Pour Charlotte Rothier, un disque ne se résume pas à quelques chansons : c’est un objet, une histoire et une expérience. À travers son compte Charlotte Music Vinyl et l’émission The Vinyl Show, elle partage sa passion avec une communauté de mélomanes. Nous lui avons demandé de nous parler de sa collection de 33 tours et de nous livrer ses meilleurs conseils pour se lancer dans l’univers du vinyle.
Introduction
Chez Charlotte Rothier, tout commence par un disque. Bien avant de collectionner les 33 tours et de partager ses coups de coeur sur son compte Instagram Charlotte Music Vinyl, elle passait déjà des heures, enfant, un casque sur les oreilles, à explorer les albums de la discothèque familiale. D’un côté, Serge Gainsbourg, Barbara, Jacques Brel, Nino Ferrer, William Sheller ou Georges Brassens. De l’autre, Trust, Deep Purple et AC/DC, que son père écoutait à plein volume. Deux univers qui ont façonné sa curiosité musicale sans limites.
Longtemps guide touristique à Reims, sillonnant sa ville et le vignoble champenois, Charlotte a récemment choisi de tourner une nouvelle page en faisant de sa passion son métier. D’ici la fin de l’année 2026, elle rejoindra une grande boutique hi-fi rémoise spécialisée dans les platines, amplificateurs et enceintes, un univers qui lui ressemble.
Si le rock et le métal occupent une place de choix dans sa collection de disques, la jeune mélomane de 31 ans nourrit également une passion pour la variété française, la soul, la folk, l’électro, le hip-hop, la musique populaire brésilienne ou encore les artistes qui bidouillent des samples. De Placebo à Massive Attack en passant par Odezenne, Dry Cleaning ou Joy Division, Charlotte revendique un éclectisme qui ne cesse d’enrichir sa discothèque.
À travers son compte Insta, elle célèbre avant tout son amour pour l’objet vinyle auprès une communauté de passionné·e·s. Elle anime également aux côtés de trois comparses The Vinyl Show, une émission de débats autour de la musique diffusée en direct sur YouTube.
Nous avons demandé à Charlotte de nous livrer ses meilleurs conseils pour débuter une collection, mais aussi de nous révéler les trésors qu’elle rêve encore de dénicher.
Te rappelles-tu de ton premier vinyle ?
Je me souviens avoir commencé ma collection de disques avec Serge Gainsbourg. Étonnamment, j’ai commencé par la fin de sa discographie. Le tout premier vinyle en ma possession est donc You’re Under Arrest de Gainsbourg, sorti en 1987. C’est un album qui faisait partie de l’univers musical de ma famille, un disque concept audacieux et provocateur.
Certaines thématiques et certaines paroles susciteraient sans doute davantage de débats aujourd’hui. Ce que je retiens avant tout, c’est la qualité musicale. Les arrangements, la production et l’ambiance générale en font, à mon sens, un très bon album, même si c’est loin d’être son chef-d’œuvre.
Plus tard, j’ai eu la chance d’en dénicher un exemplaire en brocante. Par la suite, j’ai réuni l’ensemble des albums studio de Gainsbourg, mais aussi ceux avec Jane Birkin et de nombreux artistes pour lesquels il a écrit.
Quel est le nombre approximatif de vinyles dans ta collection ?
Je ne suis pas très attachée au nombre de vinyles que je possède. Pour moi, l’essentiel n’est pas la taille de la collection, mais le lien qu’on entretient avec elle. Je préfère avoir des disques qui me touchent, qui racontent une histoire ou évoquent une émotion plutôt qu’accumuler pour accumuler. Ce qui compte, c’est d’être fière de sa collection et de ce qu’elle représente personnellement. Mais, pour parler chiffres, je possède 1 497 vinyles et 1 489 CD.

Qu’est-ce qui t’a fait tomber amoureuse du vinyle ?
Ce qui m’a fait tomber amoureuse du vinyle, c’est d’abord son aspect physique. J’aime le fait de pouvoir tenir un disque entre mes mains, admirer une grande pochette, lire les crédits et voir le vinyle tourner sur la platine. Il y a quelque chose de très concret, de très vivant, qui rend l’écoute plus immersive.
