Elle est bien loin, la Star Academy 2024. Depuis son passage au château, Marguerite s’est émancipée, façonnant un univers singulier, à la fois introspectif, engagé et résolument libre. Suite logique de son EP « grandir », la jeune artiste sortira « guérir », son premier album studio, nourri de ses influences littéraires et pop. Après son concert très réussi au festival We Love Green, Marguerite se confie sur ses inspirations, entre Michel Berger, Julia Ducournau, Lily Allen et « The Office ».
Introduction
Elle n’en revient toujours pas. Une heure auparavant notre rencontre, Marguerite embrasait la grande scène de We Love Green, ce 6 juin. Ce concert, elle l’attendait, l’appréhendait, mais surtout, elle en rêvait. Et en quittant la scène sous les applaudissements, un large sourire sur le visage, elle semblait avoir franchi un nouveau cap.
Lovée parmi les coussins moelleux de l’espace artistes du festival, entre soulagement et excitation, la jeune artiste de 25 ans s’est confiée sur ses inspirations et ses icônes, alors qu’elle sortira son premier album très attendu, guérir, le 2 octobre prochain.
Tu sors de scène. Continues-tu à avoir le trac avant un concert ?
Marguerite : Énormément. Je suis une très grande stressée. Je crois même que le jour où je n’aurai plus le trac, je commencerai à m’inquiéter. Ça voudra dire que quelque chose aura changé. Avant un concert, je dors très mal, mais une fois sur scène, tout va bien.
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Tu cites souvent Lily Allen et Billie Eilish parmi tes influences. Que t’ont-elles appris respectivement ?
Marguerite : Je pense qu’elles m’ont appris à me libérer du male gaze et du souci de plaire aux hommes quand on fait quelque chose. C’est une pression qui nous est beaucoup imposée en tant que femmes. Elles sont arrivées dans ma vie à un moment où je me suis dit que ce n’était pas une nécessité. On peut totalement exister par soi-même et pour soi-même, et je trouve que c’est une magnifique inspiration.
Lily Allen précisément m’a vraiment inspirée par son côté espiègle, son second degré, son humour très cinglant. C’est quelque chose que je trouve extrêmement intéressant et que j’adore chez elle.
Y a-t-il un ou une artiste qui a changé ta façon d’écrire des chansons ?
Marguerite : Franchement, je ne sais pas si je parlerais d’un artiste en particulier. J’ai surtout l’impression que mon rapport à l’écriture est forgé par les autrices et les auteurs que j’ai lus. Quand je me suis vraiment mise à écrire, que ce soit pour moi ou pour des chansons, je me suis beaucoup laissée porter par ce que je trouvais beau dans les romans.
Lesquels, par exemple ?
Marguerite : Je parle beaucoup d’Annie Ernaux. Il y a aussi Marguerite Duras. Et puis j’ai été énormément marquée par la poésie de Baudelaire. C’est peut-être un peu classique, mais oui, cela m’a beaucoup influencée.
De quel texte es-tu la plus fière aujourd’hui ?
Marguerite : Il y en a énormément. J’aurais tendance à citer un texte de mon prochain album… mais je ne peux pas encore le révéler.
En revanche, parmi les chansons déjà sorties, je dirais Première Dauphine. C’est une chanson dont je suis particulièrement fière, avec une écriture très chanson, très balade, très variété française. Je suis heureuse d’avoir réussi à écrire un titre comme celui-là.
Justement, peux-tu nous en dire plus sur ton nouveau single Bellevie et sur ce prochain album ?
Marguerite : Bellevie est une chanson que j’ai vraiment voulue pour montrer une autre facette de moi. L’album s’appelle Guérir, donc il aborde forcément des sujets assez profonds. Mais j’avais aussi envie de parler de cette lumière qui traverse les failles.
Je voulais défendre une forme de joie radicale, une joie qui ne s’excuse pas d’être joyeuse. C’est presque un mantra, une façon de se rappeler que la vie peut être belle malgré tout, qu’il existe plein de choses pour lesquelles on peut être reconnaissant. Je suis très fière de cette chanson parce qu’elle ouvre, je pense, une nouvelle porte dans mon répertoire et dans mon chemin artistique.
Le clip du single Bellevie
Lorsque tu étais plus jeune, quel artiste t’a donné confiance pour explorer et embrasser ta queerness ?
Marguerite : J’ai beaucoup écouté David Bowie quand j’étais petite, avec mon père. Je pense que ça m’a énormément aidée et que ça m’a ouvert la porte vers cet univers.
