Au tournant du millénaire, la musique entre dans une nouvelle ère : le rock se réinvente, le rap s’impose comme la bande-son dominante de son époque, tandis que l’électronique quitte définitivement les clubs pour conquérir le grand public. De « Kid A » à « Back To Black » ou « Discovery », certains albums ont marqué les années 2000 – et en ont redéfini les contours. Découvrez notre sélection des 20 meilleurs vinyles, à poser dès à présent sur platine.
Introduction
Des révolutions sonores de Kid A aux hymnes rock des Strokes et des White Stripes, en passant par l’explosion de la French Touch, les années 2000 ont vu naître une impressionnante collection de classiques. Entre prises de risques artistiques, succès commerciaux et albums devenus cultes, retour sur les disques qui ont marqué la décennie et continuent d’influencer la musique d’aujourd’hui.
Radiohead – Kid A (2000)
En tournant le dos à la guitare rock de OK Computer, Radiohead plonge dans Stockhausen, Miles Davis et l’électronica pour accoucher d’un objet inclassable. Enregistré avec Nigel Godrich entre Paris et Copenhague, Kid A refuse les singles, les clips, les interviews – et cartonne quand même. Un ovni qui a redéfini ce que signifiait « prendre des risques » au seuil des années 2000.
Eminem – The Marshall Mathers (2000)
En première semaine, The Marshall Mathers se vend à 1,76 million d’exemplaires – un record absolu à l’époque pour un rappeur. Produit principalement par Dr. Dre, il déploie un Slim Shady à la fois comique et menaçant, d’une précision technique stupéfiante sur des beats minimalistes. Bien qu’attaqué en justice et censuré, Eminem repart des Grammy Awards (2001) avec trois récompenses, dont celle du meilleur album de rap.
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PJ Harvey – Stories From The City, Stories From The Sea (2000)
Cinquième projet de Polly Jean Harvey, Stories From The City troque l’abrasion de ses premières œuvres pour une pop rock lumineuse et tendue, nourrie par son amour de New York. Thom Yorke apparaît sur trois titres dont l’hypnotique This Mess We’re In, où la voix de la Britannique n’a jamais semblé aussi libre. L’un des rares albums de la décennie où chaque morceau tient la distance.
Daft Punk – Discovery (2001)
Le duo parisien Daft Punk abandonne les loops house de Homework pour construire une fiction sonore entièrement habitée par les années 70-80 – à l’image d’ELO, de Chic ou de Giorgio Moroder. Conçu en parallèle d’Interstella 5555, le film d’animation signé avec le mangaka Leiji Matsumoto, Discovery impose la French Touch dans le mainstream mondial sans rien lui concéder.
The Strokes – Is This It (2001)
Bouclé en quelques semaines avec Gordon Raphael dans un studio de Manhattan, Is This It sonne comme du Velvet Underground vu par des gamins du Upper East Side qui auraient grandi avec le câble. Guitares sales, batterie sèche, arrangements en deux accords : treize chansons en 35 minutes, aucun gras. Avec cet opus, les Strokes ont relancé le rock indé au moment où personne ne l’attendait.
Jay-Z – The Blueprint (2001)
Sorti le 11 septembre 2001 – date qui a failli engloutir sa sortie –, The Blueprint s’impose comme l’une des références les plus influentes du rap du 21e siècle. Kanye West et Just Blaze y font leurs armes sur des samples de soul soigneusement choisis, pendant que Jay-Z règle ses comptes avec Nas sur Takeover. Conçu vite, en réponse à la pression, il sonne paradoxalement comme la chose la plus assurée qu’ait faite son auteur.
Queens of the Stone Age – Songs For The Deaf (2002)
Avec Dave Grohl à la batterie – qui joue ici comme s’il avait une dette à rembourser –, Songs For The Deaf simule un road trip sur des stations FM fictives de Joshua Tree, où chaque titre est introduit par un animateur différent. Josh Homme déploie un son de guitare épais, lourd et hypnotique, comme sur No One Knows et Go With The Flow – deux des riffs les plus redoutables de la décennie.
Beck – Sea Change (2002)
Lorsque Beck découvre la tromperie de sa fiancée, il écrit l’essentiel des douze morceaux de Sea Change en une semaine. Produit par Nigel Godrich avec des cordes arrangées par son père (David Campbell), le projet tourne le dos aux samples pour un folk acoustique mélancolique. À ce jour, il reste son œuvre la plus personnelle – et l’un des rares breakup albums à tenir la durée.
The White Stripes – Elephant (2003)
Jack et Meg White ont enregistré Elephant sans aucune technologie numérique – tout est analogique, autant par conviction que par posture. Guitare, batterie, voix, piano : Seven Nation Army devient l’un des gimmicks les plus reconnaissables de l’histoire du rock, repris dans les stades du monde entier. Quatrième opus, et premier à avoir fait basculer le blues-punk dans le mainstream.