Quand j’étais plus jeune, j’étais fascinée par ces disques qui tournaient. Je me demandais comment de simples sillons pouvaient reproduire de la musique. Cette curiosité m’a poussée à me renseigner davantage et, plus j’en apprenais, plus je trouvais cet objet passionnant. J’ai toujours été passionnée de musique depuis ma plus tendre enfance et le vinyle y a ajouté une dimension supplémentaire.
As-tu une platine automatique ou manuelle ?
Ma platine est automatique et j’apprécie beaucoup son côté pratique. On peut lancer un disque facilement et, à la fin de la lecture, le bras se relève automatiquement. Cela dit, je n’ai pas de préférence marquée entre les platines automatiques et manuelles. Les manuelles ont aussi leur charme et participent pleinement au rituel de l’écoute. Pour moi, l’essentiel reste avant tout le plaisir de mettre un disque et de profiter de la musique.
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Tes conseils pour choisir une platine ?
Mon principal conseil, c’est de ne pas penser qu’il faut absolument commencer avec la Rolls des platines. L’essentiel est avant tout de prendre plaisir à écouter des albums. Il existe aujourd’hui de très bonnes platines accessibles qui permettent de découvrir l’univers du vinyle dans de bonnes conditions.
Ensuite, chacun évolue à son rythme et selon ses moyens. Avec le temps, on peut améliorer son installation, notamment en investissant dans de vraies enceintes stéréo et un bon ampli, qui permettent de profiter pleinement de la richesse du son. Le plus important est de construire un système qui nous convient et qui nous donne envie d’écouter toujours plus de musique.
En revanche, si possible, j’éviterais les petites platines valises. C’est sympa, mais leurs performances restent souvent limitées, aussi bien pour la qualité sonore que pour le respect des disques.
Préfères-tu écouter tes disques au casque, sur des enceintes ou en mode salon à plein volume ?
Si je devais choisir, je dirais que je préfère écouter ma musique sur des enceintes, dans le salon, avec un bon volume quand les conditions le permettent. J’aime le fait que la musique remplisse la pièce et crée une véritable ambiance.
Mais, pour une écoute plus attentive, j’adore aussi le casque. Il permet de s’immerger complètement dans l’album et de percevoir une multitude de détails qu’on remarque parfois moins sur des enceintes. C’est une façon différente, mais tout aussi passionnante, de redécouvrir la musique.
Au final, j’aime les enceintes de salon pour le plaisir de partager et de vivre la musique dans l’espace, et le casque pour une écoute plus intime et approfondie.
L’album que tu recommandes pour initier quelqu’un au vinyle ?
Plutôt que de recommander un album en particulier, je commencerais par demander à la personne quel est son album préféré. Pour moi, la meilleure façon de découvrir le vinyle, c’est d’écouter une œuvre que l’on connaît déjà et que l’on aime profondément.
Le meilleur album live à écouter en vinyle ?
S’il y a un album live que je recommande particulièrement en vinyle, c’est sans hésiter le MTV Unplugged d’Alice in Chains (1996). C’est un concert d’une intensité émotionnelle incroyable, à la fois intimiste, fragile et puissant.
Ce que j’aime particulièrement, c’est l’atmosphère très particulière qui s’en dégage. Les versions acoustiques donnent une nouvelle dimension aux chansons et l’interprétation de Layne Staley est bouleversante. En vinyle, on prend vraiment le temps de s’immerger dans cette ambiance et d’apprécier chaque nuance, chaque silence et chaque émotion.
Un album que tu aimerais voir réédité en vinyle ?
S’il y a un album que j’aimerais vraiment voir réédité en vinyle dans une belle version, ce serait la bande originale du film Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, composée par Yann Tiersen.
J’adore cette BO depuis longtemps. Elle possède un univers unique, à la fois poétique, mélancolique et chaleureux, qui évoque immédiatement une certaine image de Paris, pleine de charme et de douceur. Je trouve qu’elle se prêterait parfaitement à une écoute sur vinyle, dans une belle édition soignée, avec un grand travail sur la pochette et la présentation.
