy et Belly retournent au même endroit chaque été (Cousin’s Beach pour l’une, Barry’s Bay pour l’autre) où les attendent deux frères BG pour vivre de folles aventures.
On retrouve dans Au fil des années des thèmes et arcs narratifs très proches de ceux de L’été où je suis devenue jolie : ce glissement de l’enfance vers l’adolescence, les ambiguïtés des amitiés à cet âge, l’idéalisation du premier amour et sa désillusion, ou encore la dynamique entre les frères. Pour accompagner ce nouveau triangle amoureux, on retrouve des archétypes revisités, comme la mean girl (Delilah, incarnée par Abigail Cowen), celui qui dit la vérité (Jordie, joué par Joseph Chiu) ou la BFF badass et compréhensive (Chantal, qui prend les traits d’Aurora Perrineau). Des personnages qui résonnent avec les proches de Belly : Taylor, Steven, Denise…

Dans L’été où je suis devenue jolie, la résidence secondaire de la famille Fisher, au cœur des saisons 1 et 2, cristallise toute la nostalgie d’une époque révolue dans la saison finale. Dans Au fil des années, la Taverne des Florek, tenue par Sue, la mère de Sam et Charlie, symbolise les années coups de cœur de Percy et va se retrouver au cœur d’une âpre bataille.
Impossible, aussi, de ne pas penser à Dawson, une série des années 1990 dans laquelle Joey Potter et son meilleur ami Dawson Leery s’enfermaient dans la chambre de ce dernier pour regarder des films. Sam et Percy créent leur lien unique de la même manière dans Au fil des années, en se lançant dans des marathons DVD de films d’horreur comme Halloween ou Vendredi 13.
Trouver son identité
Comment trouver sa singularité quand on est chargé de références aussi cultes ? D’abord, Au fil des années prend place au cœur du Canada et autour d’un superbe lac, qui représente la safe place de Percy, excellente nageuse et écrivaine en herbe qui y trouve l’inspiration. C’est le genre de lieu à la fois étrange et attirant (surtout pour des écrivain·es), chargé d’une atmosphère estivale différente de celle de la plage, plus populaire.

La série fait d’ailleurs référence à un vieux film d’horreur, L’étrange créature du lac noir (1954) (par ailleurs aussi présent dans Dawson où Joey, Pacey et Dawson tournent un remake maison dans le pilote), pour raconter les changements de Percy. Et puis, le Canada et ses grands espaces ont la cote en ce moment, comme l’a prouvé le succès planétaire de la romance gay Heated Rivalry.
La réalisation s’en donne à cœur joie pour sublimer les décors forestiers canadiens et surtout ce fameux lac, qui symbolise tant de choses pour Percy. Les scintillements du soleil sur l’eau sont là et la photographie se fait plus chaude et plus cotonneuse sur les flashbacks.
Une série plus mature
Au fil des années a aussi fait le choix d’une double temporalité. On suit d’un côté la sortie de l’enfance (avec des interprètes plus jeunes et presque plus attachants que les plus grands durant deux épisodes) et l’adolescence de Percy, et son histoire d’amour avec Sam (Matt Cornett) durant le début des années 2010 – et la bande son nostalgique qui va avec –, et de l’autre une Percy dans le temps présent, journaliste âgée de 28 ans, bien plus blasée par la vie que Belly n’a eu le temps de l’être.

Le fait d’avoir des personnages quasi-trentenaires permet d’aborder des sujets de façon plus mature, notamment le mariage – à travers les expériences de Delilah et Chantal –, le rapport au travail ou la santé mentale. C’est l’heure d’un premier bilan pour Percy, qui réalise qu’elle a laissé un peu vite tomber son rêve de devenir écrivaine.
La série se révèle ainsi plus adulte que ses prédécesseures, sans perdre sa vibe adolescente grâce à ses nombreux flashbacks. Il serait donc injuste de la comparer à L’été où je suis devenue jolie, dont nous avons suivi les personnages pendant trois saisons. Percy, Sam et Charlie (Michael Bradway) n’ont pas encore autant d’épisodes au compteur. On commence à peine à les apprivoiser.

Mais quelque chose dans l’écriture un peu grossière des personnages (en particulier Sam, pas le plus attachant ou charismatique dans sa version adulte, ce qui est gênant pour un rôle de héros romantique principal) et dans la redondance des tropes (le triangle blanc et hétérosexuel, la trahison amoureuse, le bon vieux thème de l’âme soeur…) ramène à l’inévitable comparaison, qui tourne à l’avantage de L’été où je suis devenue jolie, plus poétique et mieux incarnée.
Une chose est sûre, les deux séries visent le même public, féminin et prioritairement jeune, même si elles peuvent plaire à tous les âges. Et Amazon ambitionne de réitérer le miracle de L’été où je suis devenue jolie, devenue un phénomène de pop culture, notamment sur des réseaux sociaux comme TikTok où le hashtag a cumulé des milliards de vues. Au fil des années peut-elle connaître le même destin ? Seul l’été nous le dira.