Ensuite, il y a eu Mika. J’étais une immense fan de lui quand j’étais enfant et c’est grâce à lui que j’ai eu, pour la première fois, des discussions avec mes parents autour de ces sujets. C’est notamment à travers lui que la question de l’homosexualité a été abordée à la maison. Je crois que ce sont vraiment ces artistes qui m’ont prise par la main et qui m’ont accompagnée dans cette découverte.
Et du côté des artistes féminines ?
Marguerite : Franchement, quand j’étais petite, il n’y en avait pas beaucoup qui étaient mises en avant. C’est d’ailleurs intéressant de s’en rendre compte aujourd’hui.
Tu participes peut-être, à ton tour, à donner de la visibilité à ces enjeux.
Marguerite : Oui, probablement. Parfois, je le réalise et je suis toujours très fière de pouvoir le faire.
Y a-t-il des auteurs, des films ou des séries qui nourrissent autant ton inspiration que la musique ?
Marguerite : D’une manière générale, au cinéma, il y a une notion qui me fascine : le plan-séquence. J’aime penser une chanson comme un plan-séquence dans lequel on entre au début et dont on ne sort qu’à la fin. D’ailleurs, j’ai beaucoup de mal à imaginer mes clips autrement. J’essaie de varier parce que je ne peux pas faire un plan-séquence à chaque fois et que c’est très compliqué à mettre en place, mais c’est vraiment quelque chose qui me parle. Il y a cette idée de voyage, de mouvement continu, presque de vaisseau, que j’adore.
Le cinéma qui me touche le plus est sans doute celui de la réalisatrice Julia Ducournau (Grave, Titane). J’aime son approche très crue, très frontale. J’aime la manière dont elle aborde ces sujets et la façon dont elle les explore.
Y a-t-il un artiste dont on ne soupçonnerait jamais l’influence dans ton travail ?
Marguerite : Je ne pense pas. En revanche, avec les personnes avec qui je compose, on a énormément écouté Gorillaz. C’est une influence qui nous a beaucoup accompagnés pendant la création des chansons.
Quel ancien ou ancienne élève de la Star Ac admirais-tu quand tu étais plus jeune ?
Marguerite : Quand j’étais petite, j’étais une immense fan de Jenifer. Je faisais toutes les chorégraphies, j’étais à fond. Plus tard, Olivia Ruiz m’a énormément marquée. J’ai vraiment adoré son univers.
Quels sont les artistes qui tournent en boucle dans ta playlist en ce moment ?
Marguerite : J’écoute énormément Olivia Dean, Charlotte Cardin – notamment son dernier morceau Take Me Back –, Ilyona, Yoa et Solann. En réalité, j’écoute beaucoup les copines, comme Ebony. C’est une amie que j’aime beaucoup et j’adore également sa musique.
Et puis, récemment, j’ai découvert plusieurs chansons de variété italienne. Je n’ai plus tous les noms en tête, mais ça m’a vraiment donné envie d’explorer davantage cet univers. Ça m’a ouvert une nouvelle porte.
Tu as déjà évoqué ton amour pour la série The Office. Quelles autres références à la pop culture nourrissent ton univers ?
Marguerite : En ce moment, je regarde aussi Downton Abbey, que j’aime énormément. J’apprécie aussi beaucoup les séries françaises. Récemment, j’ai vu la série Bistronomia, qui m’a beaucoup marquée avec son côté brut, violent par moments. Cette série a vraiment eu un impact sur moi.
Si tu pouvais passer une journée en studio avec n’importe quel artiste, vivant ou disparu, qui choisirais-tu ?
Marguerite : Michel Berger, sans hésiter. C’est un choix pour mon enfant intérieur. Il occupe une place très importante dans l’histoire de ma famille. Et sinon… Lily Allen. Peut-être qu’un jour, qui sait ?
Si quelqu’un ne devait écouter qu’une seule de tes chansons pour comprendre qui tu es, laquelle choisirais-tu ?
Marguerite : Je choisirais Les filles, les meufs, présent sur mon EP Grandir. C’est le morceau qui me ressemble le plus, aussi bien dans le texte que dans la production ou l’ambiance. C’est celui qui correspond le mieux à la manière dont je me définis et dont je m’identifie. C’est aussi une chanson qui a créé une forme de déclic chez beaucoup de gens.
Quand quelqu’un découvre une chanson de Marguerite pour la première fois, qu’aimerais-tu qu’il comprenne en trois minutes ?
Marguerite : J’aimerais transmettre cette idée de liberté. L’idée qu’on peut être soi-même, pleinement, et qu’on est parfait comme on est. Je crois que c’est le message qui me tient le plus à cœur.