Chez Skip The Use, l’énergie n’a jamais été une posture. À l’occasion de la sortie de leur sixième album « Love & Anxiety », nous avons rencontré le chanteur Mat Bastard et le bassiste Nelson Martins. Entre esprit punk, héritage 90’s et engagements, les rockeurs lillois racontent un projet qui assume pleinement leurs contradictions — et leur envie intacte de rester libres.
Introduction
Comment dure-t-on lorsqu’on approche les 20 ans de carrière ? La réponse se trouve peut-être dans le parcours de Skip The Use, né en 2008, qui revient ce 24 avril avec son sixième album Love & Anxiety.
Avec ce nouveau projet, le groupe lillois ne cherche pas à lisser son style, mais au contraire à le pousser dans ses retranchements : le son est hybride, compact, entre riffs tranchants, pulsations post-punk, textures électro nerveuses et groove sous tension. Le tout porté par la voix toujours aussi percutante de son frontman Mat Bastard, et une poignée de tubes instantanés – à l’image du premier single We Are Good.
Nous avons échangé avec Mat et le bassiste Nelson Martins autour de cet album, qui revisite les influences 90’s de “Skip” tout en s’inscrivant pleinement dans son époque, en 2026.
Expliquez-nous le titre de cet album, Love & Anxiety ?
Love & Anxiety est un projet centré sur les contradictions humaines. Tout en a découlé : les textes, l’énergie musicale, la pochette rouge avec le cœur barbelé, les visuels, les tenues… C’est devenu une ligne directrice globale qui relie toutes les facettes de l’album.
On y retrouve l’idée d’un équilibre entre deux courants. « Love » et « Anxiety » ne s’opposent pas, elles doivent fonctionner ensemble. On leur a même donné une voix dans des interludes où elles se parlent. Comme une sorte de dialogue intérieur qui traverse l’album.
Clip de We Are Good de Skip The Use
Est-ce un album nostalgique ou une réinvention ?
Il n’y a pas de nostalgie. On assume des influences des années 90 – le grunge, des artistes comme Kurt Cobain, Billy Corgan, Eddie Vedder ou Trent Reznor. Mais ce qui nous intéresse aussi, c’est leur état d’esprit : être soi-même, ne pas suivre les tendances.
Aujourd’hui, les « trends » peuvent rendre les gens malléables, sans colonne vertébrale. L’art, c’est à l’opposé de ça. Donc il s’agit plutôt de savoir d’où l’on vient tout en étant pleinement en 2026.
Qu’est-ce qui rend cet album « contemporain » ?
Déjà dans la manière de le faire : on n’a pas cherché un son uniforme, chaque chanson a sa propre identité. On a été très libres dans la production et dans les choix artistiques.
Et sur le fond, on parle de la réalité actuelle, de ce qu’on vit tous, comme l’engagement de la jeunesse, la lutte contre l’anxiété, l’avertissement contre les extrêmes ou encore la dépendance aux réseaux sociaux.

Comment définiriez-vous l’esprit Skip The Use en 2026 ?
Un esprit très punk : casser les codes, se fixer ses propres règles, ne rien s’interdire. Aller au bout des choses sans être entre deux. On assume d’être un groupe outsider depuis des années, difficile à classer, et de susciter le débat. Même si ça peut être politiquement incorrect, on tient à cette liberté.
Les artistes s’engagent-ils moins qu’avant ?
Nous en tout cas, on essaie surtout de proposer un autre regard sans dire aux gens quoi penser. On n’est pas là pour juger. Avant, on était plus frontaux, aujourd’hui on cherche à être plus efficaces. Par exemple, sur scène, on préfère raconter des histoires concrètes de solidarité plutôt que de donner des consignes politiques. Ça parle davantage aux gens.
Quelle chanson incarnerait cet engagement ?
Not Too Late parle de radicalisation, à travers un dialogue entre un père et son fils. Elle pose des questions sur l’identité, l’influence, le libre arbitre, et insiste sur le fait qu’il n’est jamais trop tard pour revenir en arrière, même quand on pense être allé trop loin.
Quelles influences des années 90 vous ont particulièrement marqués ?
Nine Inch Nails pour la force des textes et des messages, mais aussi NOFX et Minor Threat, pour leur radicalité et leur liberté de ton.
Et quels artistes ont façonné votre son ?
Sublime, LCD Soundsystem et Justice. Depuis le début, il y a chez nous une influence électro, une sorte de french touch. L’album Cross de Justice a été un vrai déclic : il montrait qu’on pouvait mélanger rock et synthés et créer quelque chose de nouveau.
Selon vous, la scène rock française se porte-t-elle mieux aujourd’hui qu’à vos débuts ?
Le rock en France s’est toujours bien porté. La vraie question, c’est : est-ce qu’on y fait attention ? Je trouve que les médias ne regardent pas forcément aux bons endroits alors qu’il y a de super projets. Tu prends Last Train, Gojira, Novelists, Landmvrks… Il y a plein de groupes qui cartonnent.
Votre chanson « plaisir coupable » du moment ?
Nelson : En ce moment, j’écoute beaucoup le groupe de rock expérimental québécois Angine de Poitrine avec mes enfants. Mes potes détestent ! Je trouve intéressant que des projets très « niches » deviennent populaires.
Mat : Je dirais un truc genre… le groupe moldave O-Zone, qui a fait Dragostea Din Tei.
Avez-vous fait une découverte musicale récente qui vous a enthousiasmés ?
Nelson : Je dirais le groupe anglais Wet Leg. Ce n’est pas très original, mais ça m’a mis une claque. Il y a des trucs chez eux qui titillent mon amour de la musique, et en même temps mon côté producteur. Je suis à la fois enthousiaste et impressionné.
Mat : Avec mon émission de radio Bastard Songs sur RTL2, j’en fais toutes les semaines… Mais si je dois en choisir une, je dirais la chanteuse Underscores.
Il y a-t-il un ou une artiste avec qui vous rêveriez de collaborer ?
Avec le producteur de musique electro Boys Noize. Il y aurait moyen de faire un truc marrant… Peut-être même faire disparaître les guitares de Skip, qui sait ?