Arcade Fire – Funeral (2004)
Façonné dans le deuil – plusieurs membres du groupe ont perdu des proches pendant les sessions –, Funeral explore la fin de l’enfance et la communauté comme rempart contre la perte. Neuf membres sur scène, ainsi que cordes, orgue, accordéon et chœurs qui gonflent jusqu’à l’absurde : Arcade Fire fait du rock épique sans ironie, redonnant au terme « indie » une ambition qu’il avait perdue.
Green Day – American Idiot (2004)
Après une décennie de punk pop californien, Green Day opère un pivot inattendu avec son concept sur un personnage fictif, « the Jesus of Suburbia », coincé dans l’Amérique post-11 septembre de Bush. Dix millions d’exemplaires vendus et une comédie musicale à Broadway en 2010 plus tard, American Idiot demeure la tentative de punk rock la plus ambitieuse de l’époque – pour le meilleur, et parfois pour le pire.
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Air – Talkie Walkie (2004)
Après le décevant 10,000 Hz Legend, Talkie Walkie est perçu comme le retour de Air aux mélodies élégantes de Moon Safari. Cherry Blossom Girl et Surfing On A Rocket construisent un univers fait de synthés vintage, de guitares acoustiques et de vocoder, tandis qu’Alone in Kyoto intègre la bande originale de Lost in Translation de Sofia Coppola. La bande son d’un parc d’attractions imaginaire, rétro et légèrement hanté.
Gorillaz – Demon Days (2005)
Damon Albarn et Jamie Hewlett (Gorillaz) convoquent De La Soul, Shaun Ryder, Danger Mouse ainsi qu’un chœur d’enfants de Manchester pour construire un album concept dystopique sur la violence, la guerre et la télévision. Si Feel Good Inc. et DARE deviennent des hits incontournables, c’est la cohérence de l’ensemble – sombre, pop, baroque – qui fait de Demon Days quelque chose de vraiment à part.
Amy Winehouse – Back To Black (2006)
Produit par Mark Ronson et Salaam Remi, Back To Black convoque les girl groups des années 60, la soul de Motown et le jazz de Dinah Washington pour emballer une rupture amoureuse en disque universel. Amy Winehouse écrit presque tout, chante tout, et impose une voix de contralto qui n’appartient qu’à elle. Des singles tels que Rehab, You Know I’m No Good ou Back To Black sonnent comme des classiques dès leur sortie – et encore aujourd’hui.
Arctic Monkeys – Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not (2006)
Premier coup d’essai d’un collectif de Sheffield à peine sorti de l’adolescence, Whatever People Say I Am devient à sa sortie le vinyle le plus vendu en première semaine dans l’histoire de la musique britannique. Alex Turner (Arctic Monkeys) y observe la nuit anglaise – les queues de boîte, les taxis, les filles qui font semblant de ne pas avoir froid – avec une précision de chroniqueur et un sens du riff immédiat.
Justin Timberlake – FutureSex/LoveSounds (2006)
Après deux ans de silence, Justin Timberlake retrouve Timbaland et son protégé Danja pour mettre en boîte l’essentiel du projet dans les Thomas Crown Studios. FutureSex/LoveSounds mêle R’n’B, funk, électro, trance et rock, avec des reprises et interludes inspirés de David Bowie et Prince. Résultat : SexyBack, My Love et What Goes Around atteignent tous la première place du Billboard.
LCD Soundsystem – Sound Of Silver (2007)
James Murphy (LCD Soundsystem) avait 37 ans lorsqu’il a sorti Sound Of Silver – une lettre d’adieu à la jeunesse déguisée en opus dance. Sur All My Friends, un piano en boucle tient sept minutes avant d’exploser, tandis que Someone Great traite du deuil sur une prod électro froide et parfaite. Porté par des synthés Krautrock sur du disco new-yorkais, il reste probablement l’un des meilleurs enregistrements des années 2000, tout genre confondu.
Justice – † (2007)
Conçu par Justice comme un « opéra-disco », Cross incorpore environ 400 références en microsamples, dont des extraits de Prince, Britney Spears et Madonna, si fragmentés qu’ils sont méconnaissables – le tout produit sous GarageBand et Cubase SX dans le sous-sol d’une chapelle parisienne. Sorti sur Ed Banger Records, il hisse la French Touch au rang de mouvement mondial.
M.I.A. – Kala (2007)
Kala porte le prénom de la mère de Maya Arulpragasam – en miroir d’Arular, nommé d’après son père. Un refus de visa américain contraint M.I.A. à capter le disque en Inde, en Jamaïque ou encore en Australie – un nomadisme forcé qui devient le moteur sonore de son œuvre. Un album de combat et de danse, mais aussi le seul de la décennie à faire tenir ensemble le Sri Lanka, le grime et Baltimore club.
MGMT – Oracular Spectacular (2007)
Premier opus d’Andrew VanWyngarden et Ben Goldwasser (MGMT), Oracular Spectacular mêle néo-psychédélie, synthpop et indie électro dans un vertige solaire et légèrement détraqué. Time To Pretend, Electric Feel et Kids deviennent les hymnes d’une génération entière – sans que le groupe n’ait jamais vraiment cherché à faire des tubes. Un objet qui se vendra à plus d’un million d’exemplaires dans le monde, et qui sonne comme une fête dont on ne retrouve pas la sortie.