Critique

Avec Confessions II, Madonna confirme-t-elle son statut de reine de la pop ?

03 juillet 2026

Par Benoît Gaboriaud

Illustration
Madonna dévoile “Confessions II”, le 3 juillet 2026. ©Rafael Pavarotti

À 67 ans, la reine de la pop, Madonna, remet son titre en jeu avec Confessions II, son 15e album studio. Suite directe de Confessions on a Dance Floor, paru en 2005, ce nouvel opus marque ses retrouvailles avec le producteur Stuart Price, artisan du succès du premier volet. Verdict.

Introduction

Nous l’attendions religieusement. Confessions II arrive enfin dans les bacs et, comme prévu, il s’inscrit dans le prolongement direct de Confessions on a Dance Floor (2005), porté par les tubes Sorry et surtout Hung Up, construit autour d’un sample iconique du morceau Gimme! Gimme! Gimme! (A Man After Midnight) du groupe ABBA.

Une invitation au lâcher-prise

On ne change pas une équipe qui gagne. Pour l’occasion, Madonna retrouve le compositeur et producteur britannique Stuart Price, qu’elle avait eu le flair de solliciter en 2005 pour façonner Confessions on a Dance Floor. Depuis, il a collaboré avec de nombreux artistes, parmi lesquels Kylie Minogue, Dua Lipa, Scissor Sisters ou encore Take That. Il a également assuré la direction musicale de plusieurs tournées de Madonna, dont la plus récente, The Celebration Tour, en hommage à ses 40 ans de carrière. Présent lors de notre séance d’écoute, il nous a confié que « Madonna souhaitait que cet album soit le miroir fidèle de notre société, avec ses joies et ses traumatismes, afin de mieux les transcender ». Mission accomplie !

Love Sensation, de Madonna.

Comme son prédécesseur, Confessions II est l’album du lâcher-prise, à ne pas confondre avec le déni. Il rend hommage à l’esprit des grands clubs de Londres, d’Ibiza ou encore de Paris, mais aussi à ce qui nous pousse à les fréquenter : la soif de vivre, malgré tout. Le titre qui illustre le mieux cette démarche est sans doute Danceteria. Il emprunte son nom au mythique nightclub new-yorkais qui fit les beaux jours de la Grosse Pomme entre 1980 et 1986, et où Madonna se produisait à ses débuts. Les plus récalcitrant auront du mal à rester indifférents ou immobiles face à ce bel élan de groove electro, tant il a été brillamment pensé comme un hymne des dancefloors et déjà conçu comme un remix efficace.

Des réminiscences de Ray of Light (1998) et Erotica (1992)

Pour autant, Confessions II ne se limite pas à une simple suite de Confessions on a Dance Floor. On y retrouve aussi des réminiscences de Ray of Light (1998), notamment sur Fragile (morceau aux accents jungle et en lien avec son frère Christopher, décédé en 2024) ou Erotica (1992).

I Feel so Free, de Madonna.

L’atmosphère sexy et éthérée de ce dernier se retrouve notamment sur le titre d’ouverture I Feel so Free, dans lequel, d’une voix langoureuse, Madonna nous dit : « Merci d’être venus. Parfois, j’aime simplement me cacher dans l’ombre. Me créer un nouveau personnage. Une autre identité. Je peux être qui je veux. Me créer un nouveau personnage. Honnêtement, j’aimerais pouvoir être comme les autres. Ne me soucier de rien. Mais ici… sur le dancefloor, je me sens tellement libre. » Tout est dit.

Libre donc aussi de créer ! Madonna a beaucoup travaillé sur cet opus, à l’instinct, en improvisant et en se laissant porter par l’émotion du moment et par les maquettes de Stuart Price, notamment pour One Step Away. Cette spontanéité se ressent tout au long de l’album. Elle se manifeste toutefois par quelques discours dispensables qui cassent parfois le rythme.

Confessions II – The film de Madonna.

Heureusement, plusieurs collaborations prestigieuses viennent soutenir l’ensemble. Arca, Shygirl, Benedict Cumberbatch, Kate Moss ou encore sa fille, Lourdes Leon, apparaissent dans le long-métrage Confessions II – The Film, aux côtés du rappeur colombien Feid, dont les accents reggaeton accompagnent l’icône sur le dispensable Read my Lips. Sans oublier Sabrina Carpenter, invitée sur Bring Your Love, un titre qui fait figure pour l’aînée de véritable Portrait de Dorian Gray.

Stromae en invité de marque

Mais, après Prince, Justin Timberlake, Pharrell Williams, M.I.A., Nicki Minaj et Maluma, Madonna signe ici son featuring le plus inattendu : Stromae, dont, selon Stuart Price, elle est une grande admiratrice. Le Belge lui offre alors l’occasion de chanter en français sur My Sins are my Savior : « Je n’étais pas perdue, j’étais juste cassée. Ils ont essayé de me faire tomber. Je m’en fous. Mes péchés sont mon sauveur. » Un mélange de styles qui fonctionne à merveille.

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En 16 titres homogènes, empreints de nostalgie – à l’instar de Bizarre, qui évoque Sweet Dreams (Are Made of This) d’Eurythmics –, mais résolument ancrés dans leur époque, Madonna signe un comeback audacieux et provocateur, à son image. Certes, certaines voix commencent à s’élever pour juger son discours ridicule à 67 ans. Mais, comme elle le chante, elle s’en fout. Elle avance librement, bien entourée, indifférente aux critiques. Rien que pour cela, nous lui rendons sa couronne.

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