Le chanteur canadien Abel Tesfaye a lancé, mercredi 8 juillet, une série de quatre concerts complets dans l’arène de Saint-Denis. Un show monumental d’une efficacité redoutable, qui marque la fin d’une ère pour l’interprète de Blinding Lights.
Introduction
Le thermomètre est monté d’un cran dès la première partie assurée par Playboi Carti, mais c’est à 20h45 pétantes que le Stade de France est entré dans une autre dimension. Trois ans après sa dernière visite dans l’Hexagone, The Weeknd a investi l’arène de Saint-Denis pour quatre soirées à guichets fermés, du mercredi 8 au dimanche 12 juillet 2026. Devant 75 000 spectateurs quotidiens, l’artiste canadien a déployé son After Hours Til Dawn Tour, une entreprise pharaonique lancée en 2022 qui vient officiellement de franchir le cap symbolique du milliard de dollars de recettes, s’imposant comme la tournée la plus lucrative de l’histoire pour un artiste solo masculin.
Un opéra rétrofuturiste en terrain dévasté
Pour porter ce triomphe, Abel Tesfaye (de son vrai nom) a conçu une scénographie immersive gigantesque. Une immense passerelle traverse la fosse de part en part pour relier la scène principale, surmontée d’un écran géant, à une seconde plateforme plus modeste au milieu de la foule. Au sol se dresse un décor postapocalyptique représentant une métropole en ruine où émergent les silhouettes de l’Empire State Building et de la CN Tower de Toronto, ville natale du chanteur.

Au centre du dispositif, une sculpture dorée de 12 mètres de haut pivote lentement, dardant ses yeux laser au-dessus de la foule. Conçue par l’illustrateur japonais Hajime Sorayama, cette gynoïde tout droit sortie du Metropolis de Fritz Lang sert de pivot visuel à un show baigné de faisceaux bleus et rouges rappelant l’esthétique de la série Euphoria.
Le spectacle commence dans une atmosphère mystique. Masqué, The Weeknd entame son show sur le titre Baptized in Fear, entouré d’une procession de danseurs et danseuses vêtues de longues tuniques écarlates et de masques d’or, dont l’allure évoque autant The Handmaid’s Tale que les scènes rituelles d’Eyes Wide Shut.

Accompagné en retrait par un trio classique (guitare, batterie, claviers), l’artiste tombe le masque après quelques morceaux sous les cris d’un public déjà conquis. La maîtrise vocale impressionne, imperturbable au milieu d’effets pyrotechniques continus et de jeux de lumière synchronisés avec les bracelets lumineux distribués aux spectateurs qui ne font qu’accentuer cet effet de communion.
Quarante tubes et une proximité inattendue
Durant plus de deux heures, le Canadien déroule un répertoire dense de près de 40 morceaux, dont Starboy, The Hills, Can’t Feel My Face ou Wicked Games. Le concert trouve ses points d’orgue lors des passages de Call out my Name, One of the Girls, Die for You, l’incontournable Blinding Lights (qui demeure le titre le plus écouté de l’histoire du streaming avec plus de 5 milliards de lectures sur Spotify) ou encore Timeless, qu’il interprète sur scène en duo avec Playboi Carti.

Loin de l’image distante que son univers sombre et dystopique pourrait suggérer, Abel Tesfaye affiche une complicité évidente avec son public. On s’attendait à un homme froid, on rencontre un artiste souriant, qui arpente sans relâche les dizaines de mètres de scène, sollicite régulièrement les tribunes, descend dans la foule pour chanter main dans la main avec une spectatrice et s’essaie à plusieurs reprises au français : « On va chanter tous ensemble maintenant », « On est une famille » ou encore « Moi aussi je t’aime ». Le concert s’achève dans une ambiance de fête XXL : on crie, on danse, on se lâche durant ce moment suspendu sur les notes de House of Balloons portées par un lâcher de ballons géants, avant un final sur Moth to a Flame rythmé par un immense feu d’artifice.
La fin de l’ère The Weeknd ?
Ce passage en France résonne aussi comme un adieu. Cette tournée mondiale constituerait, en effet, la dernière révérence d’Abel Tesfaye sous son pseudonyme historique. Avec son album Hurry Up Tomorrow, sorti en 2025, le musicien a bouclé la trilogie entamée avec After Hours (2020) et poursuivie sur Dawn FM (2022). L’artiste prévoit de continuer sa carrière sous sa véritable identité, laissant planer le doute sur l’avenir de son ancien répertoire sur scène.

Après ce quadruple marathon parisien, l’empire de l’After Hours Til Dawn Tour fera escale à l’Allianz Riviera de Nice les 21 et 22 juillet, avant de traverser l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne, pour finalement s’achever à Kuala Lumpur le 6 novembre prochain. Si la performance de Rosalía restera clairement notre claque visuelle et musicale de l’année, The Weeknd a néanmoins offert à Saint-Denis un spectacle total et un moment de communion marquant, dont le Stade de France (et notre rédaction) gardera longtemps le souvenir.