Entre plume affûtée, regard lucide sur la société et envolées électro-pop, Zazie fait son grand retour dans les bacs ce 2 octobre 2026 avec l’album « Volatil ». Quatre ans après « Aile-P », l’artiste signe un vrai petit bijou à la fois intime et lumineux. Décryptage.
Introduction
Pour Zazie, il n’est pas question d’aller plus vite que la musique. Une chanson, un album : il faut du temps, de l’observation et savoir trouver ce dont on a envie de parler et comment en parler. Son album Aile-P était sorti en 2022. 2026 semblait donc le bon timing pour que Zazie réapparaisse dans les bacs, alors que le monde change tant.
Dès le début de son nouvel album Volatil, le ton est donné. Zazie a pris sa plume pour dire quelque chose. Zazie incarne encore et toujours une artiste qui veut donner du sens à son art. Elle dessine les soubresauts voire les séismes d’une société qui change et s’écroule à la fois.
Pour la lucidité de son regard
Volatil invite l’auditeur à explorer le monde à travers de multiples réflexions sociétales, qu’elles soient intimes ou universelles. Qu’elle zoome, dézoome, change d’angle ou de décor, elle crie « son mal au monde ». La lucidité de son écriture n’a d’égale que la franchise et la sensibilité de la femme qu’elle est. Car oui, malgré son nom de scène qui pourrait ressembler à un avatar — son vrai nom étant Isabelle —, Zazie l’artiste est la même que Zazie la femme et la citoyenne. Pas de faux-semblants. On ne triche pas.
C’est d’ailleurs un peu le thème du titre Zazie A. Elle y interroge les réseaux sociaux. Les algorithmes, les avatars, les gommes, les filtres en prennent pour leur grade car ils incarnent l’artifice. L’IA devient un idéal et la réalité s’efface pour laisser la place à la tromperie, au mensonge. Zazie dépeint la perfidie d’une société qui ne veut se montrer que sous son meilleur jour.
Sur Qu’est-ce que tu nous chantes, Zazie change d’angle mais revient à la même conclusion : notre incapacité galopante à accepter la différence de l’autre. Être soi, ne pas rentrer dans des cases, vivre comme ça nous chante est devenu un crime. Que dire de l’âge qui est devenu un gros mot. Et elle sait de quoi elle parle : sa mèche blanche a fait couler beaucoup d’encre et a agité les réseaux sociaux dans ce qu’ils ont de plus détestable.
Dans La même histoire, Zazie invective entre autres l’exercice du pouvoir qui, de gauche à droite, surfe sur la colère d’une société. Une rage qu’il a lui-même attisée, préférant la confusion à la recherche d’une forme d’harmonie constructive. Les rixes de comptoir sortent des bars, anéantissant le vivre-ensemble. C’est à celui ou celle qui criera le plus fort.
Zazie explore la violence de cette société et s’attarde sur celle faite aux femmes à travers une belle métaphore dans Y a plus de saisons. Elle commence par évoquer la nécessité de partir quand le feu rugit et a déjà dévasté bois et forêts. Puis glisse avec subtilité sur la nécessité de partir quand c’est le feu des coups d’un homme qui fait rage.
« J’ai pris froid, j’ai pris l’ombre de tes poings serrés qui sur moi se défoulent. Mon corps déraciné par ton cœur qui me roule, par l’amour aveuglé, je pleure et je m’écroule tant j’ai cru mourir avant de partir loin de tes orages qui cognaient à ma porte quand l’homme le sauvage fait violence et balaie sur son passage les femmes comme des feuilles mortes. Il nous faut partir ne pas revenir« , chante-t-elle.
Pour le jeu de sa plume
Ce n’est pas nouveau, on l’a déjà écrit : la beauté de l’art de Zazie, c’est son écriture. Elle aime le mot, le verbe, le double sens, la métaphore. Et elle joue encore avec sur cet album. Alors qu’elle affiche sur sa pochette des oiseaux, le titre est, quant à lui, « volatil » sans « e ». Un adjectif qui signifie fluctuant, instable.