Un morceau qui sonne vraiment mieux sur vinyle qu’en numérique ?
Difficile de choisir un morceau en particulier ! Mais il y a certains albums qui sonnent vraiment mieux qu’en numérique : Random Access Memories de Daft Punk (10th Anniversary Edition), Master of Reality de Black Sabbath, Bleach de Nirvana ou encore Stadium Arcadium des Red Hot Chili Peppers.
Un duo d’artistes rêvé pour une face A/B ?
Lana Del Rey en face A et Beach House en face B.
La face A s’ouvre sur les routes californiennes. Lana y impose un monde suspendu entre glamour triste et poésie. En face B, Beach House prolonge le rêve, mais le transforme. Tout devient vaporeux. Le rêve !
Une pochette de disque que tu pourrais accrocher chez toi comme une œuvre d’art ?
J’aime énormément les pochettes du beatmaker français Degiheugi. Il collabore avec l’artiste DULK, qui crée des visuels incroyables. On y trouve beaucoup d’animaux, de jungles et de créatures diverses. C’est vraiment magnifique.
Le vinyle préféré de ta collection ?
Mon disque favori de ma collection est l’album Carlos, Erasmo d’Erasmo Carlos (1971). C’est un disque brésilien mêlant pop, rock et influences tropicales, avec une écriture simple et très émotionnelle. On y retrouve une ambiance à la fois douce et légèrement psychédélique, typique de la période.
Quel disque pourrais-tu écouter en fond sonore toute la journée ?
Je pourrais écouter toute la journée en fond sonore l’album Troupeau Bleu de Cortex.
C’est un disque de jazz-funk psychédélique français des années 70, très groovy, avec des arrangements à la fois fins et très libres. On y trouve des ambiances planantes, presque cinématographiques, qui se répètent sans jamais être monotones.
Le vinyle parfait du dimanche ?
Pour un dimanche parfait, j’imagine Day/Night de Parcels. C’est un double album pensé comme un cycle : une première partie plus lumineuse et fluide, puis une seconde plus nocturne et planante. On passe du groove disco à une ambiance plus douce et mélancolique.
Est-ce qu’il y a un disque que tu ne passes jamais parce qu’il est trop précieux ?
Non. Pour moi, les disques sont faits pour vivre, pas pour rester figés sur une étagère. Même si certains vinyles ont une valeur particulière, je préfère les faire tourner plutôt que de les protéger du temps.
Ton dernier vinyle acheté ?
Le tout dernier vinyle que j’ai acheté est le merveilleux album Goodbye and Hello de Tim Buckley. J’ai trouvé une réédition de 2017, mais cet album est sorti en 1967 (Buckley avait seulement 20 ans). Il est considéré comme son chef-d’œuvre absolu. C’est un mélange de folk, de psychédélisme et de poésie. Pour situer Tim Buckley, il est le père de Jeff Buckley, devenu célèbre notamment grâce à sa reprise de Hallelujah de Leonard Cohen.

Dans un tout autre genre, j’ai acquis l’album Look Outside Your Window, un projet parallèle de quatre membres du groupe de nu metal Slipknot. Ce projet est plus expérimental et mélodique. Il est sorti le 18 avril 2026 à l’occasion du Record Store Day, puis une sortie générale a finalement été annoncée.
Un artiste actuel qui devrait sortir un vinyle collector ?
En ce moment, j’écoute beaucoup l’artiste belge Jardin Public. J’aimerais beaucoup qu’il sorte son œuvre en version physique. C’est assez déroutant : ce sont des chansons mélancoliques, post-industrielles, avec beaucoup d’effets sur la voix. Mais c’est génial !
Le graal absolu de ta wishlist ?
Étrangement, mon graal absolu est un 45 tours : le titre I Don’t Wanna Cry du groupe The After Hours. Un morceau de soul incroyable des années 70. Je conseille à tout le monde d’y jeter une oreille !