Quatre ans après l’inspiré Spell 31, les jumelles franco-cubaines d’Ibeyi reviennent au sommet avec Offering, un quatrième album à nouveau empreint de mysticisme et d’antiquité, mais profondément moderne.
Introduction
Beyoncé, Jorja Smith, Chilly Gonzales ou encore Orelsan… On ne compte plus les artistes prestigieux qu’ont pu séduire Naomi et Lisa-Kaindé Diaz, alias Ibeyi. Filles du regretté percussionniste Miguel Anga Díaz, figure majeure du groupe Buena Vista Social Club, elles ont également collaboré longuement avec le talentueux producteur Richard Russell et son label XL Recordings.
Mais, pour leur quatrième opus, elles ont choisi de s’en affranchir et de porter seules ce projet intitulé Offering, grâce à leur label Ibeyi Records. Comme son nom l’indique (Offrande en français), il prend plusieurs accents sacrés, provenant entre autres, et une nouvelle fois, de la mythologie égyptienne, comme en témoigne Aset, le premier single.
Des divinités en guise de guest stars
Déjà en 2021, dans leur titre Made of Gold, issu de l’album Spell 31 (2022), les musiciennes convoquaient les dieux du delta du Nil en empruntant un verset du Livre des morts des Anciens Égyptiens. Cette fois, elles invoquent la déesse Aset, plus connue sous le nom d’Isis, symbole de protection, de sagesse et d’amour éternel. Dans la mythologie égyptienne, Aset est celle qui s’empare du savoir des dieux afin de ramener son amant Osiris à la vie et de l’élever au rang divin. À travers ce morceau, Ibeyi incarne cette figure de manière saisissante et imagine ce qu’elle aurait pu exprimer après des années de dévotion et de sacrifices, interrogeant l’amour reçu en retour. Intense et magnétique, Aset symbolise à lui seul toute la dimension mystique et la force émotionnelle propres à Ibeyi.

Ces deux aspects sont présents tout au long de l’album, dès l’ouverture consacrée à un orisha : Olokun. Il s’agit d’une divinité androgyne vénérée dans la religion yoruba, associée à la mer profonde et à la prospérité. Très marqué par la patte Ibeyi, ce titre éponyme donne le ton et rappelle les origines hybrides du duo, Ibeyi signifiant « jumeaux » en yoruba, une culture qui leur est chère.
Symbole de mixité, le tandem conjugue à nouveau l’anglais, le français, l’espagnol et le yoruba sur des mélodies éthérées et envoûtantes. Si le piano y est récurrent (notamment sur le sublime et mélancolique Focus), les percussions, organiques ou synthétiques, en restent le fil conducteur, la colonne vertébrale : leur signature.
Une invitation au lâcher-prise
Certains titres, comme Moshpit, se démarquent par leur puissance et leur énergie contagieuses. Issu de la culture metal, mais également répandu dans le punk et le hardstyle, le moshpit est une danse chaotique et violente initiée spontanément par certains spectateurs au pied de la scène. Ils forment un cercle dans la foule pour mieux se précipiter vers le centre, sautant dans tous les sens et se heurtant les uns aux autres. Ibeyi en propose ici une version plus tribale et mystique, qui fonctionne « mentalement » tout aussi bien.
Assez éclectique, Offering s’affranchit parfois des percussions, comme sur I Know You Love Me, une douce ballade réconfortante, et se termine par un formidable élan positif avec Good Life – qui donne des frissons – et Lucky, deux titres reposant essentiellement sur des harmonies vocales transcendantes. Dans ce registre, les deux sœurs se montrent particulièrement généreuses : normal, l’album s’intitule Offering, comme l’un de ses titres phares. Son clip a été entièrement tourné à La Havane, dans des lieux qui leur sont chers, et réalisé avec des artistes, musiciens et membres de leur communauté locale.
Offering est à l’image de ces 12 nouveaux titres, aux textures pourtant sombres et saturées : une invitation à se libérer et, pour y parvenir, à danser – mais surtout à se découvrir. Ainsi, dans Baba, elles répètent : « One thing is for sure, I’m who I was looking for » (« Une chose est sûre, je suis celle que je cherchais »). Ibeyi s’est donc trouvé. Pour autant, Offering ne détonne pas dans sa discographie, il s’inscrit dans sa continuité tout en apparaissant plus authentique et solaire que ses précédents albums.