Dans Zazie A, sa plume s’amuse encore. Commençant par l’adjectif vrai, elle joue ensuite avec les mots qui commencent par « fau » et/ou sonnent comme tel.
Pour celles et ceux qui aiment jongler avec les homonymes, les homophones ou tout simplement jouer avec la subtilité et la multiplicité de la langue française, les textes de Zazie sont un vrai bonheur. Cela donne une forme de légèreté à l’écriture car on a l’impression que l’autrice s’amuse. Mais cela donne aussi du poids, de la profondeur.
Et que dire de son talent pour la métaphore ? Zazie s’y exprime avec finesse, sagacité, délicatesse sur un sujet de société pas simple à aborder (les violences conjugales).
Y a plus de saisons au premier abord pourrait s’apparenter à un conte, une fable écologique. Sont évoqués la neige au printemps, les arbres déracinés sur les bords des routes, les feux de forêts qui poussent l’homme à s’enfuir pour ne pas mourir. Et puis les orages de la nature deviennent les orages des hommes. Ces arbres qui tombaient au départ deviennent des femmes qui succombent sous les coups de leur conjoint. La question du féminicide est ici évoquée avec intensité sans tomber dans le cliché.
Pour sa légèreté
Enfin, ce qui fait la qualité de l’art de Zazie, c’est de ne jamais tomber dans le pathos. Si les textes de l’autrice émeuvent, ils ne font cependant pas pleurer à chaudes larmes. Ou alors ces chagrins ne sont que des appels à se relever.
Bien que la manière dont elle photographie la société paraisse désespérée, son travail n’en demeure pas moins empreint de lumière et d’espoir. Pas question pour Zazie de s’apesantir. Comme pour Zaho de Sagazan, il fait toujours beau au-dessus des nuages et tel un oiseau (un volatile), l’artiste danse sous l’orage et écoute la symphonie des éclairs.
Sa pop avec des touches électro donne cette tonalité positive. Ce sont autant de vibrations qui donnent cette pulsion de vie. Car oui, la vie peut être belle pour peu que l’on regarde l’autre, qu’on l’accepte dans ses différences, que l’on accepte ses failles tout comme nos propres fêlures.
Certes, sur le premier titre, elle crie qu’elle a mal au monde et en appelle à un docteur pour soigner ce monde malade de ne pas savoir vivre en acceptant l’autre. Mais elle suggère que danser peut panser les plaies.
Pour ses belles complicités artistiques toujours renouvelées
Pour la première fois, Zazie ne s’est pas installée devant de multiples instruments, tous aussi technologiques les uns que les autres. La base, la fondation de cet album s’est faite devant un simple piano. Comme face à une page blanche. Zazie a d’abord dessiné quelques lignes au fusain. Puis ses amis et collaborateurs fidèles y ont ajouté avec elle de la couleur, donnant à ce travail tout d’abord intime et solitaire un résultat créatif d’équipe.
Les duos, Zazie en a fait de multiples. On se souvient des Meilleurs ennemis avec Pascal Obispo sur l’album de ce dernier Superflu, d’À ma place avec Axel Bauer sur l’album Personne n’est parfait, de Duo avec Paolo Nutini sur l’album Totem, de La place du vide avec AaRON sur Za7ie, de Comment on fait avec Vianney sur l’album de ce dernier A 2 à 3.
Cette fois-ci, c’est avec Christophe Willem qu’elle partage le micro sur La Pompadour. Ces deux-là se connaissent depuis longtemps et Zazie avait instantanément aimé la voix exceptionnelle du chanteur et sa justesse impressionnante.
Leur amitié et leur alchimie artistique ne pouvaient donner lieu qu’à un duo, hommage à Madame de Pompadour, l’une des premières femmes libres de la royauté française, qui acquit un certain pouvoir politique en devenant la maîtresse officielle de Louis XV.
Au final, ce drôle de Volatil se révèle l’un des albums de la rentrée. Un immanquable au rayon variété française à découvrir dès le 2 octobre 2026.